‹ Principes d'hydraulique et de pyrodynamiqueChapitre 1 sur 179 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Le principe de toutes les connaissances est dans l’entendement humain ; et l'esprit de l’homme , en qualité d’être actif, développe ce germe précieux, et en dirige l'énergie vers les objets qui flattent ses desirs , ou qui peuvent satisfaire ses besoins. Nous raisonnons toujours juste, quand nous n ‘appliquons à à un sujet que les idées qui sont puisées dans la nature de la chose ; mais on donne au contraire dans toutes sortes d'erreurs , quand on se préoccupe, en voulant conclure avant de raisonner, raisonner avant de connaître , et connaître avant d’avoir examiné. Plus l'objet de nos recherches est simple en lui-même, plus notre . esprit en saisit aisément les rapports, et s’éleve, d’une vérité à une autre, jusqu'à celles qui paraissent les plus abstraites : aussi avons - noùs fait de grands progrès dans là géométrie et

(1) C'est celui de l'édition de 1766.

v] DISCOURS

dans les autres sciences purement intellectuelles , parce qu’elles sont fondées sur des hypotheses simples, et qu'on n’y considere que les propriétés de, l'étendue abstraite ; mais quand l'objet'est matériel, et que , né connaissant ni la grosseur n1 la forme de ses parties élémentaires , n1 les lois que l’Auteur de la nature leur a imposées, nous voulons néanmoins prévoir les effets , calculer les efforts , diriger l’action ; la naturé alors: se montre indépendante à notre égard, et , toujours fidele à la loi qui lui est prescrite, et que nous ignorons, elle contrarie nos vues , déconcerte + nos projets , rend inutiles nos efforts.

Vouloir connaître à fond la nature des éléments est une prétention vaine , parce que nos organes sont trop grossiers pour celà : sapposer des masses et des. formes à 'son gré ; c'est faire un systèmé qui ne peut servir de fondement à aucune science ; mais interroger la nature; étudier les lois qu'elle s'est prescrites , la prendre sur le fait , lui dérober son secret , c'est le seul moyen “de la maîtriser ;'et la vraio marché de tout esprit raisonnable.

Ainsi quand Képler eut découveït la loi de la révolution des planetes , Galilée cellé de la pesanteur , Pascal celle du poids de l’atmosphere, Newton cellede l'attraction et des rautes

PRÉLIMINAIRE. vi de la lumiere, on vit naître de ces découvertes J'astronomie, la chimie, la physique, la ballistique , la mécanique, et l'optique; et toutes les fois que l’homme a pu développer une loi de la nature, inconnue jusque-là, il a toujours posé la base d’une science nouvelle , qui nous a appris à appliquer à notre usage des êtres auparavant rebelles , et à soumettre à nos volontés les éléments les plus indépendants. S'il reste au contraire plusieurs effets naturels, dont la marche nous paraît bizarre , et dont le résultat se dérobe à nos calculs ; c'est que nous ignorons Île principe général dont ils dépendent , la regle qui les gouverne , le ressort secret qui les produit.

Tels sont en général plusieurs phénomenes que les fluides nous présentent ; et tel est en particulier le mouvement de l'eau dans ‘un lit quelconque. On sait que jusqu'à-présent nos connaissances en hydraulique sont extrêmement bornées ; car, quoique de grands génies s'y soient appliqués en différents temps, nous sommes encore , depuis-tant de siecles , dans une ignorance presque absolue des vraies lois auxquelles le mouvement de l’eau est assujetti : a peine, depuis cent cinquante ans , a-t-on découvert, à l’aide de l'expérience , quelle est la durée , la quantité et la vitesse de l'écoulement

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