‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 2 sur 73 · PRÉ FA CF · texte numérisé non relu

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années, conquis une large influence dans la sociologie européenne en raison des services qu’elle a rendus et qu elle est appelée à rendre de plus en plus à la masse des populations, il ne serait pas tout à fait exact de mesurer à ce progrès la part d’influence qui doit revenir à l’Hygiène tropicale dans la sociologie coloniale.

Ici, le rôle de l’Hygiène, — Science générale, Science de tous, — doit être mis en place éminente. Car, sans elle, rien de durable ne peut être fondé dans les colonies.

Sans l’hygiène pratiquée dans la vie privée comme dans l’administration publique, étendue aux personnes comme aux choses dans tout ce qui concerne l’individu aussi bien que le groupement collectif, nulle sécurité sous les tropiques.

La santé de l’Européen dans ces régions est exposée à tant d’aléas, que la sûreté des capitaux engagés dans les entreprises dont il a la charge en est elle-même incertaine. Qu’un chef de maison de commerce, qu’un directeur d’exploitation agricole entre les mains duquel reposent des intérêts primordiaux vienne à tomber gravement malade ou à disparaître brusquement, ce peut être la ruine ; c’est, à coup sûr, un trouble sérieux dans la marche des affaires. Il faut donc que l’Européen qui se fixe dans les pays chauds s’instruise des risques qu’il est exposé à y courir, et qu’en toute connaissance de leurs causes il s’entoure des moyens les plus propres à s’en garantir.

D’un autre côté, à une époque où la spéculation personnelle semble constituer l’alpha et l’oméga de

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la sagesse, alors que les uns ne voient clans la colonisation qu objet de politique et les autres qu’occasion de profits pécuniaires immédiatement réalisables, il importe que des esprits plus prévoyants s’élèvent jusqu’aux problèmes compliqués de l’avenir. Nous devons envisager, certes, la situation coloniale comme un moyen possible et légitime d’accroître la fortune publique ; mais nous devons aussi la considérer comme une forme nécessaire du développement moral de notre pays. Nous devons tendre, dès aujourd’hui, vers une propagande de civilisation au sein des peuples acquis à notre influence ou soumis à notre domination directe. Et toute notre action publique doit s’inspirer à la fois des utiles nécessités d’une prospérité économique et de la grandeur morale qui s’attache à une mission d’éducateurs de peuples enfants.

Pour assurer notre empire sous les tropiques et asseoir solidement notre souveraineté nationale dans ces régions du monde si inhospitalières à la race européenne, il faut autre chose que lç désir et l’illusion de leur possession. Nous ne devons ni nous borner à l’occupation et à l’administration, ni, surtout, considérer la colonisation comme un prétexte à fonctions salariées par la métropole.

Le personnel que nos colonies tropicales attendent, — le personnel vivifiant par excellence, — c’est le négociant, l’industriel, J agriculteur. Mais à quelque point de vue qu’on se place, l’établissement de l’Européen aux pays chauds, surtout dans les territoires de l’Afrique intertropicale, ne peut avoir de chances de succès que dans des conditions déterminées.

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Ce livre a précisément pour but l’étude de ces conditions. Je me suis inspiré, pour le faire, d’abord d’une expérience personnelle déjà longue et que j’ai acquise en visitant les colonies d’Asie, d’Afrique et d’Amérique à diverses époques de ma carrière; et aussi de l’enseignement de la pathologie et de l’hygiène tropicales que j’ai pratiqué comme professeur aux anciennes écoles de plein exercice de la marine.

Cette expérience, sept années de direction du service de santé au ministère des colonies n’ont fait que la confirmer, en me donnant en outre la force de conviction qui résulte des longues observations professionnelles.

Mais je dois dire encore que j’ai recouru pour l’appuyer à toutes les autorités consacrées en la matière. Et j’ai fait, dans ces Principes d'hygiène coloniale, une place particulièrement large et honorable aux travaux des médecins de la marine qui ont été les laborieux ouvriers de la première heure et dont les mémoires si remarquables, insérés aux Archives cle médecine navale depuis 1864, ont jeté une vive lumière sur les difficultés de la tâche qu’aborde la génération actuelle.

D1' Georges Treille.

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