‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 24 sur 73 · FONCTIONS DES REINS · texte numérisé non relu

FONCTIONS DES REINS

exerce sur les fonctions (le la peau, et, par enchaînement logique, sur celles de la nutrition en général. Si cette action n’est pas combattue par des moyens hygiéniques, elle est éminemment propre à entraver les diverses fonctions de l’organisme chez l’Européen. Nous allons voir comment, sous son influence, se comporte la sécrétion rénale.

Fonctions des l'eins. — On sait qu’on admet généralement aujourd’hui en physiologie que le rein ne sécrète pas, mais excrète l’urine (i). Il s’ensuit que l’organe rénal, en tant que lieu de séparation du liquide urinaire d’avec le sang, est entièrement sous la dépendance de la pression sanguine. Celle-ci s’exerce dans les glomérules de Malpighi. La filtration du liquide s’opère par osmose ou dialyse dans la capsule de Bowmann et c’est avec raison que Gautrelet dans son Traité cV urologie, assimile le rein à un çlicdyseur h casiers multiples, à un osmoseur à divisions innombrables.

Dans ces conditions, on pressent de suite qu’aux pays chauds les fonctions du rein seront influencées par deux facteurs : i° degré de la pression vasculaire dans la glomérule ; i° variations de composition du sang.

En ce qui concerne la pression dans la glomérule, on sait qu elle s’y abaisse toutes les fois que la tension sanguine générale est elle-même diminuée par une dilatation des petites artères ou par une dilatation de tout le réseau veineux périphérique. Or, sous l’influence de la chaleur tropicale, nous l’avons vu, toutes les veines de la peau se dilatent et il se fait d’autre part une active production de sueurs : d’où nécessairement abaissement de la tension rénale, et par suite, diminution de la quantité d’urine excrétée.

(') Claude Bernard. Leçons sur les liquides de l’organisme, t. Il, p. 8, et Traités de physiologie.

ACTION DU CLIMAT INTERTROPICAL

Moursou, observant sur lui-même au cours d’un voyage d’aller et retour entre la France et la Cochinchine, a constaté les résultats suivants (i) :

En Méditerranée (température extérieure, ia°3) . . x 55o gr.

Mer Rouge (température, 26°, 4) 1 141 —

Océan indien et nier Rouge (température, '-*6°, 7). . 1 1 3u —

Méditerranée (température, 90) 1 790 —

Rattray (2), allant vers l’équateur, observa une diminution plus sensible encore, puisqu’il vit tomber la quantité d’urine à 900 grammes. De mon côté, dans un voyage en Cochinehine, en 1 874 ? j’ai constaté un abaissement allant parfois jusqu’à 760 grammes (3). Mais il convient de remarquer que tous ces chiffres n’expriment pas des moyennes basées sur de nombreuses expériences, et que très probablement ils sont sensiblement au-dessous du taux urinaire physiologique dans les pays chauds. Ce qui est toutefois constant, c’est que la quantité d’urine excrétée par l’Européen sous les tropiques baisse, et que cette réduction est la conséquence directe des sueurs considérablement accrues.

Quant aux variations de composition chimique des urines, il est impossible de faire actuellement autre chose que des conjectures. Leur densité semble être très peu influencée ; Moursou donne ioi5, Rattray 1017, Jousset 1027; en somme, aucun de ces chiffres ne peut être pris pour base, car, on le sait, tout dépend, pour la densité des urines, du moment où celles-ci sont examinées : repas, jeune, sommeil, exercice. L’urée, d’après Moursou, diminuerait de près de moitié. Il est possible qu’il en soit pour ce principe comme pour le chlorure de sodium et que l’accroissement de son excrétion par les sueurs fasse équation avec une dimi-

(1) Note sur les variations de l’urée éléminée par les reins suivant les climats tempérés ou chauds. Arch. de mcd. navale, t. XXXVI.

(2) Arch. de mcd. navale. Traduction Foucaut, 1872.

(3) Loc. cit., p. 32.

FONCTIONS DES REINS bj

nution clans les urines. « Wiederhold, dit Gautrelet, a montré que la peau excrète, c[ue les poumons sécrètent certaines substances solides que Ton rencontre également dans les urines, et en particulier le chlorure de sodium , Y acide urique , V urée, etc. Il s’ensuit donc que les variations positives ou négatives des fonctions des poumons et de la peau retentissent sur l’excrétion d’une façon générale. Mais si ces variations influent réellement sur l’excrétion urinaire dans son ensemble, c’est-à-dire d’une façon absolue, leur influence est bien plus considérable encore sur les relations des éléments urinaires entre eux; car, ne l’oublions pas, l’évaporation pulmonaire et cutanée élimine d’une façon plus spéciale l’eau et les acides volatils, donc diminuant la charge plasmatique en ces éléments, abaisse leur proportionnalité dans l’excrétion urinaire. Et c’est précisément ce qui explique l’action des facteurs climat, saison , dans leur totalité, et régime d' exercice dans une certaine proportion; facteurs dont les fonctions pulmonaire et cutanée ne sont que l’expression secondaire (i). »

Tout cela est fort juste, et c’est ainsi probablement que les choses se passent aux pays chauds. Mais toute cette étude est à faire.

Il serait d’ailleurs d’autant plus nécessaire d’entreprendre sous les tropiques des recherches urologiques, — et de les entreprendre dans un laboratoire sérieusement installé, dans un hôpital, — que la question si importante de la toxicité des urines a été, jusqu’ici, entièrement négligée aux pays chauds. De pareils travaux ne peuvent être poursuivis à bord des bâtiments; c est à terre, aux colonies, qu’ils peuvent seulement etre abordés. Il n est pas douteux, le bon sens l’indique, que la diminution des urines, compliquée d’un trouble si général dans la nutrition, doit nous mettre

(i) Gautrelet. Loc. cit., p. 44.

ACTION DU CLIMAT I NT E RT R OP I C A L

en présence — je parle de l’homme en santé — de modifications appréciables dans la composition chimique des urines.

Or les connaissances que nous avons aujourd'hui sur la toxicité de ce liquide, considéré dans l’état normal, nous permettent de croire que la recherche des variations de toxicité dans l’urine de l'Européen aux pays chauds éclairerait singulièrement la pathologie générale de ces régions. Peut-être même, en dehors des maladies infectieuses tropicales où il est remarquable de constater que l’anémie est la règle presque constante (fièvre jaune, fièvre bilieuse hématurique, fièvres bilieuses graves, accès pernicieux), peut-être même trouverait-on, par exemple clans une baisse de la toxicité des urines, une justification de la plupart des états de langueur, d'affaiblissement organique, lesquels, s’ils ne sont pas encore la maladie, ne sont plus déjà la santé, et s’observent si fréquemment pendant le cours de l’acclimatation.

Foie. — Sécrétion de la bile. — On a reconnu de tout temps que les climats chauds influaient énergiquement sur le foie. Chose étrange, certains observateurs ont pensé que cette influence ne s’exercait que dans un sens passif, c’est-à-dire que le foie perdait tout ou partie de ses fonctions hématopoïétiques sous l’action prolongée de la chaleur tropicale.

D’abord il n’est pas possible d’admettre une action directe de la chaleur sur le foie. Le rayonnement calorique dans l’atmosphère, son impression sur le corps, ne peuvent pas agir sur cet organe, si l’on considère sa situation, son organisation et ses fonctions de sécrétion.

Constitué par deux glandes qui se pénètrent inextricablement, glande vasculaire sanguine, glande biliaire, le foie est surtout placé sous la dépendance du système porte qui lui apporte tous les matériaux à élaborer. En

Page 1