SOUDAN
l’homme devient une proie facile de l’accès paludéen, des fièvres d’auto-intoxication typhique, des contages de toutes sortes qui le guettent dans les plaines submergées ou marécageuses.
« La saison d'été, dit Lola, commence du icr au i5 novembre et se termine du ier au i5 mai. Caractérisée par l’absence à peu près complète de pluie et d’orage, elle s’accompagne d’une tiédeur qui va toujours en s’accentuant etatteint son maximum d’intensité dans la première quinzaine d’avril pour la région voisine du Niger, dans la première quinzaine de mai pour celles qu’arrose le Sénégal. La campagne revêt alors une teinte uniforme et jaunâtre ; tout est brûlé ; la main de l’homme, venant en aide à la nature, a semé partout l’incendie ; poussée par la b rise, la flamme s’épand, envahit la plaine, et monte en serpentant jusqu’au haut des montagnes qu’elle dénude. Sur le sol desséché et noirci, des traces innombrables se montrent : empreintes de fauves, pieds d’hommes, sentiers tortueux que l’herbe cachait, tout est démasqué, et l’argile durcie expose au grand jour les traces des années précédentes. Les routes sont poudreuses; sous les pieds des chevaux, les roches détachées résonnent. Les sources sont taries; au fond des ravins, un peu de terre humide, une flaque d’eau, voilà ce qui reste de torrents infranchissables deux mois auparavant; la fraîcheur et la verdure s’y donnent rendez-vous ; bosquets charmants à l’œil qui rompent agréablement l’aridité du pays, oasis que la fièvre habite et que des colonnes de fourmis, des scorpions et des centpieds rendent peu fréquentables. Là où s’étendaient de vastes marécages, on ne voit plus que la terre noircie, crevassée et durcie...
« Dans la journée, la chaleur est extrême ; le thermomètre atteint à l’ombre 4° et 46°, et au soleil 70 et 8o°. Dans les caisses que nous transportons à dos de mulet les bougies fondent et se déformenû « Par contre : « Les nuits sont splendides et délicieuses avec leur ciel sans
Hygiène coloniale. -
CONDITIONS SANITAIRES DES CLIMATS REGIONAUX
nuages et le ui* fraîcheur réconfortante; le thermomètre descend alors à 10, 8°, et quelquefois même à 2°,5, comme l’a constaté un de nos collègues dans la plaine de Koundou (i). »
Existe-t-il au moins au Soudan des altitudes capables de remédier à une climatologie aussi inhospitalière ? Aucune. Il y a bien certainement des collines qui ont reçu de quelques enthousiastes le nom pompeux de montagnes ; niais si l’on en excepte le massif du Fouta- Djallon, dans toute l’étendue de la vallée du Niger, de celle du Sénégal et de leurs affluents, on ne trouve que des hauteurs de 4 à 5oo mètres. Assurément capables de protéger dans une certaine mesure contre le paludisme de la plaine et de la vallée, elles sont totalement insuffisantes pour compenser ce que le climat général du pays comporte de dangereux pour l’Européen au point de vue de la température.
Parmi ces hauteurs on signale le plateau de Segala Kourou (4o4 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer) à 5 kilomètres de Kayes, comme pouvant servir de sanatorium à cette localité. C’est un des reliefs les plus accentués de la chaîne de hauteurs qui s’étendent sur la rive gauche du Sénégal, entre Kayes et Bafoulabé. La nature du sol y est caractérisée par des roches basaltiques à la base et sur les pentes, en haut par des cailloutés ferrugineux plus ou moins roulés dans l'argile dure. Segala-Kourou est assez boisé; on y trouve des caïls-cédras, des bambous, une sorte d’ébène, et de nombreuses graminées. Plusieurs marigots y prennent naissance, parmi lesquels le Kaffa-Kô qui descend vers l’Est et se jette dans le Sénégal. Sur son cours, il présente un bassin naturel de retenue entre deux biefs, constitué par des barrages de roche, où l’eau, d’assez bonne qualité, dit-on, s’accumule et constitue une nappe d’eau qui traverse la saison sèche sans se tarir.
(i) Loïa. Deux tins entre Sénégal et Niger. Thèse de Pcfns, 18-87.