MADAGASCAR ET DEPENDANCES
Madagascar. — 11 sérail intéressant de connaître exactement, dans les variations probablement nombreuses qu’il comporte, le climat de la grande île africaine. Mais en l’état actuel, eu égard aux notions encore imparfaites que nous possédons sur la topographie d’un pays dont l’étendue dépasse celle de la France, il serait prématuré d’établir surdes données partielles et sujettes à correction les éléments définitifs de sa climatologie.
Néanmoins, nous savons que Madagascar, qui, par sa situation géographique dans l’hémisphère austral, est presque entièrement comprise dans la zone tropicale, réalise sur son littoral toutes les conditions climatiques communes à cette zone, et présente, au contraire, dans l’intérieur du pays, sur les hauts plateaux qui le couronnent, quelques-unes de celles qui appartiennent en propre aux pays les plus méridionaux de la zone tempérée.
Ces hauts plateaux, d’une altitude qui varie entre i ioo et 1200 mètres de moyenne, sont compris entre deux principales chaînes de montagnes qui courent parallèlement à la cote orientale et qui envoient vers la cote occidentale une série de contreforts rayonnés, dont l’altitude décline progressivement en circonscrivant des plateaux sablonneux ou schisteux qui sont d’une aridité extrême durant la saison d’été.
Ces contreforts sont coupés de rivières et de torrents qui coulent et se précipitent par d’étroites gorges vers les vallées inférieures, pour de là gagner la côte occidentale, basse, où ils forment assez souvent des marécages.
MAD A G A SCA R E T J) E R E X D A X C E S
Sur la côte orientale les reliefs sont plus rudes. Le système des montagnes de 1 île, beaucoup plus rapproché de ce littoral, est caractérisé par une montée abrupte d abord extrêmement difficile, et qui, partant pour ainsi dire de la mer, s’élève brusquement, sans plateaux de transition, jusqu’aux altitudes les plus hautes du pays.
Cette situation fait qu’on passe très rapidement des chaleurs élevées et continues du littoral (Tamatave, Vohémar, Andovoranto, Mahanoro) aux températures variables, marquées par des écarts considérables, des sommets de l’Ankaratra. Tandis, en effet, qu’on observe à Tamatave des températures allant jusqu’à 87° en janvier, à la même époque le thermomètre dépasse rarement 290 à Tananarive. La comparaison des écarts thermométriques dans les mêmes localités fait encore mieux comprendre les différences qui existent entre le climat des hauts plateaux et celui des côtes. A Majunga (côte occidentale) la température maximum est, en novembre, de 34°, 4 ; la température minimum, en août, est de 23°, 5, écart = io°, 9 (Quennec) (1) ; à Tananarive, la température extrême donnée par Grandidier, est, en novembre, de 28°, 5 ; le minimum en août est de 6° ; écart = 22°, 5 (2). Il résulte du rapprochement de ces chiffres, que les hauts plateaux de Madagascar, qui jouissent, dans leur ensemble, de la même climatologie, offrent ce précieux caractère d’une thermométrie à extrêmes très distants, sans toutefois qu’aucun deux soit au delà d’une limite modérée.
O11 sent ici toute la différence qui sépare le climat de cette île de celui du Sénégal, par exemple. Dans cette dernière colonie, en effet, il n’est pas rare d’observer des extrêmes séparés par des écarts de 2Ô, 26, 27 et même 28° ; mais ces extrêmes sont pour le minimum i3° et le maximum 4J° (climat de Dagana) (3). Au total,
(1) Quennec. Majunga. Arcli. de rned. nav. , août 1890.
(2) Grandidier. Madagascar, 1 885- 1886.
(3) Borius. Loc. cit.
J 12 CONDITIONS SANITAIRES DES CLIMATS RÉGIONAUX
si l'on envisage le climat des hauts plateaux de Madagascar sous le rapport de la température, on peut dire qu’il est non seulement très supportable, mais encore qu'il est favorable à l’acclimatement. Aussi n’y a-t-il pas lieu d’hésiler sur la marche à suivre pour procéder à la colonisation de cette île. Sauf certaines localités côtières plus propices que beaucoup d’autres à la culture des denrées tropicales, café, vanille, etc., etc., et en faveur desquelles il peut être fait exception à ce titre, c’est vers les plateaux que doivent être dirigés les colons. Là seulement on est fondé à espérer un acclimatement assez durable des Européens.
En dehors des grands plateaux supérieurs, Imerina, Bétsiléos, on rencontre à Madagascar de nombreuses localités de montagne, surtout vers le Nord, susceptibles d’être également choisies comme cen tres de colonisation.
A l’extrême pointe de l’ile, juste par le 12e degré se trouve la baie de Diégo-Suarez, qui fut, avant la conquête définitive du pays, notre premier établissement. D'une étendue immense qui l’a fait justement comparer aux plus vastes rades du monde, la baie de Diégo-Suarez se découpe en un nombre assez considérable de baies secondaires (Tonnerre, West-Pool, Cailloux -blancs, etc.), où se trouvent de nombreuses petites anses (Melville, des Amis, etc.), où viennent mouiller les boutres arabes qui font le cabotage des îles et du canal de Mozambique. Le littoral de la baie de Diégo-Suarez, est, dans sa généralité, lias et marécageux ; des lignes épaisses de palétuviers signalent l’embouchure vaseuse des ruisseaux qui y débouchent et contribuent à lui donner un caractère insalubre.
Le sol y est surtout formé d’une couche de terre ferrugineuse reposant sur une couche argileuse, dure, imperméable. L’eau y est rare, d’assez mauvaise qualité; quelques maigres ruisseaux, desséchés dans la saison sèche, se gonflent en torrents durant la saison des pluies