BOULEVARD SA1NT-GERMAI
WELLCOME INSTITUTE ÜBPARY
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PREFACE
La nécessité de l’enseignement de l’hygiène n’exige pas, pour être justifiée, de longs développements ; quelques cliiUrcs suffisent à en démontrer l’urgence.
La mortalité générale est encore trop élevée en France à cause des ravages causés par les maladies transmissibles. A Paris, en 1889, sur un total de 50 599 décès, 10 264, c’est-àdire le tiers, sont dus à ces maladies. La statistique dressée en 1890 pour 200 villes de France de plus de 10 000 habitants, comprenant ensemble une population do 9 millions, montre que la moyenne des décès produits pendant 4 ans par les maladies épidémiques, de 1886 à 1890, a été de 70 908 ; elle représente encore le tiers de la mortalité générale. Si l’on tient compte de ce fait que la mortalité est plus faible dans les campagnes que dans les villes, on peut sans exagération évaluer au moins à 1/5® du nombre total des décès le tribut que nous payons chaque année aux maladies transmissibles; il représente annuellement 160 000 personnes.
En comparant à ce résultat le lent accroissement de la ])opulation, on éprouve un sentiment de douloureuse inquiétude au sujet du sort de la nationalité française. Depuis
PRÉFACE
20 ans déjà notre pays occupe, par l’accroissement de la population, le dernier rang en Europe : de 1855 à 1865, l’excédent des naissances sur les décès n’était en elTct que de 5,37 pour 1 000 habitants, tandis qu’à la môme époque il était de 12,94 en Angleterre, de 8,75 en Autriche, de 9,78 en Bavière, de 8,22 en Belgique, de 7 en Italie, de 7,65 en Prusse, de 15,85 en Bussie, de 10,95 en Saxe, etc. Cette situation s’est encore aggravée depuis le moment où ces statistiques ont été dressées, car, en 1889, l’excédent des naissances sur les décès n’est plus que de 2,25 pour 1000 habitants. Si nous n’y prenons garde, la France sera bientôt submergée au milieu des États de l’Europe dont la population va sans cesse grandissant.
Les efforts accomplis en Angleterre depuis 20 ans dans l’hygiène publique et les merveilleux résultats qui ont été obtenus rendent plus triste encore la constatation de notre infériorité. Depuis 1870, la mortalité s’est abaissée, dans ce pays, de 22,52 (1861-1870) à 18,8 en 1887, 17,8 en 1888, 17,9 en 1889, ce qui représente un gain d’environ 4 pour 1 000; si la France avait adopté les mêmes mesures que l’Angleterre, elle économiserait aujourd’hui la vie de 150 000 personnes chaque année !
Pour remédier à une situation qui menace, à brève échéance, l’existence même de la nation, on a proposé divers moyens qui se ramènent à deux : 1“ adoption de lois et de règlements sanitaires; 2® enseignement de l’hygiène à tous les degrés.
La diffusion des préceptes de l’hygiène moderne et la connaissance des conditions de propagation des maladies transmissibles, permettent d’espérer que les populations, mieux
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éclairées, seconderont au lieu d’entraver, comme cela se voit encore trop fréquemment, les efforts entrepris par les pouvoirs publics pour l’assainissement des habitations et des villes ; c’est alors qu’on pourra attendre de l’exécution des lois sanitaires les résultats qui font l’orgueil des nations voisines.
L’introduction récente de l’étude de l’hygiène dans les divers ordres d’enseignement, qui réalise l’un des vœux depuis longtemps exprimés par les hygiénistes, est, à cet égard, un grand progrès.
En rédigeant ce livre pour répondre aux programmes du nouvel enseignement, je me suis borné à un exposé des faits et des résultats, empruntés aux meilleures sources {Traités d'hygiène des docteurs Proust, Rochard, Arnould, etc.. Conférences de thérapeutique du docteur Dujardin-Beaumetz, Annales et Revue d'hygiène, Recueil des travaux du Comité consultatif d' hygiène publique, etc.).
L’étude des modes de désinfection dans les cas d’épidémie, des accidents causés par les aliments et les eaux de boisson, de la purification des eaux, a été spécialement développée ; les bénéfices de l’exercice musculaire chez les enfants et les adultes, les soins à donner à la peau, aux organes des sens, ont été exposés d'une manière succincte. Ces questions constituent autant de sujets dont la connaissance est indispensable non seulement dans les écoles, mais dans toutes les classes de la société. Les mères de famille trouveront dans cet ouvrage les indications générales suffisantes pour épargner à leurs enfants les affections, souvent redoutables, résultant des conditions défectueuses de l’alimentation, du défaut de surveillance dans les soins réclamés par la peau et les organes des sens, de l’absence d’exercice, etc. Cha-
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cun de nous est intéressé en outre, soit pour lui-même soit pour les siens, à connaître les modes de transmission des ma’adies épidémiques et les progrès réalisés dans l’art de prévenir ces maladies par les belles découvertes de M. Pasteur.
Je m’estimerai heureux si ce livre réussit à convaincre le lecteur de l’efficacité des moyens de préservation et de l’urgence de mesures sanitaires appliquées depuis longtemps à l’étranger et réclamées en vain par les hygiénistes français.
ÉLÉMENTS D’HYGIÈNE
INTIiODDCTION
La vie résulte , suivant l’exposition magistrale de Claude Bernard, du conflit qui se produit sans cesse enti’e les phénomènes de synthèse ou de création organique et les phénomènes de destruction fonctionnelle.
Chez tous les êtres vivants, ces phénomènes présentent, dans leurs traits essentiels, un grand degré de constance, mais les différents mécanismes qui les réalisent' offrent une complication croissante, depuis les êtres les plus dégradés jusqu’aux animaux supérieurs et jusqu’à l’homme. Chez les êtres inférieurs, formés d’uu petit nombre de cellules, il n’y a pas de division du travail physiologique ; chaque cellule se suffit à elle-même indépendamment de ses voisines : on comprend que de semhlahles êtres puissent supporter, sans périr, des mutilations très graves. Chez les animaux supérieurs, la division du travail physiologique devient très grande, et le corps, hétérogène, est formé de
ÉLÉMENTS D’IIYGIÉNE.
groupes de cellules ou de tissus ayant chacun, dans l’ensemble des phénomènes de la vie, un rôle déterminé à accomplir.
On peut comparer l’association des éléments du corps d’un animal supérieur ou de l’homme, à une cité qui renfermerait les artisans des différents corps de métiers, capables, chacun dans sa spécialité, de fournir à tous les habitants les objets indispensables à leur entretien; tandis que la cité comparable aux animaux inférieurs, tout à fait primitive, serait composée d’habitants produisant, chacun pour soi, tous les matériaux indispensables à la vie. La disparition d’un individu dans cette dernière cité n’y produira aucun trouble, il n’y aura qu’une unité de moins dans la somme d’activités dont elle se compose; mais dans la première, en raison de la spécialisation des habitants, la suppression d’une catégorie d’artisans provoque des perturbations plus ou moins graves : le salut de la cité peut être compromis.
Il en est de même chez riiomme. Tant que les divers groupes de cellules ou de tissus accomplissent avec régularité les fonctions (jui leur sont dévolues, l’équilibre existe et Véiat sain résulte du concours harmonique de toutes ces activités. Que l’une des parties ralentisse ou exagère ses fonctions, l’équilibre est rompu, et à l’état physiologique normal succède un état pathologique caractérisé par des troubles plus ou moins graves : c’est Vétat de maladie. Cet état n’est pas une entité nouvelle survenue dans le corps de rbomme, ce n’est que l’exagération ou Taflaiblissement d’un état physiologique connu, qui permet souvent de prédire à