CHAPITRE IX
DE L’EXERCICE MUSCULAIRE
L’excrcice est pour l’organisme une nécessité aussi impérieuse que la nutrition. Soustraire les enfants cà son influence, écarter d’eux toutes les causes de fatigue dans la crainte des accidents inséparables de tout exercice, c’est méconnaître le principe si fécond en physiologie « la fonction fait V organe ».
On sait en effet que le squelette et les muscles ne se développent que par l’exercice et dans la mesure où ils sont exercés. Le corps est-il privé de mouvements, les articulations perdent leur souplesse, les membres s’ankylosent, les muscles subissent la dégénérescence; en un mot, l’appareil du mouvement s’atrophie et, comme conséquence, la respiration devient moins active, la circulation est ralentie et la nutrition générale est alfaiblie. 11 suffit, pour se rendre compte des effets pernicieux de l’inaction, de comparer les individus condamnés à une vie sédentaire à ceux qui sont obligés, par métier, d’entretenir le jeu des muscles et des articulations. En dehors des différences que présentent la musculature et le dévelo})pement de l’appareil respira-
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toirc, les statistiques démontrent que la maladie et la mort font bien plus de victimes chez les premiers que chez les derniers.
Effets physiologiques de l’exercice. — Avant de signaler les divers modes de l’exercice, nous devons indiquer les moditications qu’il apporte dans l’organisme; ces modilications, très nombreuses, intéressent non seulement le système musculaire, mais encore la respiration, la circulation, le système nerveux et, par suite, la nutrition générale.
Pendant l’exercice, les mouvements respiratoires augmentent en nombi’e et en amplitude ; tandis (ju’un boniine au repos présente 14 respirations et 85 pulsations par minute, après un pas gymnastique sur place de 10 minutes, le nombre des respirations s’élève à et celui des pulsations à l'iO. L’augmentation de l’amplitude des mouvements respiratoires permet de faire varier la quantité d’air introduit de 1 litre 55 à 7 litres ; quand les exercices gymnastiques sont continus, la circonférence de la cage tlioraci([ue augmente d’une façon appréciable et, par suite, la ventilation pulmonaire s’accroît.
En même temps, la circulation est activée par suite de la contraction musculaire et de l’amplitude de la cage thoracique, de sorte (jue les battements du cœur augmentent en nombre et en intensité. Parfois même, cette augmentation provoque des accidents graves, dans le cœur surmené, dont le mécanisme est encore mal
connu.
ÉLÉMEINTS D’IlYGIÈiNE.
Les combustions respiratoires sont exagérées, comme le démontrent les expériences de Claude Bernard et de M. Chauveau, il en résulte (pie la température du corps s’élève, et que l’équilibre entre la température des parties profondes et des parties superficielles est rapidement établi : nous avons vu plus haut l’importance de ce lait dans la résistance otferte par l’bomme à l’action du froid.
Par l’exercice, les muscles s’accroissent et augmentent leur puissance en raison de l’énergie des phénomènes de synthèse organique. Le système nerveux, qui coordonne les mouvements et préside aux contractions musculaires, participe aussi h cette activité nouvelle de l’organisme, mais, tandis que dans le travail intellectuel, c’est le cerveau qui fonctionne, la gymnastique exige le concours du bulbe rachidien et de la moelle épinière ; elle rétablit ainsi l’éipiilibre entre les fonctions des diverses parties des centres nerveux.
Là ne s’arrêtent pas les effets de l’exercice. L’activité de la circulation étant augmentée, les cellules sont soumises à une irrigation plus grande ; recevant plus d’oxygène, leurs fonctions s’exagèrent, les déchets, produits en plus grande quantité, s’éliminent aisément par suite de l’activité des sécrétions et notamment de la sueur. La nutrition générale est donc activée et l’appétit augmente ; c’est ce qui a permis à Chomel de dire que rori digère jilus avec leu jambes qu' avec son estomac.
En résumé, un individu soumis à des exercices de gymnastique réguliers augmente de poids (sauf le cas particulier des obèses, qui maigrissent par suite de la
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combustion des graisses), la poitrine s’élargit, les muscles se développent et augmentent de puissance, la résistance de rorganisme aux modifications externes est augmentée.
On voit que si l’exercice est utile aux adultes, il est indispensable chez les enfants et les adolescents, car il favorise le développement physique du corps et constitue un dérivatif excellent aux fatigues résultant du travail intellectuel que l’on exige de ceux-ci, dans la période critique pendant laquelle s’achève la croissance. L’éducation véritablement digne de ce nom est donc l’ensemble des méthodes par lesquelles on développe progressivement et d’une manière harmonique les divers organes de l’enfant, ne demandant à chacun que lé travail qu’il peut fournir, sans nuire au développement des autres, de manière à maintenir entre l’esprit et le corps l’équilibre si nécessaire à la santé.
Modes de l’exercice. — On donne le nom de gymnastique à l’ensemble des méthodes destinées à mettre en activité le système musculaire; elles présentent deux grandes divisions : les unes réalisent les exercices, soit dans les espaces confinés, soit au grand air, sans aucun appareil ; les autres nécessitent des appareils plus ou moins compliqués qu’on nomme agrès.
Gymnastique sans appareils. — Gymnastique d’assouplissement. — Exercices naturels. — On distingue d’abord la gymnastique (V assouplissement , nommée aussi gymnastique de chambre. Elle consiste en une série d’exercices très variés dans lesquels les différentes
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parties du corps et des membres exécutent des mouvements (pii peuvent mettre en activité tous les muscles du corps. Ces exercices, dont on trouvera la description dans les manuels de gymnastique, ont une grande importance, parce qu’ils permettent, en tous lieux et dans toutes les conditions, d’assouplir et d’exercer les muscles, même sans le secours d’un maître. Ils constituent avec raison les fondements de l’enseignement de la gymnastique.
Exercices naturels. — Les différentes attitudes exigent, pour être maintenues, pendant un certain temps, un effort musculaire et, par suite, elles déterminent une sensation de fatigue au bout d’une durée plus ou moins longue ; seules, la position assise ou couchée, correspondant au minimum d’activité musculaire, constituent les véritables situations de repos et peuvent être conservées pendant longtemps.
Tous les exercices naturels que l’homme accomplit pendant son existence sont excellents au point de vue de l’activité musculaire. Ce sont : la marche, la course, le saut, la danse, l’escrime, la natation, le canotage, l’équitation.
La marche l’un des plus utiles, parce qu’elle peut être réalisée en tous temps et dans toutes les conditions ; elle exerce admirablement les muscles des membres inférieurs et du tronc, mais ne développe pas ceux des bras. Quand on veut se livrer à cet exercice, on doit apporter une attention toute spéciale aux chaussures, qui seront à talons larges, à semelles assez épaisses pour amortir les chocs et assez souples pour ne pas
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gêner les mouvements du pied. Les chaussures graissées en cuir sont toujours préférables aux chaussures imperméables en caoutchouc.
En moyenne, le rythme de la marche est de GO à 80 pas par minute et correspond à 5 kilomètres 1/2 cà riieure,àune allure qui peut être maintenue sans difficulté et après un entraînement préalable, pendant G heures. Le rythme et la vitesse sont modifiées par la nature du terrain ; dans les terres labourées ou sablonneuses, le travail musculaire augmente et la vitesse diminue.
La course et le sant participent des avantages de la marche, mais ils exigent un travail musculaire plus considérable ; aussi ces allures ne peuvent-elles être maintenues longtemps. Pour éviter la fatigue dans les longues étapes, on doit varier l’allure et de temps en temps, toutes les heures par exemple, prendre un repos de quelques minutes.
La danse est une gymnastique excellente ; elle met en jeu un plus grand nombre de muscles, elle développe la souplesse des membres et donne plus de gi’càce au maintien.
La natation est un des meilleurs exercices pour l’homme, car tous les muscles du corps entrent en jeu dans les divers mouvements que le nageur accomplit pour se maintenir à la surface de l’eau ; au bénéfice de l’exercice musculaire se joint l’effet tonique et excitant de l’eau froide, ainsi que nous l’avons vu plus haut.
Malheureusement, cet exercice, si salutaire et en même temps si utile, est très négligé en France à cause
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de la rareté et de la mauvaise organisation des bains. Chaque établissement secondaire devrait avoir une piscine, et l’on sait ({u’il est loin d’en être ainsi.
Le canotage, comme la natation, exige l’activité d’un grand nornlire de muscles, car, dans les mouvements du rameur, non seulement les muscles des membres entrent en jeu, mais encore les muscles du tronc : abdominaux, pectoraux, dorso-lombaires, etc.; l’activité imprimée à -la respiration et à la cii'culation est aussi très grande. Le canotage devient souvent une passion pour ceux qui s’y adonnent et dès lors, comme la natation, il présente de graves dangers.
Ils ne conviennent d’ailleurs ni l’un ni l’autre aux sujets prédisposés aux affections cardiaques et pulmonaires.
V escrime est aussi un excellent exercice ; non seulement il exige la mise en jeu de nombreux muscles et fortifie par conséquent le système musculaire, mais il donne au coup d’œil de la rapidité et de la sûreté. Il est indispensable d’exercer les jeunes gens à tirer alternativement de la main droite et de la main gauche, pour assouplir et fortifier également les deux moitiés du corps.
\ J équitation est un exercice de luxe qui met en jeu un nombre de muscles moins considérable que les exercices précédents ; l’elïort à dépenser chez un cavalier étant faible, on peut supporter l’exercice du cheval beaucoup plus longtemps que les exercices précédents, sans éprouver une grande fatigue.
Les jeux en plein air constituent aussi une bonne gym-
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nastique que l’on ne saurait trop encourager dans les établissements d’instruction. 11 existe un grand nombre de jeux nationaux aussi attrayants et aussi « éducatifs » que les jeux anglais, si à la mode aujourd’hui.
Les travaux manuels, le travail de la terre, celui du bois, etc., sont d’excellents dérivatifs des fatigues intellectuelles, et nous pourrions donner une liste assez longue d’hommes célèbres, parvenus à une vieillesse avancée dans un excellent état de santé, en associant dans une juste proportion le travail intellectuel et les exercices du corps.
Massage. — Pour terminer ces brèves indications sur les modes de l’exercice, nous dirons quelques mots du massage, c’est-à-dire des pressions plus ou moins fortes exercées sur la peau, sur les muscles et sur les organes, soit avec la main, soit avec des appareils spéciaux.
Les frictions, pétrissages, clapotements effectués sur le corps, produisent des effets physiologiques variés. Nous avons déjà signalé leur inlluence heureuse sur la régularisation des fonctions de la peau ; ajoutons qu’elles augmentent l’activité musculaire et la circulation générale et locale. Mais les deux actions les plus importantes du massage, au point de vue hygiénique et thérapeutique, consistent, d’une part, dans l’augmentation de la formation d’urée, indiquant une assimilation considérable des substances azotées ; d’autre part, le massage facilite la résorption des épanchements sanguins ou séreux.
Gymnastique avec appareils. — Nous n’avons pas à décrire ici les appareils employés pour donner du jeu
aux articulations et pour assouplir ou fortifier les muscles ; les méthodes sont secondaires au point de vue hygiénique; l’essentiel est d’atteindre le but que l’on se propose.
Cependant il est bon de signaler, à côté des appareils variés que l’on rencontre dans la plupart des gymnases, l’emploi de chaînes élastiques formées par des ressorts, ces chaînes opposent à la traction une résistance que l’on peut graduer à volonté. On les emploie dans la gymnastique dite de l’opposant, très avantageuse dans certains cas, parce que l’on peut installer les appareils qu’elle nécessite, dans la chambre etmênie autour du lit d’un malade.
Gymnastique spéciale. — Parmi les exercices de gymnastique qui développent et fortifient les muscles, nous devons signaler ceux qui augmentent l’activité de certains organes, tels que la gymnastique respiratoire et la gymnastique abdominale.
La gymnastique respiratoire est destinée à accroître la capacité des poumons et à diminuer ou à faire disparaître l’essoufflement, soit pendant les exercices du corps, soit pendant le chant. Il faut d’abord habituer les enfants à respirer par le nez, car les fosses nasales sont, chez l’homme et les animaux, les véritables voies respiratoires.
L’importance de la régularité du mécanisme respiratoire est si grande que les professeurs de gymnastique font chanter leurs élèves pendant les mouvements.
M. Daily a proposé un certain nombre d’exercices qui consistent à effectuer des déplacements déterminés
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avec les bras ou la poitrine pendant que l’on réalise les inspirations et les expirations. On peut encore s’exercer à compter à haute voix, le plus longtemps possible, sans reprendre haleine.
La gymnastique abdominale consiste en une série de mouvements, accompagnés de massages qui augmentent l’activité des muscles intestinaux et régularisent la digestion. V exercice du mur est excellent à ce point de vue ; il consiste à placer l’individu contre une paroi verticale et à lui faire élever les deux bras, restant rigides, au-dessus de la tête, jusqu’à ce qu’ils viennent toucher la paroi contre laquelle le corps est adossé.
Ces exercices ont une grande importance dans le développement des viscères et des organes respiratoires et doivent toujours être associés aux exercices musculaires proprement dits.
Entraînement. — Quelle que soit d’ailleurs la méthode employée pour l’exercice, elle nécessite, au point de vue hygiénique, une série de prescriptions destinées à en augmenter les hénétices pour l’organisme. Nous avons rappelé plus haut que l’exercice augmente, dans une proportion considérable, les combustions internes et les produits de déchets : urée, acide urique, leucomaïnes, acide carbonique, etc. ; il est donc indispensable de favoriser l’évacuation rapide de ces produits, dont l’accumulation pourrait occasionner des troubles ; de là la nécessité des purgatifs, qui augmentent l’activité de l’intestin et des reins, ainsi que l’utilité des soins destinés à entretenir les fonctions de la peau, soit
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par des frictions, soit par l’action de l’eau froide étudiée plus haut. Les avantages de l’Iiydrothérapie associée aux exercices du corps sont reconnus partout et tous les gymnases possèdent des appareils d’hydrothérapie.
En même temps que l’on augmente l’activité des voies éliminatoires, on doit prescrire une alimentation spéciale.Les viscères abdominaux constituant un poids inutile, il faut en diminuer la niasse au moyen d’aliments qui, sous un petit volume, possèdent une grande valeur nutritive, telles que les viandes noires : le bœuf, le mouton, le gibier; par contre, les viandes blanches, les féculents, les graisses, la charcuterie, seront proscrits. 11 faut toujours prendre le repas substantiel après les exercices physiques. En outre, on ne doit pas boire pendant les exercices et ne consommer que la quantité d’eau strictement nécessaire pour la réparation des pertes.
La vie au grand air, une extrême sobriété, sont également indispensables à tous ceux qui se livrent aux exercices du corps.
Réalisation pratique des exercices physiques.
Depuis quelques années, les exercices physiques ont repris, dans l’enseignement primaire et secondaire, la place qu’ils n’auraient jamais dii perdre. A la suite des réclamations des médecins et des hygiénistes, on a diminué notablement la durée des classes et des études et fixé un temps suffisant pour les récréations et les exercices du corps.
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Dans les etablissements secondaires réducation physique est réalisée : 1“ par un cours de gymnastique; 2° par les récréations ; 5° par les promenades au grand air.
Les cours de gymnastique sont insuflisants, car ils sont peu nombreux et, dans chacun, comprennent beaucoup trop d’élèves ; quel résultat peut-on attendre de deux classes de trois ([uarts d’heure par semaine?
Les récréations, telles (pi’elles sont organisées, ne profitent eu aucune façon au développement physique ; les élèves prennent l’air, il est vrai, mais ils ne jouent pas et les muscles ne sont pas exercés. On a proposé très justement de placer dans les cours de récréation quelques agrès de gymuastique et d’obliger les élèves à emjiloyer une partie de la récréation aux exercices du corps ; en confiant la surveillance de ces exercices à un professeur de gymnastique, on obtiendrait peut-être quelques résultats.
Les promenades enfin, qui ont lieu deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, sont trop courtes ; dans les grandes villes, les élèves ont à peine le temps de sortir des murs. Pourquoi fixer l’heure et la durée de ces promenades et ne pas employer soit la matinée, soit l’après-midi? En outre, il serait hicile de faire une promenade de plus par semaine, le mardi par exemple, en déplaçant quehjues classes ; cela a été essayé et fonctionne à merveille dans quelques lycées de province. Cette mesure devrait être étendue à tous les établissements secondaires.