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HYGIÈNE DE LA VUE

La vision, le sens le j)lus important, est réalisée au moyen d’appareils très délicats, les yeux qui, malgré de nombreux organes de protection, sont exposés néanmoins à des altérations sous l’inlluence des conditions

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extérieures ; ils présentent en outre des vices de conformation congénitaux ou accidentels, que l’hygiène peut supprimer ou atténuer.

Action des variations atmosphériques. — Le froid et l’humidité déterminent sur la conjonctive une inflammation, désignée sous le nom de catarrhe de la conjonctive, surtout fréquente au printemps et en automne. On rol)servc, causée aussi par le froid, chez les personnes qui couchent sous la tente, dans une chambre dont les fenêtres restent ouvertes pendant la nuit et, en général, toutes les fois qu’on s’expose au refroidissement nocturne. On peut remédier à ces accidents en empêchant l’arrivée de l’air froid sur les yeux; la recommandation faite aux soldats de se couvrir le visage quand ils couchent sous la tente est destinée à conjurer les effets pernicieux de l’air froid pendant la nuit.

Le froid très vif exerce un effet nuisible sur la cornée et sur la branche ophthalmique du nerf trijumeau, en provoquant de vives douleurs dans les orbites et une grande fatigue des yeux; les personnes qui ont les yeux sensibles à l’action du froid et de l’humidité, devront se garantir contre ces variations atmosphéri(pies.

L’action de la chaleur est faible quand elle agit seule, tout au plus observe-t-on une légère congestion; ordinairement, l’influence de la dessiccation de l’air et de la lumière intense se joignent à son action, et l’on constate une inllammation de la paupière et de la conjonctive.

Les poussières entraînées par le vent dans les régions sablonneuses peuvent provoquer des ophthalmies, aussi

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faut-il se garantir, quand le vent est violent, par des lunettes en forme de coquilles.

La lumière trop vive fatigue la rétine et diminue l’acuité de la vue; quand cette action se produit pendant quelque temps, on observe des troubles visuels plus ou moins graves, accompagnés d’inllammation ; ces accidents sont fréquents dans les pays cbauds, où pendant l’été, le sol, les muis blanchis à la chaux, renvoient la lumière solaire. On les a observés aussi dans les régions froides, où ils sont causés par la réverbération de la neige; ils sont parfois assez graves pour amener la cécité.

Quand l’intensité lumineuse n’est pas trop forte, la transition brusque de l’obscurité à la lumière produit des éblouissements ou une cécité partielle de la rétine.

Conserves. — On peut soustraire les yeux à ces diverses causes d’altération, en portant des conserves à verres colorés, qui absorbent une partie des radiations ou garantissent du vent et des poussières. Pour défendre les yeux contre l’intensité lumineuse trop vive et la réverbération des murs ou des clianqis de neige, on prend des verres bleus à l’oxyde de cobalt, qui absorbent les radiations les plus intenses, ou des verres enfumés, à condition (ju’ils soient d’une teinte absolument neutre. Les conserves à verre d’urane, qui ont la propriété d’absorber les radiations calorifiques, sont utiles dans les régions chaudes, ou dans les professions qui exposent les individus à un rayonnement intense (chauffeurs, puddleurs, etc.). Si l’on veut en même temps soustraire l’œil à l’action des

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poussières, on entourera les verres d’une garniture d’étolVe s’appli(juant exactement sur le j)ourtour des orbites.

Influence du tabac, de la morphine, de l’alcool sur la vision. — L’abus du tabac, de la morpbinc ou de l’alcool, produit des troubles visuels de nature presque identiepæ. Les objets paraissent d’abord à travers un brouillard, l’acuité visuelle se réduit ensuite à cause de la cécité partielle de la rétine, puis on observe des vertiges et des ballucinations; ces troubles aboutissent enfin à la cécité complète. Ils cessent aussitôt que l’on supprime la cause qui les occasionnait, c’està-dire dès que l’on cesse de lïnuer, de boire ou de consommer de la morphine.

Affections contagieuses. — Ophthalmies contagieuses. — On désigne sous ce nom des affections parasitaires dues au développement d’une bactérie, le (jonocorpie (Je Neisseï', dans la muqueuse qui forme les replis des paupières; elles sont la cause d’un très grand nombre de cas de cécité. On distingue : Vopiithalinie des nouvecm-nés , qui intervient, d’après M. Galezowski, dans la proportion de 30 pour 100 sur le chiffre total des aveugles; c’est la forme aigue, éminemment contagieuse, de l’affection qu’on observe chez les adultes et principalement chez les soldats, sous le nom d'opliliialnite (p'anuleuse. L’opbtbalmie granuleuse est rare en France, endémûjue en Piusse, en Belgique ainçi (jue dans l’Algérie et la Tunisie: on la nomme encore oplulialmie d'Éijyple, parce que c’est

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de l’Égypte (jiie les armées françaises et anglaises l’importèrent en Europe.

L’oplithalmie des nouveau-nés qui cause de si grands ravages se déclare deux ou trois jours après la naissance, son traitement est justiciable du médecin, qui devrait toujours être appelé par la famille pour examiner l’état des yeux et prescrire les mesures indispensables. En tout cas, on devra pratiquer le lavage des yeux avec des solutions antiseptiques tièdes : acide phénique à 1/2 pour lüO; acide borique à 2,5 pour 100; sublimé corrosif à 1/2 pour 1 0 000.

TJophthalmie (jrannleMfie qui sévit chez les adultes est tout aussi contagieuse; elle est transmise par le pus (|ui s’écoule des yeux et qui souille les linges, les vêtements ou les mains ; l’air n’intervient pas comme véhicule. Cette affection est d’autant plus redoutable, qu’elle est longue, très rebelle et que des individus qui paraissent guéris peuvent contaminer des personnes saines.

Dès que cette maladie est constatée dans une collection d’individus, on doit isoler les malades et les soumettre à un traitement spécial jusqu’à guérison complète. En même temps, on prescrira des mesures de propreté telles que des lavages antiseptiques avec des linges qui ne devront jamais servir à deux individus à la fois; on évitera aussi d’essuyer les yeux avec les doigts, car ils peuvent être souillés et introduire le parasite.

Soins de propreté. — On doit veiller avec soin à la propreté des mains, ainsi qu’à celle du linge, des éponges avec lesquelles on lave le visage et les yeux. Une excellente habitude consiste à faire des lavages à l’eau très

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chaude avec une éponge appliquée pendant quelques minutes et à plusieurs reprises, sur les paupières fermées. On ne devra pas employer l’eau froide, ni s’essuyer les yeux avec les doigts, à moins d’employer seulement pour cet usage le [)elit doigt. La surveillance des jeunes enfants est importante à ce point de vue, parce qu’ils touchent à tout et portent les objets ou les mains à leur visage, risquant ainsi de se blesser ou de souiller leurs yeux.

Anomalies de la vision. — On sait que le diamètre antéro-postérieur de l’œil, qui est d’environ 24 millimètres dans l’œil normal et pour lequel le plan focal des milieux de l’œil est situé sur la couche des cônes et des bâtonnets, peut s’allonger ou se raccourcir; s’il s’allonge, le plan focal est situé en avant de la rétine et l’œil est myope; s’il se raccourcit, le plan focal est en arrière de la rétine et l’œil est hypermétrope.

Myopie. — La myopie, qu’on a appelée avec quehjue raison « une maladie scolaire », est l’anomalie la plus répandue, car, d’après les statisti([ues, on la rencontre douze fois plus (jue l’hypermétropie. Deux causes contribuent, d’après MM. Galezowski et Kopft‘, au développement de la myopie : 1“ une prédisposition héréditaire, c’est la cause originelle; 2° la vision binoculaire d'objets trop rapprochés, c’est la cause déterminante, qui se manifeste à partir de 4 ou 5 ans.

L’origine congénitale la plus fré([uente de la myopie réside dans l’amincissement des membranes oculaires qui les rend plus extensibles ; l’œil est cependant normal.

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et aucun caractère extérieur ne trahit cette prédisposition. Lors(pie la vision s’exerce, cliez l’enfant, sur des objets suflisaminent éloignés, le travail de raccoiumodation, assezlaible, estinsuflisant pourdéformer les membranes; celles-ci acquièrent peu à j)eu une plus grande résistance tout en conservant leur courbure primitive : la myopie n’apparaît pas. Mais si l’enfant commence à lire et à écrire de très bonne heure, au moyen de caractères qui l’obligent à regarder de trop ])rès, en se couchant presque sur la table, les effoi’ts considérables de l’accommodation, réagissant sur des membranes dont la résistance est faible, exercent une traction continue sur celles-ci et provoquent sa déformation; le diamètre antéro-postérieur s’accroît alors progressivement, sa valeur passe de 24 millimètres à 25. 26, 50, et atteint même 55 millimètres : la myopie est développée.

L’influence de l’hérédité sur la myopie, à titre de cause originelle, résulte encore des observations de M. Lagneau sur la répartition suivant les races; ainsi, elle est plus répandue chez les populations issues des Ligures et des Aquitains, que chez les descendants des Celtes et des Gaulois, où elle est relativement rare.

Prophylaxie. — Puis(jue c’est la vision binoculaire rapprochée (pii détermine les déformations caractéristiipies do la myopie, on peut en empêcher le développement, ou enrayer ses progrès, par une hygiène sévère, réglant, dans les écoles ou dans les familles, le travail des enfants.

On exigera que, dans les écoles, la lecture et récriture s’accomplissent à une distance de 50 centimètres en-

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viron et, exceptionnellement, pour la myopie commençante, à centimèlres au moins. Le travail aura scu-

lement lieu à la lumière naturelle, au moyen d’un éclairage unilatéral à gauche, autant que possible, et avec des caractères typographiques assez gros. Le travail après le repas du soir devra être interdit aux jeunes entants.

Quand la myopie sera assez avancée pour que la lecture devienne impossible à 25 centimètres, on la corrigera par des lentilles divergentes, (pii seront portées surtout pour la vision à courte distance; c’est une erreur assez accréditée et funeste de croire que les lentilles de correction ne servent aux myopes que pour la vision éloignée.

Dans les établissements où ces prescriptions sont rigoureusement suivies, comme à l’École polytechnique par exemple, la myopie reste stationnaire.

Hypermétropie. — Cette anomalie est caractérisée |)ar le raccourcissement du diamètre antéro-postérieur de l’œil, par suite d’un arrêt de développement; à l’inverse de la myopie, l’hygiène est impuissante à prévenir le développement de cette affection et l’on doit se borner à corriger ses effets par l’emploi de lentilles convergentes.

Astigmatisme. — L’astigmatisme, dù à l’inégalité des rayons de courbure des surfaces de l’œil suivant les différents méridiens, peut être congénital ou accidentel (dans ce dei-nier cas il résulte des lésions de la surlace de la cornée ou du cristallin). Les seuls moyens hygiéniques consistent 'à corriger les irrégularités de courbure par l’emploi de lentilles cylindriques.

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Presbytie. — La diminution progressive de la puissance d’accommodation, qui caractérise la presbytie, ne commence à se manifester qu’à 45 ou 50 ans. C’est à ce moment que l’on doit corriger l’insuffisance de l’accommodation par des lentilles convergentes, malgré le préjugé si répandu, qui empêche bon nombre de personnes de porter des lunettes par la crainte de s’y habituer.

Strabisme. — Le strabisme est une infirmité caractérisée par la suppression de la vision binoculaire causée par une déviation des axes optiques. Dans l’œil normal, la ligne de vision fait, avec l’axe de la cornée, un angle de dix degrés environ pour la vision éloignée ; si cet angle augmente, tout en conservant sa valeur positive, le strabisme est convergent; s’il devient plus petit, nul, ou prend une valeur négative, le strabisme est divergent. Le strabisme vrai est dû à l’insuffisance de l’un des muscles moteurs de l’œil ; le strabisme paralytique est dû à la paralysie d’un de ces muscles. Dans le strabisme vrai, le strabisme divergent est souvent dû à la myopie ; le strabisme convergent, bien plus fréquent, est dû à l’hypermétropie. Dépendant des vices de réfraction de l’œil et provoqué par eux, cette infirmité ne se manifeste qu’à l’âge de 4 ou 5 ans, lorsque le travail de l’accommodation nécessité par la vision binoculaire commence à s’effectuer. La guérison du strabisme nécessite parfois une opération chirurgicale ou l’emploi de verres appropriés ; le médecin seul peut indiquer le traitement à suivre.

Du choix des lentilles. — Si la nécessité des len-

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tilles pour corriger les anomalies de la vision est depuis longtemps justiliée par l’expérience, les avantages qui résultent de leur emploi sont souvent illusoires, par suite de la légèreté qui préside à leur choix; on refuse . de prendre les conseils d’un médecin et l’on s’adresse à des opticiens souvent ignorants, qui délivrent des lentilles rarement appropriées à l’anomalie que le malade même ignore; il en résulte presque toujours une aggravation de rinfirmité que l’on voulait corriger. On ne saurait donc trop prendre de précautions pour un organe aussi délicat que l’œil, et l’on devrait toujours consulter un spécialiste sur la nature des lentilles à employer.

Parmi les divers systèmes utilisés, les lunettes sont toujours préférables aux pince-nez et, en tout cas, les monocles doivent être prohibés ; cette mode, qui n’a pas même l’excuse de l’élégance, est condamnable au point de vue de l’hygiène.

Daltonisme. — Nous signalerons seulement l’importance de la cécité partielle des couleurs dans certaines administrations (marine, chemins de fer), où les manœuvres de jour et de nuit sont réglées par des signaux colorés, et la nécessité d’écarter de ces administrations les individus atteints de cette infirmité. Leur proportion s’élève en moyenne ii 8 ou 9 pour 100.

Hygiène générale. — Comme tous les organes l’œil doit être sans cesse exercé, mais avec beaucoup de mesure, suivant l’âge.

Chez les jeunes enfants, l’œil, très impressionnable, se fatigue vite sous l’influence de la lumière ; on doit

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donc veiller à ce ({ue celle-ci ne soit jamais trop vive et permettre à l’enfant de se soustraire facilement à son inlliience. Les berceaux devront être tournés à contrejour, entourés de lideaux de couleur sombre ; pendant les promenades, on protégera les yeux par des voilettes bleues ou vertes et non pas blanches, comme on le tait ordinairement.

Quand la vision binoculaire commence à se produire, on doit, autant que possible, soustraire l’enfant à la vision rapprochée et tenir son attention sans cesse en éveil à des distances supérieures à 55 centimètres. C’est une erreur de croire que l’on gagne du temps en apprenant à lire et à écrire trop tôt aux enfants; l’avantage momentané qui résulte de cette éducation précoce n’est trop souvent acquis qu’au prix d’infirmités plus ou moins graves. En elfet, lorsque l’œil est troj) longtemps sollicité dans la vision des objets rapprochés, comme dans les occupations sédentaires, la fatigue qui résulte du travail incessant d’accommodation exagère les vices de réfraction les plus légers ; l’acuité de la vue et sa portée tendent tà se réduire ; ces effets pernicieux sont encore aggravés par l’habitude de veiller tard et de travailler à la lumière artificielle.

Il est donc indispensable, même pour les vues normales, chez les adultes comme chez les enfants, de reposer les yeux en s’exerçant à la vision des objets éloignés ; la vie au grand air, les promenades à la campagne, réalisent ces conditions. A cet égard, le service militaire, auquel tout le monde est astreint, présente de grands avantages, parce (jue la vue s’exerce constam-

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ment au loin. Les exercices de tir sont aussi excellents pour l’éducation des yeux dont ils accroissent la portée et l’acuité. On sait d’ailleurs que sous ce rapport les habitants des campagnes, les chasseurs, présentent une grande supériorité sur l’hahitant des villes.

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