‹ Principes d'orientation sociale; (volume 2)Chapitre 2 sur 79 · LE PROGRAMME DES · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME DES

Actualités Sociales

Naus n* avons pas cru qu'il fût possible de limiter l'activité de l'Institut de Sociologie à la pure investigation scientifique. Le domaine des recherches sociales est trop humain pour que Von puisse, en le parcourant, se désintéresser des applications auxquelles sollicitent à la fois l'instinct personnel du mieux et la solidarité des aspirations, des intérêts ou des souffrances d'autrui.

Une institution consacrée à l'étude impartiale des phénomènes sociaux devient ainsi comptable du sentiment public, qui ne lui pardonnerait point d'eiccumuler les observations au seul profit d'une minorité de chercheurs ou d'initiés, et de

passer à côté des problèmes qui occupent et inquiètent, sans y porter quelque lumière.

Il y aura donc, parmi les Travaux de l'Institut, une série spéciale de publications, oi$ seront étudiées et mises à la portée du grand public, les principales questions d'actualité sociale, à mesure qu'elles se poseront devant l'opinion.

Par là, les Actualités seront une collection de vulgarisation.

Mais elles seront autre chose encore. Si utile, en effet, que soit la vulgarisation, peut-être en un temps oii une sorte de dilettantisme semble interdire à beaucoup la netteté des attitudes et des opinions, est-ce faire œuvre plus féconde encore d'orienter les études sociales vers un but commun, et de coordonner leurs enseignements.

C'est ce que l'on tentera dans les Actualités. On s'efforcera de dégager cet aspect particulier des choses, que le fondateur de l'Institut de Sociologie, par un néologisme expressif, a qualifié de « productiviste ». Rechercher entre des solutions diverses, celle qui assure à l'activité des hommes le rendement maximum; dégager les facteurs qui modifient la productivité des groupes ou des individus, pour découvrir les moyens de l'accroitre rationnellement : tel sera le principal objectif poursuivi.

La tâche est plus vaste qu'on le croirait à première vue; car, à tout prendre, elle vise l'essence même de ce que le langage usuel appelle

le « progrès ». Au fond de cette notion vague et dont le XI X^ siècle a inconsidérément ab$^é, n'y a-t'il P'as précisément l'intuition d'une meilleure utilisation des efforts, d'un gain matériel ou moral f réalisé toutes autres choses restant égales?

Progrès dans la constitution physique de l'homme, — dans la formation et l'utilisation de ses facultés mentales, ^ dans l'éducation de sa volonté et de sa moralité : tout cela tend à créer, en somme, /'homme normal, adapté à ses conditions effectives d'existence et capable par là du plus grand travail utile.

Et c'est là véritablement le fondement solide du progrès social* Le temps n'est plus oU la phraséologie politique pouvait suspendre dans le vide des réformes, improvisées parmi les conflits de doctrines ou d'intérêts. On prétend aujourd'hui voir les hommes tels qu'ils sont, soumis, en tant qu'organismes vivants, à toutes les influences de croissance, d'évolution, et aussi de dégénérescence que leur apportent l'hérédité et le milieu.

De même, on s'éloigne instinctivement des solutions empiriques, dans les problèmes toujours renouvelés, qui surgissent au choc des grands intérêts sociaux. De plus en plus, on voudra étudier, sans préjugé de classe ni de parti, ce que sont tous ces intérêts dans la réalité, et la part de sauvegarde que la loi et les mœurs leur doivent. On ne s'encombrera plus de formules, et s'il faut, pour assurer positivement à certains de meilleures

conditions de vie, qu'intervienne la force coërcitive de VEtat, on y recourra avec confiance et hardiesse. On requerra de la science d'incessants perfectionnements dans la technique des moyens de travail et d'organisation, en faisant toujours davantage du « temps » la chose digne par excellence d'être désirée et épargnée, la vraie Valeur dans l'œuvre de production.

Tout en équipant ainsi les individus et les groupes pour la lutte inévitable et bienfaisante, la tendance vers le meilleur rendement social prépare entre tous l'entente et la paix, dans la mesure même oi$ elle favorise l'expansion naturelle de toutes les facultés et de toutes les ambitions légitimes. En jetant une lumière crue sur les situations sociales, elle empêche que l'on entretienne, de façon durable, la haine barbare entre les hommes et les classes. Pour reprendre le mâle langage du Président Roosevelt (i), « très énergi- » quement, chacun de nous a besoin de se lever » pour ses propres droits; tous les hommes et tous » les groupes d'hommes sont tenus de conserver » le respect d'eux-mêmes; ce respect, ils doivent » le réclamer aussi d' autrui, en veillant à ce qu 'il » ne leur soit fait aucun tort et à ce qu'il leur » soit assuré la plus grande liberté de pensée et » d'action. Mais nourrir de la haine contre les » autres, c'est un sûr moyen à la longue de se nuire

(i) Dans La Vie intensif, page 288.

VM

» infiniment plus à soi-même qu'à ceux que Von » hait ».

« Un citoyen sain dans la cité saine », telle serait, appliquée à la politique sociale, la forme productiviste de VanOque maxime de régénération individuelle, La faire connaître, aimer et pratiquer, surtout en ce qu'elle peut avoir de fécond pour la grandeur de la patrie belge, tel sera le programme des Actualités sociales.

E. Waxweilbr.

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Le Procès du

Libre-Echange en Angleterre

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