‹ Principes d'orientation sociale; (volume 2)Chapitre 22 sur 79 · NOUS MANGEONS NOTRE CAPITAL · texte numérisé non relu

NOUS MANGEONS NOTRE CAPITAL

Tandis que nos exportations vers les Etats- Unis diminuaient de 26 p. c, de 1886. à 1900, nos importations de ce pays augmentaient . de 70 p. c. La différence entre les importations et les exportations, qui était de 54,800,000 £ en 1886, s'est élevée à 119,000,000 £ en 1900. On peut se demander comment nous avons fait pour payer les 64,200,000 £ qui font l'excédent des importations sur les exportations. Après avoir fait le compte de ce que les Etats- Unis nous doivent du chef de frets, d'intérêts sur les capitaux prêtés, etc., etc., il faut bien reconnaître qu'il reste encore de la marge. Nous ne pouvons avoir payé le surplus qu'au moyen de notre capital. Les Américains nous restituent \e$ capitaux qu'ils nous doivent, sous forme d'exportations. Le Board of trade reconnaît d'ailleurs que « les Etats-Unis ont racheté un grand nombre de leurs titres sur les marchés

d'Europe, et particulièrement en Angleterr^j pendant les dernières années; ce qui contribue à expliquer la grande augmentation de nos importations de ce pays depuis 1895 ». Mais que faut-il conclure de ce fait? C'est que nous sommes en train de manger notre capital (1).

(i) M. Bonar Law, secrétaire <iu ministère du commerce, avait fait remarquer (Chambre des communes, 9 février 1904) que les Etats-Unis exportaient annuellement pour 108 millons £ de plus qu'ils n'importaient, avantage qu'il attribuait au protectionnisme. M. Ritchie (Chambre des communes, la février 1904) a répliqué qu'outre les achats de valeurs que les Américains avaient faits en Europe, ils avaient emprunté d'énormes capitaux dans les derniers temps, et que le taux d'intérêt s'était élevé à 5 **/©, au lieu de 3 % comme il était auparavant. L'augmentation de leurs exportations s'explique par le chiffre plus élevé de la dette qu'ils ont à acquitter en Angleterre et dans les autres pays.

Sir E. Vincent (Chambre des communes, 12 février 1904) a dit que les intérêts que les Etats-Unis ont à payer annuellement sur les sommes empruntées en Europe, s'élevait à 45 ou 5o millions i*. Il ne faut pas perdre de vue ensuite qu'étant donnés les droits d'entrée élevés qui existent aux Etats-Unis, les mirchandises importées sont notoirement déclarées endessous de leur valeur. Enfin, il faut encore tenir compte du fait, que les Américains résidant en Europe font aux Etats-Unis, des remises de 'îonds beaucoup plus élevées que celles qui ont lieu dans la direction opposée.

70 LE PROCèS DU LIBRE -ÉCHANGE EN ANGLETERRE LES TARIFS ÉTRANGERS ET LES INDUSTRIES ANGLAISES

Les effets de la politique protectionniste des pays étrangers n'ont pas tardé à être ressentis dans un grand nombre de nos industries. On nous met au défi d'en citer une seule qui ait disparu par suite des agissements des étrangers. 11 est possible qu'il n'y en ait pas dont il ne reste plus la moindre trace; mais on pourrait en mentionner une foule qui ont souffert et qui ont cessé d'être de grandes industries.

On pourrait signaler tout d'abord l'industrie des tôles fines.

l'industrie des tôles fines

C'est une de nos industries historiques.

C'est une de celles pour lesquelles nous avons des aptitudes spéciales. Ce n'est pas une industrie exotique comme celle du coton. Nous n'avons pas d'aptitudes spéciales pour la filature ou le tissage du coton. C'est dans l'Inde ou dans les Etats du sud de l'Amérique, où le coton croît à proximité des fabriques, que la population doit posséder des capacités particulières pour ces travaux. Nous sommes, en outre, obligés d'ame-

ner les matières premières de cette industrie de fort loin, avant de pouvoir les mettre en œuvre. Pour la fabrication des tôles fines, d'autre part, nous avons tout sous la main. Nous avons le fer, nous avons le charbon et nous avons la main-d'œuvre. Nos ouvriers pratiquent ce métier depuis des générations. Tout le monde reconnaît que cette industrie se trouvait dans une situation florissante. Eh bien, il y a quelques années, elle a reçu un coup terrible. La plus grande partie de nos exportations se dirigeait vers les Etats-Unis (1). Or, en 1891, le tarif Mac-

Ci) Blue Book, p. i32 :

Exportations de tôles fines

(moyennes annuelles)

l^aleur :

Etâts-Uois , . .

intres destinations

Totaux

QuantUés :

Buts-Unis . . .

Antres destinations

Tonnes

Tonnes

Tonnes 168,063 148.479

Tonnes

887,432 J,445,Td4

Tonnes

Totaux

Sir H. Fowler, se basant sur les chiffres du Blue Book, fait remarquer (Glasgow, 12 octobre igcS) que si TAngleterre a vendu moins de tôles fines aux Etats-

Kinley imposa des droits d^entrée élevés sur nos tôles fines. Et il en résulta que nos importations diminuèrent à mesure que l'industrie similaire se développait aux Etats-Unis. En

Unis, elle en a, par contre, placé davantage dans les autres pays. L'industrie des tôles fines ne disparaît donc pas du pays. Une autre preuve nous en est fournie par le nombre d*établissenaénts en exploitation : il était de 397 en 1902, contre 3i8 en 1896. Cette industrie fournit un exemple de Télasticité du libreéchange : quand une porte se ferme, il sait s'en ouvrir une autre.

Cette industrie, dit sir W. Harcourt (Rawstenhall, 3i octobre 1903) ne s'est pas laissé décourager. Elle a perfectionné ses procédés, et, grâce aussi aux achats avantageux de plaques d'acier, dus au dumpifg des Américains, elle s'est relevée dans le sud du Pays de Galles. L'exportation, comme la consommation nationale des tôles fines, est en voie d'augmentation.

M. Chamberlain a répliqué (Cardiff, 20 no eiixbre 1903) en disant que le relèvement de cette industrie est due à deux cauèes : la demande anormale de tôles fines dans l'Afrique du sud pendant la dernière guerre, et l'augmentation constante de la demande aux coloriies/Mâlgré cela, la production actuelle n'est que de 570,000 tonnes, alors qu'elle était de 450,000 il y a vingt ans.

M. Moriss (Times, 7 décembre) renseigne, d'après un journal américain, qu'aux Etats-Unis, sur 336 établissements qui fabriquent des tôles fines, il n'y en avait, au mois de novembre 1903, que 178 en activité. Cette industrie n'est donc pas si prospère aux Etats- Unis.

1892, nous exportions 450,000 tonnes de tôles fines aux Etats-Unis. En 1902, nos exportations vers ce pays, qui était notre principal marché, sont tombées à 65,000 tonnes I Et nous ne pouvons pas espérer de conserver môme ce faible chiffre!

l'invasion des produits ÉTRANGERS

Les nations étrangères ne se contentent pas d'exclure nos produits, elles menacent de ruiner nos industries sur notre propre marché. Elles pratiquent à notre égard le procédé que les Américains désignent sous le nom de « dumping», 11 consiste à se débarrasser du surplus de sa production dans un pays étranger, au prix que Ton peut en obtenir, souvent même à un prix inférieur au coût de production. Ce n'est pas ce que l'on peut appeler de la concurrence loyale. Les produits amenés dans ces conditions désorganisent nos industries, menacent de les faire disparaître et privent nos ouvriers de leur travail.

L'Angleterre est le seul pays où les produits entrent librement C'est aussi vers elle que se dirige l'excédent de production des industries

étrangères. Il y a des gens qui prétendent que ce système constitue un véritable profit pour le pays. Ce n'est certes pas un bénéfice pour les industries et les ouvriers directement atteints. Quant aux industries et aux ouvriers qui transforment ces produits, ils ne réaliseront de gain qu'aux dépens des premiers.

Il ne faudrait, du reste, pas croire que les pays étrangers nous fassent un cadeau en nous submergeant de leurs produits. Ils le font parce qu'il ne leur coûte rien de le faire, mais nous, nous y perdons notre industrie, notre profit et notre travail. M. Asquith disait dernièrement : « Supposons qu'une nation étrangère pratique le dumping; elle le fait naturellement à perte, et ne pourra pas continuer à le faire toujours. » C'est fort peu consolant. « Je ne pourrais pas toujours tenir la tête de M. Asquith sous l'eau, mais je pourrais cependant le faire assez longtemps pour le noyer » (1).

Le jour où une de nos industries aura été tuée sous l'effort de cette concurrence abusive, nous saurons ce qu'il en coûtera! Aussitôt t^ue les étrangers sauront qu'ils n'ont plus rien à

(i) M. Chamberlain àl^ewport, 21 novembre ig-^â.

craindre de notre part, ils élèveront leurs prix. Un exemple nous en est fourni par l'industrie des pointes de Paris (wire nai'/s). Nous avons pu les acheter longtemps à bon marché, parce que les Allemands et les Américains à la fois nous faisaient la concurrence. A présent, ils se sont entendus, et nous voilà obligés de payer 7 £ 10 s.,, livré à Londres, ce qui ne coûte que 5 £ 5 s. livré au Japon. 11 est vrai que les Japonais continuent à fabriquer ces objets pour eux-mêmes (1).

l'art d'envahir les marchés étrangers

Le « dumping » ne constitue pas nécessairement une perte pour les pays qui le pratiquent. Il est basé sur le principe que « la quantité fait le bénéfice ». Supposons que vous puissiez fabriquer mille articles et les vendre à raison d'une livre en faisant un bénéfice. Si, ensuite, vous en fabriquez mille autres, vous pourrez peut-être les vendre à raison de 15 ou 16 s., parce que les mille premiers auront couvert vos

(i) M. Bonard Law, à la Chambre des Communes, 9 février 1904.

frais généraux. Donc, un Américain ou un Allenian<l qui a vendu dans son pays mille objets h une livre, peut parfaitement en placer mille autres à 16 s. pièce en Angleterre, où ils ne peuvent être fabriqués qu'au prix de 20 s.

On nous objecte alors : « Mais pourquoi ne fabriquez-vous pas vous-mêmes les 2000 objets? Vous pourriez le faire à aussi bon compte que les Allemands ». Nous ne pouvons pas le faire, parce que notre marché n*est pas aussi vaste que celui des étrangers. Nous n'avons que notre propre marché, tandis que les étrangers disposent h la fois de leur marché et du nôtre.

L,es Américains ont leur propre marché, qui comprend 80 millions d'habitants, et dont nous sommes absolument exclus. Ils trouvent, en outre, un marché libre de 42 millions d'habitants en Angleterre. Ils peuvent donc pourvoir aux besoins de 122 millions de personnes, sous le régime du libre-échange, tel que nous l'entendons. Les Allemands ont une population de 50 à 60 millions, et disposent, en outre, chez nous, d'un marché qui compte 42 millions d'âmes. Ils ont donc une marché libre de 92 millions, tandis que le nôtre ne compte que 42 millions d'habitants!

l'industrie du fer et de l'acier

L'existence de l'industrie du fer et de l'acier est menacée par les étrangers (1). On estime à

(i) Cette assertion a été contestée par sir H. Fow- 1er à Glasgow (12 octobre 1903). L'industrie du fer et de Tacier que sir H. Fowler connaît particulièrement ne se trouve nullement daps une mauvaise situation, affirme-t-il. Les exportations dépassent les importations, et celles-ci comprennent naturellement tout le dumping dont M. Chamberlain se plaint. En 1901, la valeur des exportations a dépassé celle des importations de 41 millions £. En 1902, ce chiffre a été de

La prospérité de l'industrie du fer et de l'acier est constatée par le produit de l'impôt sur le revenu. Dans un article, publié par sir Michaël Hicks-Bcach' danâ la Monthly Revkw, il est établi que les bénéfices réalisés dans cette industrie ont été de deux millions £ environ en 1896, de 5 J millions i' en 1901 et de 6 \ millions £ en 1902.

M. Morley (Manchester, 19 octobre 1903) a cité quelques cotations de valeurs sidérurgiques en 1962. Une société dont les actions ont une valeur nominale de 5 £ a vu celles-ci monter jusqu'à i3 £ Les titres ^ d*un« autre société, dont la valeur nominale est de i £ ont atteint le chiffre de 2 £ 16 s.; ceux d'une troisième compagnie, dont la valeur nominale est de 7 £ 10 s., sont côtés à 3^ A* 10 s.

Sir W. Harcourt (Rawtenstall, 3i octobre i^3) rafxpellé qu'il a été déclaré à la Chambre des communes, que la valeur des exportation? de fer, qui était

250,000 tonnes, Tacier que TAIlemagne et les Etats-Unis auront déversé en 1903 en Angleterre. Et ce n'est encore que le commencement! Il en résulte un bénéfice de 125,000 £ pour certaines industries, paraît-il. Mais quel est le préjudice? On peut dire que la perte en salaires, causée aux ouvriers par cette invasion, est de 500,000 £. Les industriels qui en profitent n'en sont pas satisfaits eux-mêmes. L'un deux a déclaré qu'il regrette de s'en prévaloir, mais il y est forcé, dit-il, car, sans cela, il ne pourrait soutenir la concurrence de ceux qui fabriquent les mêmes produits que lui (1).

pour les six premiers mois de igoi, de 12,617,000 £,. avait atteint pendant les six premiers mois de 1903, le chiffre de 15,590,000 £, soit une augmentation de 3 millions £.

(i) M. Chamberlain à Newport, 23 novembre 1903.

L'industrie du fer et de Tacier est une de celles qui ont donné lieu aux polémiques les plus vives dans la presse. On remplirait une brochure si on voulait suivre la discussion dans tous ses détails. Nous nous contenterons de donner un aperçu de l'échange de vues auquel elle a donné lieu.

M. Ghanning (Times, 20 octobre 1903) écrit que M. Chamberlain s'imagine que tout est perdu, parce que 10,000,000 de tonnes de fer et d'acier américain pourraient être « déversés » en Angleterre au-dessous du prix. Il ne songe pas que si cette matière première

Ce sont nos industries essentielles qui sont menacées. Si nous ne prenons pas de nnesures,

pouvait être acquise à si bon compte, il en résulterait une impulsion énorme pour toutes les industries qui emploient ces métaux ; construction de navires, de locomotives et de machines, outils, coutellerie, etc. Il ne faut pas oublier non plus que le développement des produits manufacturés en fer et en acier a été retardé aux Etats-Unis pendant un grand nombre d*années, à raison de l'élévation artificielle du prix de la matière première, causée par les dioits d'entrée. Enfin, l'imposition d'un droit sur le fer et l'acier ferait disparaître la différence de prix qui existe actuellement entre les produits américains et les produits anglais, les rendrait plus cher en Angleterre et transférerait au producteur, américain d'objets achevés, les avantages dont jouissent maintement les industriels anglais sur les marchés internationaux.

M. Brailsford, directeur de VEbbw Vale Sieel, Iron and Coal Company (Times, 3o novembre 1903;, dit que les cartels allemands vendent l'acier à Newport, de 5 s. à 7 s. 6 d. la tonne au-dessous du prix anglais. Dans leur propre pays, le prix est beaucoup plus élevé, parce qu'ils sont protégés par un droit de 3o s. la tonne. On peut dire qu'une bonne partie de l'industrie du fer a déjà succombé. Une colonne de journal ne suffirait pas pour citer les établissements qui ont disparu depuis 3o ans, sous l'effet de la politique du libre-échange unilatéral. Mais c'est depuis 3 1/2 ans que la concurrence allemande et américaine s'est organisée et est devenue systématique. L'envahissement dont nous sommes témoins maintenant n'est qu'un prélude des maux auxquels nous devons nous attendre.

80 LE PROCès DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE

nous en serons bientôt réduits à devoir nous contenter d'industries secondaires, comme la

M. J. Brice, M. P. (Aberdeen, i déc. 1903) réplique que ces craintes sont sans fondement; il n'y pas d'exemple que les agissements dé l'étranger aient Causé un tort permanent à l'industrie anglaise. Ce n'est surtout pas le cas pour la compagnie de M. Brailsford, dont les titres étaient à 4 £ 3/8 en 1898, avant que Tinvasiôn des produits étrangers eût commencé, et qui sont actuellement à 7 £.

M. Brailsford, complétant ses informations au Times, a annoncé à Ebbw Vale (Times, 4 décembre 1903) que le principal atelier de la compagnie venait d'être, fermé, l'invasion de l'acier étranger ne j^ermeltant plus de concourir avec avantage.

M. Mac Connel (Times, 7 décembre 1903), président de la Monmouihshire Sieéî and Tinpîate Company, déclare qu'il n'a retiré aucun profit des ventes à vil prix faites par les étrangers. Il a dû vendre moins cher, comme tout le monde, et n'a pas vendu davantage.

M. Bell, des Cîarence Iran Works, répond à M. Brailsford que la production de l'industrie du fer et de l'acier peut être évaluée, pour 1902, au chiffre de i5o à 160 millions £. Sur ce chiffre, il a été importé pour une valeur de i5,75o,cïoo £, dont 8,000,000 £ ont été fournis' par l'Allemagne, la Hollande et la Belgique. On voudrait nous faire croire que cette misérable quantité est de nature à détruire l'industrie anglaise! Qui admettra que les Allemands puissent continuer à vendre sous prix jusqu'à ce qu'ils aient supprimé entièrement l'industrie de notre pays? 11 est évident qu'ils ne peuvent a^fir de la sorte que pour une petite partie de leur production. Ensuite, si lé surplus de la production allemande ne trouvait pas acquéreur sur'

ÇHAP. m LE PROGRAMME DE Mi CHAMBERLAIN &1

« fabrication des confitures ou des pickles, par exemple! »

le, marché anglais, nos industriels le rencontreraient dans une autre partie du inonde.

Pendant les dernières années, des centaines de milles livres st ont été consacrées au développement des établissements sidérurgiques. Des établissements ont disparu, dit M. Brailsford. C*est vrai, mais Tindustrie du fer a, à diverses reprises, changé d'habitat en Angleterre. Ainsi, en ce moment, des établissements se transportent dans le voisinage de la mer.

Sir W. Harcourt (Tredegar, 12 décembre 1903), s'occupant des griefs de M. Brailsford, 4onne lecture du rapport de la compagnie de ce dernier pour Tmanée 1Ç02. 11 en résulte que les bénéfices ont été de 5o,ooo £ en moyenne pendant les 11 dernières années, ou loo fois fdus élevés que pendant les ïo années antérieures. 11 y est dit aussi que les dividendes moyens des onze dernières menées sont considérablement plus élevés que ceux des dix années antérieures. La valeur de l'actif a plus que doublé en dix ans et 25o,ooo £ ont été mises à la réserve. On ne peut pas dire que ce soit là le rapport d'une industrie qui périclite !

M. Joseph Lawrence (Times, 19 décembre igoô) se plaint de la confusion qui règne dans le débat. Les diverses personnes qui sont intervenues dans la discussion sont trop expertes pour ne pas avoir cité des cViifFres exacts; malheureusement, elles les ont groupés différemment. Les unes comprennent dans leurs statistiques, outre le fer et l'acier, la fonte en gue;iises (piç trou) ; les autres distinguent. C'est ainsi que E. Mac Laren (Times, 24 novembre 1903) écrivait qiie le Canada avait expédié en Angleterre, pendant les deux années 1901-02, 103,202 tonnes de fonte en

II est intéressant de citer, à propos de « dumping », ce qu'un des plus grands trusts

gueuses (pig iron), c'est-à-dire « presque autant que TAllemagne, la Hollande, la Belgique et les Etats- Unis ensemble » (124,588 tonnes pour les derniers pays). Le lendemain, à Camberwell, lord Rosebery dénonçait Tenvahissement de l'Angleterre par le fer (iron) du Canada I M. J. Lawrence mentionne encore d'autres confusions de ce genre.

Il examine ensuite quelles proportions prend l'envahissement du marché anglais par le fer et l'acier étranger. Il cite à cet effet les arrivages du port de Newport, depuis 1900 : 1900, 2,632 tonnes; 1901, 30,593 tonnes; 19^2, 98,752 tonnes; 1903 (six mois) 201,811 tonnes» Les 2co,ooo à 25o,ooo tonnes de la dernière année représentent une perte de salaires de 5oo,ooo £ pour le Monmouthshire.

A. Tredegar (11 décembre 1902), continue M. Lawrence, sir W. Harcourt a cité les chiffres suivants pour l'exportation du fer et de l'acier : 1901, 25,008,100 £; 1902, 28,878,000 £; soit une augmentation de 3,870,000 £; mais il n'ajoute pas qu'en 1902, il y a eu une augmentation de 1,764,69 £ dans l'exportation vers les Etats- Unis, due au boom de l'acier dans ce pays, et une autre de 1,958,000 £ dans les exportations vers les colonies anglaises (principalement vers l'Afrique du Sud); ces deux chiffres font un total de 3,722,690 £. Enfin, sir William n'a pas mentionné non plus qu'en 1900, les exportations de fer et d'acier « vers tous pays » s'élevaient à 3 1,623,000 £, soit six millions et demi £ de plus qu'en 1901.

On sait ce qui s'est passé dans l'industrie des tôles fines, à la suite de l'application du tarif Mac- Kinley, dit M. J. Lawrence en concluant. Il s'agit de

CHAP. ill — LE PROGRAMME DE M. CHAMBERLAIN 83

américains, V American Steel Trust, se propose de faire à notre égard. Ce trust produit actuellement 20,000,000 tonnes d'acier par an, chiffre qui dépasge de beaucoup celui de l'Angleterre. Le directeur de ce trust a déclaré dernièrement à un journaliste, que le commerce de Tacier

savoir si d'autres industries anglaises ne sont pas exposées à subir le même sort ou si d'autres nations, qui actuellement importent des produits manufacturés de notre pays, ne pourraient devenir à leur tour des • « dé verseurs » (dumpers).

M. Lawrence s'occupe aussi du prix auquel les étrangers vendent Tacier en Angleterre. Ils le livrent à Wolverhampton à 5 s. à la tonne au-dessous du prix auquel l'industrie du Pays de Galles peut les fournir. Ce même acier se vend au lieu d'origine (Diisseldorf ou Pittsburg), 2 £ 2 s. 6 d. à la tonne plus cher qu'en Angleterre. Voilà les résultats de TefFort combiné des trusts et des tarifs.

Lord G. Hamilton (Chambre des communes, 10 février 1904) admet que certaines branches de l'industrie du fer et de l'acier aient souffert et que quelquesunes soient presque' éteintes. La cause ne doit pas en être cherchée dans le libre échange, mais dans l'esprit d'invention et de progrès. Pour cit. r un exemple, on peut rappeler que grâce à l'emploi du procédé Bessemer. les rails- se fabriquent à des prix beaucoup moins élevés et durent deux c»u trois fois plus longtemps que les anciens rails en fer. Les établi'^sements qui produisaient ces derniers n'ont plus pu soutenir la lutte, et ils font maintenant appel au protectionnisme.

faiblissait. La demande de rails diminue. La crise financière, qui sévit en Amérique, fait sentir ses effets. Le directeur prévoit que, dans un temps rapproché, la demande sera inférieure de plusieurs milliorîs de tonnes à la production. « Que ferez-vous, alors? » lui demanda le journaliste. « Oh! a-t-il répondu, nous avons pris nos précautions. Nous n'aurons pas à ralentir notre production. Nous ne devrons pas éteindre un seul haut-fourneau. Nous ne voulons pas mettre nos ouvriers sur le pavé. Et pour cela, nous envahirons les marchés étrangers (1) ».

Or, comme les autres pays sont protégés par leurs barrières douanières, c'est l'Angleterre qui est toute désignée, pour servir de déversoir (dumping ground) au trop plein de l'industrie de l'acier d'Amérique.

(i) M. Wills (Tinus, 3 novembre 1903) cité un extrait de la Pittsburg Gazette, du 7 octobre 1903, annonçant l'extinction de 3ooo fours à coke aux Etats-Unis, par suite du mauvais état ^du marché des fonte». Le « Comité des fontes » a, pour le même motif, résolu de réduire de 25 p. c. la production de la fonte Le même journal déclarait que les bénéfices de la Sieel corporatiou avaient décru de 4,640,668 dollars pendant le trimestre écoulé.

CHAP. m — LE PROGRAMME DE M. CHAMBERLAIN 85

Page 1