‹ Principes d'orientation sociale; (volume 2)Chapitre 43 sur 79 · CLAUSE DE LA NATION LA PLUS FAVORISÉE · texte numérisé non relu

CLAUSE DE LA NATION LA PLUS FAVORISÉE

11 est inexact aussi de dire que les tarifs protectionnistes sont spécialement dirigés contre notre pays. Prenez n'importe quel tarif, et vous verrez qu'il n'est fait aucun différence entre nos produits et ceux de nos rivaux. Du reste, grâce à la clause de la nation la plus favorisée, les produits anglais sont mis sur le même pied que ceux des autres pays. Nous jouissons de l'avantage de cette clause en Russie, en Autriche, en Italie, en Espagne, en Suisse et en Belgique. La France et l'Allemagne ont un tarif maximum et un tarif minimum. Nous bénéficions, dans les deux pays, du tarif minimum (2).

(i) M- Asquith à Cinderford, g novembre 1903.

(2) Les protectionnistes répondent que cette clause est inefficace. Quand deux pays font un traité de commerce ensemble, ils ne songent qu'à leurs intérêts propres, et non à ceux de l'Angleterre. Supposons, par exemple, que la France et l'Allemagne aient à reviser leur traité de commerce. Les Français s'efforceront d'obtenir un débouché en Allemagne pour leurs

CHAP. IV — LA DÉFENSE DU LIBRE-ÉCHANGE 163 SUR QUOI EXERCERA-T-ON DES REPRÉSAILLES?

En admettant quil y ait lieu de recourir à des représailles, sur quoi les exercera-t-on?On ne peut le faire d'une façon efficace, en Angle^ terre, qu'en imposant les matières premières ou les denrées alimentaires. Prenons, par exemple, la Russie et les Etats-Unis, les deux pays les plus protectionnistes du monde. Supposons que Ton veuille user de représailles contre la Russie. Sur les 25 millions £ que nous importons de ce pays, 23 millions ou les Ji sont repré-

principaux produits, tels les vins et la soie. Si les Allemands avaient des velléités d'élever une barrière douanière contre ces objets, la France menacerait d'user de représailles, en frappant une catégorie de marchandises dont l'exportation est considérable en Allemagne. Les deux nations finissent par s'entendre; mais qu'importe aux Anglais que les vins ou la soie entrent facilement en Allemagne? Ils n'exportent pas de produits de cette nature ! (Vince, M. Chamberlain' s proposais),

M Chiozza (Briiish Trade and the Zollverein Issue) fait remarquer que si l'Angleterre accorde une préférence à ses colonies, de manière à établir un tarif différent pour les nations étrangères, elle se privera elle-même du bénéfice de la clause de la nation la plus favorisée pour les deux tiers de son commerce d'exportation.

sentes par des matières premières ou des denrées alimentaires. Toute mesure prise contre la Russie frapperait donc la classe ouvrière ou l'industrie anglaises. Considérons ensuite les Etats-Unis. Sur les 127 millions £ que nous avons importés de ce pays en 1902, 108 millions ou les -J consistent également en denrées alimentaires ou en matières premières (1).

Les quatre cinquièmes de nos importations consistent en denrées alimentaires et en matières premières, et le dernier cinquième se compose pour partie d'objets semi-ouvrés (2); nous ne recevons des Etats-Unis que pour 8 à 10 millions £ d'objets achevés, les seuls sur lesquels nous puissions exercer utilement des représailles. Cela n'en vaut pas la peine (3).

LA PROSPÉRITÉ DE l'ANGLETERRE

M. Chamberlain est hanté par deux spectres :

la décadence du commerce anglais et la dislo-

(i) M. Asquith à Cinderford, 8 octobre igoS.

(2) Sir H. Fowler à Wolverhampton, 12 janvier

(S) M. Bryce à la Chambre des Communes, II février 1904.

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cation possible de l'Empire. 11 prétend que le commerce de l'Angleterre est stationnaire depuis trente ans. Or, pendant cette prétendue période de stagnation, le produit de Vincome-tax a doublé (1), l'intérêt dérivé des placements à l'étranger a plus que doublé (2), les dépôts dans

(i) Le tableau suivant, dont les éléments sont empruntés aux documents officiels, montre que le produit de l'impôt sur le revenu a, de i86i à 1901, augmenté de 1,369.212 £, bien que Texcédent des importations sur les exportations ait passé de 57 millions £ à 174 millions £.

itmèos

Totaox des Exportations

Totaux des Importations

ReTenn bnit

Produit

de l'impôt snr le

roTenn

(2) Blue Book, p. 104 : Intérêts produits par les placements anglais à rétranger

Ces chiffres sont présen

62,559,479 es par le Board of Trade

les caisses d'épargne ont doublé et triplé (1), encore ne faut-il pas oublier les fonds placés dans les sociétés pour la construction d'habitations ouvrières et les sociétés de prévoyance; les opérations du Clearing- House ont passé de 5,300 millions £ à 9000 millions £ (2); le paupé-

comme un minimum, qui est probablement largement dépassé. Sir R. Giffen évaluait, en 189 s, le montant des intérêts touchés par l'Angleterre, à 90 millions £.

(i) Blue Book, p. 460 :

Montant des dépôts dans les caisses d'épargne du Royaume-Uni

(Moyenne annuelle en millions £)

(2) Statistical Abstract, 1901, p. 227 :

Valeur totale des opérations du Clearing-House, à Londres 1882 6,221

47,1 72.3 83,8 101,2 119,9 l63,4 187,0 192,4 i97ii

Millions

risme a considérablement diminué : en 1849, trois ans après l'adoption du libre-échange, le nombre des personnes secourues en Angleterre et dans le Pays de Galles s'élevait à 1,104,000, soit 6 J p. c. de la population; en 1903, ce chiffre était descendu à 847,000 pour une population de 32 f millions d'habitants, soit 2 ^ p. c. (1); enfin, les nombreuses maisons qui s'élèvent chaque jour dans tous les centres industriels sont un autre témoignage de la prospérité du pays.

Le nombre des gens employés a augmenté plus rapidement que le chiffre de la population. En 1881, il était de 10,680,000; en 1891, de

(i) Blue Book, p. 468 :

Patipérisme (moyenne annuelle par périodes quinquennales)

Angleterre et le Pays

de la po-

Ecosse

de la po-

Irlande

de la po-

de GaUes

pulation

pulation

pulation

io8,865

IQOI

8oi,356

168 LE PROCèS DU LIBRE- ÉCHANGE EN ANGLETERRE

12,430,000, et en 1901, de 13,470,000 (1). II y a trente ans, Tindustrie du bâtiment occupait 580,000 personnes; en 1901, le chiffre était de 940,000. Les charbonnages employaient 315,000 ouvriers en 1871 et 650,000 en 1900.

On peut citer une autre preuve de la prospérité du pays, bien qu'elle soit assez étrange (2). L'Angleterre dépense annuellement 144,000,000 £, et, si vous y ajoutez l'amortissement, 150,000,000 £ pour son administration.

Elle vient en outre de débourser plus de 200,000,000 £ dans la guerre de l'Afrique du Sud. Que faut-il conclure de ces faits? C'est, d'abord, que si nous n'étions pas une nation riche (3), ces dépenses nous causeraient des embarras et une gêne presque insurmontables; et, ensuite, que s'il y a quelque chose de justifié

(i) Lord G. Hamilton à Ealing, 2, octobre 1903.

(2) Lord Rosebery à South London, 25 novembre igo3.

(3) D'après sir R. Giffen, le revenu du Royaume- Uni s'élève à i,75o millions £ par an, tandis que le capital du pays représente une valeur de i5,ooo millions iî. Lord Rosebery, qui cite cette opinion (Sheffield, i3 octobre içoS.i, ajoute qu'il n'oserait se porter garant de l'exactitude de ces chiffres « dignes des Contes des Mille et une Nuits ».

dans les « jérémiades de M. Chamberlain », c'est à la politique du gouvernement, dont il faisait partie, que Ton en est redevable. Un pays a beau être riche, il ne gaspille pas impunément 200 millions de livres sterling.

Les dépenses de l'Etat ont augmenté dans les dernières années « par sauts et par bonds ». En 1883-4, elles s'élevaient à 86 millions £; en 1893-4, à 92 millions £; en 1903-4, à 144 J millions £, et, y compris l'amortissement, à 150 millions £. Si l'on y ajoute les dépenses des municipalités, qui, en 1900-01, dernière année pour laquelle on possède des renseignements, ont atteint le chiffre de 134 millions £, on arrive à un total annuel d'environ 300 millions £ pour les dépenses publiques.

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