LE BON MARCHÉ DES ALIMENTS ET LA CONCURRENCE INTERNATIONALE
Pendant les vingt-cinq dernières années, les salaires ont augmenté de 12 p. c. en Angleterre, tandis que le prix des denrées a baissé de 45 p. c. (en Allemagne, 18 p. c). La combinaison de ces deux faits a permis à l'Angleterre de donner à sa population ouvrière une situation meilleure que dans tout autre pays de l'Europe (1), et de maintenir sa position
(i) Lord G. Hamilton (Ealing,22 octobre xgod) s'est livré, avec le concours de spécialistes, à un travail de comparaison sur la consommation de denrées alimentaires en 1875 et 1901. Il en résulte que la consommation du blé a passé, par tête d'habitant, de i52 livres à 188 livres; celle de la farine, de 19 à 61 livres; celle de la viande fraîche, de 5 livre à 24 livres ; celle du lard et du jamton, de 7 à 20 livres; celle du beurre, de 9 à 19 livres; celle des œufs, de 19 à 49 unités.
dans la concurrence internationale. Grâce au bon marché des aliments, elle a pu contrebalancer les avantages que possèdent les autres nations sur elle dans la lutte industrielle.
Celles-ci disposent, en effet, de journées de travail plus longues (1), de salaires plus bas et d'un marché intérieur plus large; ensuite, grâce à la plus grande étendue de leur territoire, elles peuvent produire une partie plus considérable des produits alimentaires et des matières premières dont elles ont besoin. Les salaires, payés en Allemagne et en France, ne représentent respectivement que les | et les ] de ceux des ouvriers anglais (2).
(i) Bine Book, p. 287 :
Au point de vue de la durée de la journée de travail, les pays doivent être rangés dans Tordre suivant : Allemagne, France, Etats-Unis, Royaume-Uni.
Dans l'industrie des hauts-fourneaux, la journée de travail est de 12 heures en Allemagne et de 8 heures en Angleterre.
(2) Blue Book, p. 29 ).
On y lit aussi que les salaires des ouvriers américains représentent i J- fois ceux des ouvriers anglais.
M. Bell (Chambre des Communes, 12 février 1904) a dérlaré qu'il peut dire, de science personnelle^ que
Comment, après cela, M. Chamberlain peut-il prétendre que le protectionnisme amène nécessairement les hauts salaires? 11 s'est, du reste, démenti lui-même. Dans un autre discours, il a prêché la nécessité de recourir au protectionnisme pour défendre le travail national contre la main-d'œuvre mal rétribuée et avilie par le sweaiing des nations étrangères. Or, ces dernières ne peuvent être que les pays protectionnistes.
l'alimentation DES OUVRIERS ALLEMANDS
La condition de l'ouvrier anglais est, à tous les points de vue, supérieur à celle de
le salaire de 3o s. par semaine d'un ouvrier des chemins de fer en Angleterre est équivalent à un salaire de 4 S. par semaine, pour un ouvrier de la même catégorie aux Etats-Unis.
Sir 1. Kitson (Chambre des Communes, g février IÇ04) dit que dans Tindustrie de la construction des machines, les salaires des ajusteurs, mouleurs, fondeurs et forgerons ont monté de 28 s. 3 d. par semaine, en 1860, à 37 s. 9 d., en 19 >3, tandis que les heures de travail ont été réduites de 60 à 53 par semaine. Les salaires ont donc augmenté de 5,63 d.en i86o, à 8,56 d., en 1903. Si l'on tient compie de l'accroissement de la puissance d'achat, l'augmentation est équivalente à 24 ou 25 s. par semaine.
l'ouvrier allemand. 11 est mieux payé, mieux logé, mieux vêtu et mieux nourri que ce dernier.
Voici ce que dit, à ce sujet, l'inspecteur du travail de Leipzig, dans son rapport pour Tannée 1902 : «La situation économique des ouvriers ne s'est pas améliorée au cours de l'année écoulée. D'une part, les ressources d'un grand nombre de travailleurs ont subi une nouvelle restriction, résultant en partie de la réduction des salaires et en partie de la diminution des heures de travail; d'autre part, le prix des principaux objets de consommation a augmenté. La nécessité de se restreindre se constate dans le diminution de la consommation de viande de bœuf, et dans une plus grande demande de viande de cheval ».
A l'appui de cette déclaration, l'inspecteur cite le fait que le nombre des animaux abattus dans les abattoirs de Dortmund et d'autres villes, a été, en 1902, inférieur de 6,792, à celui de 1901, alors qu'en 1901, il avait déjà été inférieur de 6,559 à celui de 1900. Par contre, le nombre des chevaux que l'on abat en Allemagne, pour les besoins de la consommation,.
au::mente constamment. En 1897, on en tuait 1,419; en 1901, le nombre s'est élevé à 2,055.
On signale également une augmentation dans la consommation de la viande de cheval à Berlin, à Hambourg et dans d'autres villes. A Bochum, la consommation annuelle en est de 71 livres par habitant (1).
« On ne peut nier, dit un autre auteur allemand, que, par suite de la dépression de la demande de main-d'œuvre et de l'augmentation des prix pendant les années 1901 et 1902, Falimentation des classes ouvrières ait laissé à désirer. Les salaires ont été considérablement réduits, le prix des denrées alimentaires est resté au plus haut taux qui ait été atteint pendant la période de renchérissement, et la consommation de la viande a diminué dans une forte proportion. La viande consommée a, en outre, été de qualité inférieure, tandis que le nombre des chevaux et des chiens abattus a augmenté » (2).
(i) Lord Goschen à Queen's Hall, Londres, 24 novembre 1903.
(2) Lord Goschen à Halifax, 28 janvier 1904.
Ce passage est évidemment emprunté au livre de M. Calwer : Das Wirtschaftsjahr jço2, i^e partie, p. 245.
1 76 LE PROCèS DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE PAYS PROTECTIONNISTES ET PAYS LIBRE-ÉCHANGISTES
Le protectionnisme ne tient donc pas les promesses qu^on lui prête. Il est intéressant d'observer à cet égard que la Belgique, qui est le pays le moins protectionniste de ceux qui possèdent des tarifs douaniers, a atteint un plus haut degré de prospérité, sous un régime atténué, que les autres nations sous leur régime accentué. Le Danemark s'est plus développé, sous le régime du libre-échange, que la Suède, qui a adopté le protectionnisme (1). Enfin, on peut encore mentionner l'exemple de la Nouvelle Galles du Sud et de Victoria. Ces deux colonies sont voisines et se trouvent dans les mêmes conditions, seulement, la première est libreéchangiste, et la seconde, protectionniste* Pendant la décade 1890 à 1900, les importations de la Nouvelle Galles du Sud ont augmenté de 22 p. c, tandis que celles de Victoria ont diminué de 27 p. c; les exportations de la première ont grossi de 27 p. c, tandis que celles de sa protectionniste voisine ont décru de 11 p. c. Un fait plus remarquable encore, c'est que, au cours de
(i) Lord Goschen à Queen's Hall, 24 novembre 1903.
la même période, les recettes de la colonie libre-échangiste ont augmenté de 147 p. c, tandis que celles de la colonie protectionniste ont diminué de 3 p. c. (1)