LES « EXPORTATIONS INVISIBLES
Mais à côté de ce que Ton voit, il y a ce que l'on ne' voit pas. Il faut encore tenir compte de ce que Fon peut appeler les « exportations invisibles ». Nous n'exportons pas seulement des marchandises pour payer nos importations, nous rendons encore des services aux pays étrangers, notamment en leur avançant des capitaux et en transportant leurs produits à l'aide de notre marine marchande.
(i) Sir Michael Hicks-Beach à Manchester, 5 novembre 1903.
« Tjarifif Reformer » ( Times, 7 novembre 1 goS) réplique que les tarifs douaniers ont eu plus d'importance dans cette question que ne le pense sir Michael. Le nouveau procédé avait permis de tirer parti des minerais phosphoreux; mais s'en suit-il nécessairement que Tacier devait être fait en Allemagne? Le minerai n'aurait-il pu être transporté en Angleterre, comme c'est le cas pour le minerai d'Espagne? Pourquoi est-ce, au contraire, le charbon anglais qui est expédié en Allemagne pour être employé à la fonte du minerai? Il faut bien reconnaître que le tarif allemand qui protège l'industrie du fer, mais laisse entrer librement les matières premières, y est pour quelque chose.
CHAP. IV — LA DÉFENSE DU LIBRE-ÉCHANGE 191 NOUS SOMMES LES TRANSPORTEURS DU MONDE
M. Chamberlain a complètement laissé de côté les bénéfices que nous réalisons de ce chef. Le Board of Trade estime à 90 millions £ par an, le gain réalisé par notre flotte de commerce (1). Et ces profits sont en voie d'augmentation constante.
Si Ton compare les progrès effectués par la marine marchande de l'Angleterre, sous le régime du libre-échange, à ceux des Etats-Unis, sous le régime protectionniste, on constate ce qui suit : en 1870, le tonnage maritime de l'Angleterre était de 5,700,000, et, en 1902, de 10,000,000 tonneaux; soit une augmentation de 100 p. c. Aux mêmes dates, celui des Etats-Unis était respectivement de 1,500,000 et 880,000 tonneaux; soit une diminution de 40 à 50 p. c.
L'Angleterre possède la moitié du tonnage du monde entier. Plus de la moitié des importations de n'importe quel pays sont faites par des bateaux anglais. L'Angleterre construit.
(i) Sir R. Giffen évalue le bénéfice des transports maritimes à 70 ou 80 millions S, et celui des assurances maritimes à zi millions S, par an.
chaque année, pour elle-même et pour d'autres nations, autant de navires que le reste du monde (1).
Nous sommes les transporteurs du monde entier. S'il est vrai, comme Taffirme M. Chamberlain, que nous exportons moins de produits aux Etats-Unis qu'auparavant, nous nous chargeons, par contre, et non à titre gratuit, du transport de leurs marchandises vers toutes les parties du globe. Nous transportons les 59 p. c. du commerce des Etats-Unis dans nos bateaux.
Nous devons cette supériorité à notre régime douanier. 11 nous permet d'acheter les matériaux nécessaires à la construction des navires 20 p. c. moins cher que les nations protectionnistes (2).
On observe, en Norvège, une situation analogue à celle de l'Angleterre sous ce rapport. Ce pays possède aussi une grande flotte de commerce. Ses importations dépassent également ses exportations, parce qu'elle reçoit, comme nous, sous forme d'importations, la rémunération des services qu'elle rend en matière de transports.
(i) Duc de Devonshire à Liverpool, 19 janvier 1904. (2) Duc de Dovonshire à Liverpool, 19 janvier 1904.
CHAP. IV — LA DÉFENSE DU LIBRE-èCHANGE 193 NOUS SOMMES LES CRÉANCIERS DU MONDE
Autre chose que ne voient pas les protectionnistes, c'est que nous sommes les créanciers du monde. On évalue à 70 ou 90 millions £ (1), les intérêts que nous avons à toucher annuellement sur les capitaux que nous avons placés à Tétranger (2).
Les pays débiteurs ne nous paient pas en or, mais en importations. Et celles-ci ne nous viennent pas toujours directement du pays débiteur. Ainsi, le gouvernement de Tlnde doit
(i) Bïue Book, p. 102.
(2) M. Walter Peace (Times, 19 novembre 1903) ne peut pas admettre ces chiffres. En ce qui concerne les frets, on ne peut considérer comme exportations « invisibles » que ce qui est payé en Angleterre. Or, dans un grand nombre de cas, le fret sm: les exportations est payable à l'étranger. Ensuite, il faudrait mettre en regard des 90 millions £ d'intérêts, le total des intérêts que l'Angleterre paie aux étrangers, à moins d'admettre que ces ço millions £ représentent la balance du compte. Si tel était le cas, on arriverait, en capitalisant ces intérêts à 5 p. c, à établir que les placements anglais à l'étranger dépassent ceux des étrangers en Angleterre, de 1800 millions £ I Enfin, s'il était prouvé que la situation est telle, il y aurait toujours lieu de se demander si cette somme énorme continue à s'accroître.
payer en Angleterre Fintérêt sur une somme d'environ 300,000,000 £. Nous exportons pour environ 15,000,000 £ de plus vers Tlnde que nous n'importons de ce pays. Comment ce pays s'acquitte-t-il alors envers l'Angleterre ? L'Inde exporte beaucoup plus vers l'Amérique, l'Allemagne, la France, la Belgique et l'Italie qu'elle n'importe de ces contrées, et les quatre derniers pays paient, par leurs importations en Angleterre, une bonne partie de l'intérêt annuel dû par l'Inde aux porteurs anglais (1).