LES RAMIFICATIONS DU COMMERCE INTERNATIONAL
Ceci nous amène à parler des ramifications du commerce international. Les transactions qui ont lieu entre les diverses nations du monde sont plus complexes qu'on ne le pense généralement. Considérons, par exemple, la France et les Etats-Unis. Nous achetons à ces pays plus que nous ne leur vendons. Comment payonsnous notre dette? De la manière suivante : la France et les Etats-Unis achètent, pour leurs propres besoins, en Chine, en Turquie, en Amé-
(i) Lord George Hamilton à Ealing, 22 octobre 1903.
rique du sud, etc., de la soie et des produits tropicaux variés. Comment s'acquittent-ils? Ce n'est pas à Taide de leurs propres exportations dans ces pays. Voici ce qu'ils font. Ils viennent nous trouver et nous disent : « Envoyez vos cotons en Chine, en Turquie et dans les pays tropicaux, en paiement des traites que nous leur devons ». Nous le faisons, et ainsi s'explique l'excédent de nos exportations sur nos importations dans ces contrées (1).
Si on pouvait écrire l'histoire de quelquesunes des lettres de change qui sont émises ou transférées par nos banques, on comprendrait tout de suite comment les bénéfices que nous faisons aux quatre coins du monde nous arrivent finalement sous forme d'importations (2).
LES IMPORTATIONS SONT AUSSI l'EXPRESSION DES BÉNÉFICES RÉALISÉS
L'excédent des importations sur les exportations est aussi l'expression des bénéfices que
(i) Sir Michael Hicks-Beach à Manchester, 5 novembre 1903.
(2) Duc de Devonshire à Guildhall, Londres, 8 février 1904.
le pays réalise. Ainsi, supposez qu'un homme emporte pour 10 £ de verroteries en Afrique.
Nous aurons donc 10 £ d'exportations. En Afrique, il achète pour 100 £ d'ivoire avec ses verroteries. Nous aurons donc de ce chef 100 £ d'importations. Les importations dépasseront les exportations de 90 £ dans ce cas, mais qui en conclura que nous nous appauvrissons (1)?
11 est à remarquer que, si on fait le total des importations de toutes les nations commerçantes et qu'on place en regard du chiffre obtenu, le total de leurs exportations, on n'obtiendra pas le même nombre des deux côtés. En réalité, la somme des importations dépasse de beaucoup celle des exportations. Pourquoi? Parce que le mode d'estimation diffère. Les exportations sont évaluées à bord du navire (free on board), tandis que les importations sont estimées à leur valeur d'arrivée, c'est-à-dire, en y comprenant le fret, l'assurance et autres frais (2).
(i) Lord Goschen à Liverpool, 6 novembre igoS. (2) Lord Goschen à Nèwcastle-on-Tyne, 29 janvier
CHAP. ÏW — LA DÉFENSE DU LIBRE-ÉCHANGE 197 NOUS NE MANGEONS PAS NOTRE CAPITAL
Les partisans de la réforme douanière commettent donc une erreur en prétendant que nous mangeons notre capital, et que c'est au moyen de nos placements à l'étranger que nous payons nos importations. « Nous nous saignons à blanc» (bleeding to death), s'ôcrient-ils, parce que nos importations dépassent nos exportations de 180 millions £ par an. Or, nous savons que, d'autre part, les profits réalisés par notre flotte de commerce et les intérêts que nous touchons sur les capitaux placés à l'étranger, représentent ensemble une somme de 180 millions £. Ils couvrent donc cette différence, par parts à peu près égales (environ 90 millions £ pour chacune des sources de profits).
Il est parfaitement possible que nous ayons vendu des valeurs américaines qui sont retournées aux Etats-Unis. Mais nous avons placé ce capital ailleurs. 11 suffit de se rappeler les nombreux emprunts que les villes ont faits dans les derniers temps et qui ont draîné de nombreux capitaux anglais (1).
(i) M. Asquith à Cinderford, 9 novembre igoS.
198 LE PROCÈS DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE LES ERREURS DE M. CHAMBERLAIN
En résumé, on peut dire que Tallégation de M. Chamberlain, que le commerce anglais est resté stationnaire pendant les 30 dernières années, implique quatre erreurs : 1® il passe sous silence le commerce intérieur; 2° il évalue notre commerce extérieur, en ne tenant compte que des exportations; 3° il n'entend par exportations que celles des produits; 4® enfin, même en ne considérant que ces dernières, il a pris, pour point de départ, une année qui ne constitue pas un terme de comparaison loyal (1).