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CES DROITS SERONT-ILS APPLICABLES AUX IMPOR- TATIONS DES COLONIES

Il ne dit pas non plus si les droits sur les produits manufacturés seront applicables aux colonies. La question est fort importante. Le Canada nous envoie déjà plus de fonte que tous les pays du continent ensemble (1). Il commence par nous expédier un produit semi-ouvré, mais finira par nous inonder de produits achevés.

Quelles mesures M. Chamberlain compte-t-il prendre contre l'envahisseur colonial (colonial dumper)?

(i) M. Me Laren (Times, 2 décembre 1903) cite des chiffres, extraits du Bîue Book, établissant qu'en igoi et 1902, le Canada a importé en Angleterre io3,2o2 tonnes de fonte en gueuses, tandis que TAllemagne, la Hollande et la Belgique ensemble n'en ont importé que 78,615 tonnes, et les Etats-Unis 45,978- tonnes seulement. Et ce qui est particulièrement grave dans Itî cas du Canada, c'est que cette colonie alloue une prime d'exportation de 11 à 12 s. par tonne.

Un industriel qui fait beaucoup d'affaires en Orient, a déclaré qu'il n'achetait plus autant de matières premières en Angleterre qu'auparavant. Questionné à ce sujet par ses fournisseurs habituels, il leur a répondu qu'il ne se procurait ces matières ni en Allemagne, ni aux Etats-Unis, mais au Canada (1).

l'agriculture en ANGLETERRE

Les propositions de M. Chamberlain paraissent plaire aux agriculteurs. Les Chambres d'agriculture les soutiennent de toutes leurs forces. Quel profit peuvent-elles pourtant en attendre? Le but de M. Chamberlain est d'encourager la culture du blé dans les vastes plaines du Nouveau-Monde. II semblerait que l'intérêt des cultivateurs anglais dût être tout l'opposé. Ils vont se susciter une concurrence redoutable dans toutes les colonies, et, en outre, se condamner à payer plus cher pour la nourriture de leur bétail et pour leurs machines agricoles.

(i) Sir H. Fowler à la Chambre des Communes, 9 février 1904,

Cela n'est pas peu de chose, puisque M. Balfour lui-môme a reconnu que la taxe de 1 s. par quarter sur le blé retombait pour plus d'un cinquième sur les fourrages; quant à la valeur des machines américaines, dont les cultivateurs font usage, il serait bien difficile de l'estimer.

Il est vrai qu'ils bénéficieront par contre du droit d'entrée de 2 s. sur le blé. Mais cela suffira-t-il pour les dédommager? Sir Robert Giffen, qui fait autorité en matière de statistique, affirme qu'il faudrait au moins un droit de 5 s. pour donner un encouragement sérieux à l'agriculture nationale (1). Le major Yerburgh M. P., qui possède de grands intérêts dans l'agriculture, prétend qu'il faut un droit de 10 s. au moins. D'autres sont du même avis. Enfin, M. Chaplin, le chef des agriculteurs, déclare qu'il est impossible de rendre à l'agriculture son ancienne prospérité, si on ne porte pas les droits d'entrée à 20 ou 25 s. le quarter (2).

(i) The Nineieenih Ceniury, juillet igoS.

(2) M. Chaplin (Ipswich, 18 décembre 1903) a déclaré qu'il n'avait jamais réclamé des droits aussi élevés. Il ne voterait, d'ailleurs, jamais une taxe de 25 sh.

Les cultivateurs croient-ils qu'ils arriveront jamais à obtenir des concessions aussi étendues? Qu'ils se rappellent Timpopularité du droit d'un shilling par quarterl Le gouvernement a d'ailleurs été forcé de le rapporter. Les agriculteurs se préparent des désillusions (1). Au surplus, ils ne doivent pas perdre de vue qu'ils auront toujours à lutter contre le blé des colonies, qui entrera librement en Angleterre.

La concurrence sera la môme, qu'elle se fasse contre le blé des Etats-Unis ou contre celui du Canada ou de l'Australie.

l'effet des droits sur l'agriculture AUX colonies

Les colonies se préparent, du reste, à profiter du régime de faveur. « De vastes terrains.

(i) Lord Rosebery à Edinburgh, iz décembre :9o3. Le même joiir, au deuxième meeting (Overflow meeting) tenu à Synod Hall, où il s'adressait surtout aux ouvriers et trade-unionistes, donc à des consommateurs, lord Rosebeiy disait qu'il fallait s'attendre à voir augmenter les droits sur le blé en Angleterre, comme cela s'est produit en France et en Allemagne. Ses adversaires n'ont naturellement pas manqué de lui reprocher cette contradiction.

236 LE PROCès DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE

disait le premier ministre de l'Australie, devront être consacrés à la culture du blé et d'autres produits, afin de tirer profit de Toffre de M. Chamberlain ».

Au Canada, Teffet de la préférence sera plus sérieux encore. On peut en juger par la lecture d'un rapport rédigé par un commissaire envoyé par les Etats-Unis au Canada.

« L'expérience a démontré, dit-il, que les céréales et surtout le blé croissent aussi sûrement dans cette contrée que dans toute autre partie du continent américain, tandis que le coût de production est aussi bas, et la récolte aussi grande qu'ailleurs. La production moyenne a été, pendant les 20 dernières années, de plus de 19 bushels par acre. La superficie propre à la culture du froment comprend plus de 350 millions d'acres, et l'on peut dire en confiance, que 250 en sont d'une fertilité incomparable. Moins de 2 p. c. de cette énorme étendue est actuellement exploitée. En prenant pour base la production moyenne des vingt dernières années, on peut dire que la récolte de la région tributaire du Winnipeg dépasserait les besoins de la consommation annuelle du monde. »

CHAP. IV ]— LA DÉFENSE DU LIBRE-ÉCHANGE 237 CAUSES DU DÉCLIN DE L'AGRICULTURE ANGLAISE

L'agriculture anglaise a été florissante jusque vers 1875-77. Ce n'est pas le libreéchange qui lui a fait du tort; ce sont les facilités et le bon marché des transports, qui ont permis d'amener le blé des régions neuves de l'Amérique. La meilleure politique est de laisser les choses suivre leur cours (1). Dans l'avenir, les Etats-Unis, dont la population augmente constamment, auront besoia de leur blé pour leur propre consommation. Alors viendra le tour du Canada et de l'Australie, d'être les fournisseurs de blé de l'Empire (2).

(i) Lord Rosebery à Edinburgh, 12 décembre

(2) M. Wallace, professeur d'agriculture à l'Université d'Edinburgh, fait remarquer (Times, i5 décembre 1903) qu'outre l'Amérique du Nord et l'Australie, l'Uruguay et la République Argentine renferment des millions d'acres de terres propres à la culture du blé et au pacage. Il est donc insensé de prédire la raréfaction ou le renchérissement des céréales. Mais ces faits amènent M. Wallace à conclure qu'il faudra, tôt ou tard, se résoudre ' à protéger l'agriculture nationale.

è36 LE PROCÈS DU LifeRE-èCHANGÊ EN ANGLETERRE

l'exode des ouvriers agricoles

On déplore Texode des ouvriers de la campagne vers les centres industriels. On s'est toujours plaint de cet état de choses. Au xvii^ siècle déjà, on le faisait. Pour y mettre fin, un droit aussi faible que celui que M. Chamberlain propose d'établir, ne suffirait pas. Et, d'autre part, si on encourage le Canada à mettre en valeur ses terres incultes, il fera appel à la maind'œuvre étrangère, et l'émigration des ouvriers agricoles recevra une nouvelle impulsion. On s'expose aussi à stimuler au Canada l'immigration américaine, qui a déjà pris des proportions considérables. Alors qu'en 1897, il n'y avait que 712 fermiers américains qui avaient franchi la frontière, on en comptait déjà plus de 40,000 pour les huit premiers mois de l'année 1903.

Ce flot d'immigrants de nationalité américaine aura-t-il pour résultat de rattacher davantage le Canada à la mère-patrie?

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