‹ Principes d'orientation sociale; (volume 2)Chapitre 7 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le programme de M. Balfour

M. Balfour a fait connaître son programme dans une brochure (1) et en a développé la portée dans les discours qu'il a prononcés dans la suite. La brochure de M. Balfour est un exposé doctrinal du protectionnisme. Il est assez abstrait, mais fort intéressant. 11 énonce les principes sur lesquels se fonde la politique nouvelle, que M. Chamberlain essaiera ensuite de justifier par des faits et des chiffres.

M. Balfour se déclare partisan du libreéchange, mais non à la façon de ceux qui acceptent ce principe comme une vérité indiscutable et qui sont prêts à souscrire à toutes les conséquences qu'on pourrait en déduire.

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LE LIBRE-ÉCHANGE ET L'iDÉE DE NATION

Il peut arriver que le libre-échange soit en opposition avec des intérêts d'ordre supérieur. En théorie, il n'est pas impossible de concevoir un nnonde où le capital et le travail se dirigeraient sans entraves vers les endroits où les profits et le^ salaires sont les plus élevés. Mais une telle hypothèse est inconciliable avec la vie nationale telle que nous la comprenons. Les nations ne pourraient plus subsister dans leur forme actuelle, si les capitaux et la maind'œuvre jouissaient d'une si grande fluidité. Et s'ils ne possèdent pas cette fluidité, c'est parce que les hommes sont, dans une large mesure, gouvernés par les coutumes, qu'ils sont attachés à leur foyer et à leur pays, et qu'ils ne peuvent pas facilement acquérir de nouvelles aptitudes ou de nouveaux langages.

Cette immobilité partielle du capital et du travail a fait que les économistes ont dû distinguer entre le commerce national et le commerce international.

L'existence même de nations distinctes est une violation permanente du libre-échange

cosmopolite. Aussi, n'est-il pas surprenant que dans leurs efforts pour assurer leur conservation, elles ne se soient pas crues obligées de ne tenir compte que de raisons déduites de réconomie cosmopolite. Elles ont reconnu que TEtat est quelque chose de plus que les individus qui le composent, et que ce qui est bon pour la productivité du monde en général n'est pas nécessairement bon pour chaque état en particulier.

Il faut donc abandonner le « laisser faire »

comme dogme absolu, et accepter provisoirement ridée que le caractère de la politique douanière doit varier si les circonstances viennent à se modifier.

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