CHAP. I — RÉGIME DE L^ANGLETERRE DEPUIS
tectionnisme le plus accentué au libre-échange pur et simple.
Cette transformation s'est faite en trois étapes. La première s'étend de 1824 à 1827. Le nom de Huskisson y est attaché : c'est lui qui fut la cheville ouvrière de la réforme qui s'opéra à cette époque. Les droits d'entrée qui grevaient les matières premières et les produits manufacturés, en 1820, étaient tellement exagérés, qu'il nous est difficile aujourd'hui d'y ajouter foi. La soie brute payait 5 s. 7 1/2 d. de droits d'entrée à la livre; la laine 6 s. à la livre; le sel, 15 d. au boisseau; le bois 65 d.; celui du Canada, qui était de qualité inférieure, payait 2 s. 6 d. Les droits . sur les produits achevés variaient de 40 à 180 %. Les produits destinés à l'alimentation étaient également soumis à des impositions de ce genre.
Les protestations de. la corporation des marchands de Londres et les enquêtes parlementaires sur la situation financière du pays préparèrent le terrain pour la réforme de Huskisson. Pendant les années où il fut ministre du commerce. (1823-27), il s'attacha à diminuer les droits d'importation. Les droits sur la soie hrute et la laine furent abaissés respectivement
à 3 d. et à 1 d. la livre. Les primes à Texportation furent abolies. Les droits de douane entre l'Angleterre et rirlande furent supprimés : ainsi fut achevée l'union commerciale des trois royaumes.
De 1827 à 1842, il n'y eut guère de changements. En 1828 toutefois, on abaissa légèrement le taux auquel le blé étranger était admis en franchise de droits : de 80 s., il fut réduit à 73 s.; mais ce changement n'amena aucune amélioration dans la situation économique du pays.
La deuxième période de réforme correspond à l'administration de sir R. Peel, et s'étend de 1841 à 1846. Le système des droits de douane avait fait l'objet d'une enquête de la part d'une commission parlementaire, en 1840. 11 fut constaté alors que sur les 1150 articles mentionnés au tarif, seize produisaient 22 millions £ de recettes, tandis que tous les autres ensemble rapportaient moins d'un million. L'enquête eut pour résultat de faire supprimer les prohibitions absolues et de réduire les droits existants : les produits semi-ouvrés furent admis moyennant le paiement de droits modérés, et les produits achevés furent soumis à des taxes qui n'excluaient pas la concurrence (en général 20 %).
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Le succès de la nouvelle politique décida sir R. Peel à procéder, en 1845, à une révision plus radicale des droits de douane. Il s'en suivit que le nombre des rubriques du tarif fut réduit de 1150 à 590. Enfin, à la suite de la mauvaise récolte de 1845 et de la famine en Irlande, Peel se décida à proposer l'abrogation des lois sur le blé. La loi de 1846, tout en contenant une disposition transitoire applicable aux trois années suivantes, disposa qu'à l'expiration de ce terme, il ne serait plus perçu sur le blé qu'un droit d'enregistrement de 1 s. par quarter.
La troisième période a été illustrée par 'M. Gladstone et comprend, comme la précédente, deux étapes. En 1853, les droits furent abolis sur 123 articles et réduits sur 133 autres. En 1860, les droits sur les denrées alimentaires, qui avaient fait l'objet d'une réduction en 1853, furent supprimés, sauf pour le cacao, le thé et les fruits secs. Les droits différentiels disparurent. 11 en fut de même pour les taxes qui existaient encore sur les produits manufacturés.