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LE PRÉJUDICE CAUSÉ A L'ANGLETERRE

Quelle est la nature exacte du préjudice causé à une nation libre-échangiste par Tadop- . tion du protectionnisme par ses voisins? Cette nation supporte d'abord sa part dans la perte économique que cause au monde, en général, l'adoption d'un système douanier néfaste; mais, ensuite, ne subit-elle pas encore un dommage spécial? Ceci revient à se demander de quelle valeur particulière sont les marchés libres peur

une nation libre-échangiste. Toute la politique de TAngleterre niontre le prix qu'elle attache à ces marchés. Elle négocie avec zèle pour maintenir ceux qui existent, et il y en a môme pour la conservation dequels elle n'hésiterait pas à faire la guerre. On doit reconnaître que l'absorption par une nation protectionniste d'une vaste région non protectionniste avec laquelle l'Angleterre serait en relations d'affaires emporterait pour cette dernière une dimimtion permanente de profits. Si ce qui vient d'être dit est vrai, il faut reconnaître que toute restriction apportée au commerce d'exportation de l'Angle^ terre cause à celle-ci un dommage.

On pourrait croire, à première vue, que les importations seules intéressent les consommateurs. C'est une erreur. Les exportations s'échangent contre des importations. Et s'il est vrai que l'exportateur sente le premier les effets des tarifs hostiles, c'est, en fin de compte, le consommateur qui en souffre.

CAUSES DE lVuGMENTATION DU COMMERCE DE L'ANGLETERRE

L'Angleterre continue à exporter malgré les tarifs étrangers. Son commerce d'exportation augmente même, bien que ce soit dans des proportions insuffisantes. D'autre part, son commerce d'importation a atteint une importance sans exemple. Les causes de cette situation sont au nombre de trois :

1<* Les pays étrangers sont débiteurs de capitaux vis-à-vis de l'Angleterre, et ils s'acquittent de leurs dettes à l'aide d'importations ;

1^ Il existe de vastes régions non protectionnistes ;

3^ Les régions actuellement protégées ne sont pas absolument fermées.

En ce qui concerne le premier point, il est à remarquer qu'il n'est utile d'exporter des capitaux que s'il n'est pas possible d'en trouver l'emploi dans le pays môme. Dans le cas contraire, il ne peut en résulter qu'une perte pour les ouvriers et la nation.

Le protectionnisme peut, dans certaines cas, favoriser l'exportation des capitaux, car, en

même temps qu'il décourage la fabrication d'un produit en Angleterre, il peut l'encourager dans le pays protégé. Il se peut donc que les fabricants anglais transportent leur industrie et leurs capitaux à l'étranger. Quelles seront les conséquences de ce fait? L'ouvrier anglais péVdra; le consommateur anglais gagnera; l'ouvrier étranger et le capitaliste anglais intéressé gagneront; l'Angleterre (si le capitaliste anglais continue à dépenser ses revenus dans son pays) gagnera; l'industrie anglaise perdra, parce qu'on lui aura suscité un nouveau rival. Sans essayer de faire le décompte de ces différents gains et pertes, on peut dire que les placements à l'étranger ne sont pas, comme on le pense souvent, des avantages sans revers. Il y a, toutefois, lieu de croire que la grande masse des placements anglais à l'étranger ne sont pas de cette nature, et qu'ils ont été avantageux à la fois pour l'étranger et pour l'Angleterre.

La deuxième cause est relative aux parties du monde où les tarifs protectionnistes sont inconnus jusqu'à présent. Ce sont d'abord les Etats de l'Amérique du Sud et les petits pays non manufacturiers de l'Europe; ensuite, les pays dont l'organisation douanière est plus ou

moins soumise à un contrôle international, tels que la Turquie et la Chine; enfin, les dépendances, colonies de la couronne et protectorats de l'Empire britannique.

Les premiers sont libre-échangistes par nécessité et non par conviction. Leur politique douanière dépend, pour Pavenir, de leur développement industriel. Dans les deux autres catégories d'Etats, les droits de l'Angleterre reposent sur sa force militaire. Si celle-ci venait à faire défaut, ces régions ne tarderaient pas à tomber sous la coupe d'un pays protectionniste.

Enfin, la troisième raison qui fait que l'Angleterre ne. se voit pas entièrement exclue des marchés protectionnistes, c'est qu'aucun pays n'a complètement fermé ses frontières. II y a des pays cependant où certaines industries anglaises ne trouvent plus de débouché. C'est le cas pour la poudre à blanchir en Russie (1)

(i) Dans sa réponse à la brochure de M. Balfour, M. Harold Cox, le secrétaire du Cobden Club, conteste cette affirmation. Il suffit de je'er un regard sur le dernier fascicule de VAnhual Statement of Trade and navigation, pour se convaincre que la Russie achète à l'Angleterre plus de poudre à blanchir (jue n'importe quel autre pays, à l'exception des Etats-Uni?. On y trouve, en effet, les chiffires suivants : Exportations de

et pour les draps de Bradford aux Etats-Unis (1).

poudre à blanchir : vers la Russie, 35,ooo cwt.; la Suède, 19,700 cwt.; la Norvège, 9,800 cwt.; le Danemark, 2,900 cwt.; l'Allemagne, 2,900 cwt.; les Etats- Unis, 649,700 cwt.; la Hollande, 24,800 cwt.; le Portugal, 11,600 cwt.; l'Espagne, 9,200 cwt.; l'Italie, 34,000 cwt.; le Brésil, 2,5oo cwt.; autres pays, 88,200 cwt.

M. Haldane, M. P. (HuU, 2 décembre 1903) déclare que si les importations de poudre à blanchir originaires de l'Allemagne ont augmenté, ce n'est pas à raison du libre échange, mais par suite de l'adoption de nouveaux procédés de teinture. La fabrication des produits de teinture a passé à l'Allemagne, parce que ce pays possède une plus grande habileté dans l'industrie chimique que l'Angleterre.

(i) Dans la même réponse, M. H. Cox dit que l'Amérique est un des meilleurs marchés de l'Angleterre pour les laines de qualités supérieiures. Il a été exporté aux Etats-Unis, en 1902, pour i,5i4,5oo liv. st. de filés et de tissus de laine.

L'industrie lainière, qui est une des grandes industries de l'Angleterre, a fait l'objet de longues discussions dans la presse et dans les meetings. De nombreux industriels se sont plaints de la concurrence qui leur est faite par les étrangers en Angleterre et de la diminution de leurs exportations. Il ne serait pas possible de suivre le débat dans tous ses détails ; cela nous mènerait trop loin et n'aurait guère d'utilité. Sur ce point comme sur tant d'autres, les opinions sont si divergentes et les faits cités si contr^.dictoires, qu'il serait fort difficile, dans l'état actuel de la discussion, d'arriver à une conclusion sérieuse. Qu'il nous suffise de mentionner quelques points de la controverse :

Toutefois, si Ton considère le chiffre total de Texportation, les nations et les colonies protec-

M. Asquith (Bradford, ii décembre 1903) dit que M. Chamberlain et ses amis déclarent que les exportations de l'industrie lainière, qui s'élevaient à 99 millions £ de 1870 à 1872, sont tombées à 6i millions £ de 1900 à 1902. Tout le monde sait que, de 1872 à 1902, le prix de la laine a baissé de 5o p. c. environ, en ce qui concerne la laine importée, et davantage encore en ce qui concerne la laine indigène. Il faut donc évaluer les chiffres de 1902 en tenant compte de cette différence de prix dans la matière première. En le faisant, on constaterait que, loin d'avoir diminué, le commerce d'exportation a augmenté en volume, pendant les trente dernières années.

M. J. Williamson (riw«, 26 novembre 1903) donne, en réponse à l'affirmation de M. Asquith, le tableau des exportations d'objets en laine depuis 1882. Nous en extrayons les chiffres suivants :

1882 264,143 tonnes 1900 171,718 tonnes

M. Wanklyn, M. P., avait même déclaré qu'une des principales firmes de Bradford, Benn frères, se voyait forcée d'émigrer aux Etats-Unis, afin d'être à même de profiter du tarif américain au lieu de l'avoir contre elle. Les droits d'entrée aux Etats-Unis sont de 100 p. c. et au-dessus.

M. Priestman {Times, i5 décembre 1903) cite, en réponse, le nom de plusieurs firmes américaines (Singers, Westinghouse Company, Fraser and Chalmers) qui sont venues s'établir en Angleterre, pour jouir des

tionnistes restent les clients les plus importants de l'Angleterre.

l'avenir du commerce anglais

Mais ce qu'il importe surtout de considérer, ce n'est pas tant la position actuelle de l'Angleterre vis-à-vis des pays protectionnistes que sa situation dans l'avenir. Et sous ce rapport, il faut reconnaître que son commerce d'exportation, bien qu'ayant augmenté d'une manière absolue, ne s'est pas accru en proportion de son propre développement et encore moins en proportion de celui de ses clients.

On cherche à expliquer ce phénomène par

avantages que procure le libre-échange et pour être à même de lutter sur les marchés neutres, ainsi que sur le marché anglais. Il critique aussi un passage d'un article du Times, disant que MM. Benn auront à leur disposition, outre le marché américain, celui de TAngleterre, tant que celle-ci restera libre-échangiste. Tout le monde sait bien, réplique-t-il, que le prix de revient aux Etats-Unis est le double de celui de TAngleterre. Ces Messieurs vendront peut-être aux Etats-Unis, mais ils ne placeront pas une aune de drap en Angleterre. Enfin, il ajoute que l'industrie de la laine à Bradford a été si prospère jusque dans ces derniers temps qu'on ne pouvait trouver assez d'ouvriers.

« rindu^trialisation » du monde. « Les autres nations, dit-on, ont appris à fabriquer des produits industriels et peuvent se passer maintenant de l'Angleterre. Leur développement est d'ailleurs dans la nature des choses. A quoi bon se plaindre de ce qui est inévitable? »

Cet argument tombe à faux, car, d'après la théorie du libre-échange, les échanges auraient dû croître en intensité à mesure que les nations devenaient plus riches et plus peuplées. La vérité, c'est que le commerce de l'Angleterre a été entravé par les barrières douanières (1).

Certaines personnes se consolent de la faible augmentation des exportations, en attirant l'attention sur le développement du commerce intérieur et sur la variété des objets fabriqués pour l'étranger. Ni l'une ni l'autre de ces raisons n'est satisfaisante. Elles sont précisément les

(i) Le Board of Trade estime le taux ad valorem des droits perçus sur les principales exportations anglaises à i3o p. c. en Russie, à 72 p. c. aux Etats-Unis, à 32 p. c. en Autriche-Hongrie ; à 3o p. c. en France ; à 27 p. c. en Italie; à 25 p. c. en Allemagne; à 16 p. c. au Canada ; à i3 p. c. en Belgique ; à 9 p. c. en Nouvelle-Zélande ; à 7 p. c. en Australie et à 6 p. c. dans r Union douanière de T Afrique du Sud. {BùteBock^p. 17.1).

caractéristiques de Teffort que fait un pays libre-échangiste pour arriver à sunnonter les obstacles protectionnistes.

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