NATURE DES EXPORTATIONS ANGLAISES
L'examen détaillé de nos exportations ne peut que confirmer l'inquiétude suggérée par les considérations théoriques qui précèdent.
Si on laisse de côté le charbon, les machines et les navires, on constate non seulement une diminution par tête d'habitant, mais même une diminution absolue. 11 y a lieu d'écarter ces produits, parce qu'ils favorisent jusqu'à un certain point la concurrence étrangère; le charbon (1) et les machines permettent à l'étranger
(i) La production du charbon a été en 1902, de 227 millions de tonnes. Ce chiffre représente le tiers de la production totale du monde. Soixante millions de tonnes en sont exportées. Certaines personnes — dont M. Balfour — semblent croire que ce charbon est destiné à alimenter les forges des pays rivaux. Or, une grande partie, d'aucuns disent la moitié, s'exporte pour les besoins de la marine marchande anglaise. Et sans cette exportation, le fret des marchandises ramenées en Angleterre, devrait être beaucoup plus élevé qu'à présent (M, Asquith à Newcastle-on-Tyne, 24 octobre 1903). ,;
de fabriquer des produits similaires à ceux de l'Angleterre (1). Leur caractère est donc tout
M. Boyd-Dawkins (Times, 26 janvier 1904) fait remarquer qu'une bonne partie du charbon exporté est destiné à alimenter les chaudières des flottes de guerre étrangères. Le charbon qui convient le mieux à cette fin se trouve dans le Pays de Galles, mais en quantité limitée. M. Boyd-Dawkins demande que le gouvernement anglais achète les mines d*où Ton extrait ce charbon. Il s'assurerait ainsi une grande supériorité sur les autres flottes.
M. D. A. Thomas (Times, 28 janvier 1904) se prononce dans le même sens, et dit que sur les 44,950,000 tonnes de charbon exportées en 1903, 34,2i8,oco tonnes étaient du charbon sans fumée (Smokeless Steam Coal),
« Collier » (Times, 28 janvier 1904) réplique qu'une des plus petites mines du pays de Galles peut produire du charbon en quantité plus que suffisante pour les besoins de la marine anglaise. Que ferait-on des autres mines qui produisent plusieurs millions de tonnes par an ?
M. Boyd-Dawkins {Times, i5 février 1904) dit qu'il existe une grande confusion au sujet de la véritable nature du charbon convenant aux flottes. Sous le nom de « Steam Coal » on comprend difierentes espèces de charbon dur, que l'on trouve dans diverses régions de l'Angleterre. Mais le charbon sans fumée (Smokeless Steam Coal) ne se rencontre que dans une partie du Pays de Galles. Il n'occupe que 180 milles carrés d'un gisement total de 1000 milles carrés. C'est cette réservelà que l'Angleterre dissipe sans songer au lendemain.
(i) M. H. Cox (A reply) fait remarquer que les exportations de machines comprennent pouri, 444,000 £
différent de celui des objets achevés ou semiouvrés exportés par ce pays.
Dans ces conditions, il y a lieu de se demander quel sort l'avenir réserve à Tindustrie anglaise. On n'aperçoit guère de symptômes s.atisfaisants. Les pays de protectionnisme accentué, tels que l'Allemagne, l'Amérique et la Russie, ne semblent pas disposés à se relâcher de leur politique. D'autres, comme la Russie, s'occupent même de relever leurs tarifs.
Cette tendance générale des pays étrangers expose l'Angleterre à un grave préjudice. On n'a pas assez attiré l'attention sur le fait qu'à mesure que le protectionnisme favorisera le développement de l'industrie aux Etats-Unis, au Canada, ou en Russie, ces pays auront davantage besoin de leur production de denrées pour nourrir leur propre population. Cette situation peut devenir fort dangereuse pour l'Angleterre qui, en échange de ses produits
de machines agricoles, qui ne peuvent que contribuer au développement des régions productrices de blé; pour 2,299,000 & de locomotives; pour 1,849,000 £ d'autres machines à vapeur, destinées en grande partie aux mines et aux docks ; et pour 1,840,000 £ de machines à coudre.
manufacturés, désire et doit importer des ceréaies. II est donc hautement à souhaiter que la quantité de blé susceptible d'être exportée par les pays producteurs de cette denrée se maintienne à un chiffre aussi élevé que possible.
l'action des TRUSTS
Jusqu'à présent, nous n'avons envisagé que le tort causé à une nation libre-échangiste par la restriction des marchés. Il y en a un autre, qui résulte de la combinaison des droits d'entrée et des ententes formées par les producteurs des pays protectionnistes.
Grâce aux barrières douanières, les exploitants d'une industrie protégée peuvent s'entendre pour vendre leurs produits à un prix très élevé à l'intérieur de leur pays, et pour céder le surplus de leur production à l'étranger, à un prix considérablement plus bas. Les industriels de ces pays ont donc cet avantage, de ne pas devoir modérer le chiffre de leur production ou réduire leur personnel quand le commerce subit une dépression. Ils peuvent déverser leur trop-plein sur les pays libre-échangistes, en y offrant leurs produits à un prix inférieur -à celui
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de la production nationale. Le cas s'est présenté eu Angleterre pour Tacier allemand (1).
(i) C'est le procédé auquel les Américains ont donné le nom expressif de dumping (io dump = décharger : un tombereau, p. ex.). Il consiste à vendre des produits à l'étranger, à un prix considérablement inférieur à celui du pays de production, souvent même au-dessous dû prix de revient. Il se pratique pendant Ifes époques de dépression, quand la consommation nationale ne peut absorber l'entièreté de la production du pays. Il est surtout en usage en Allemagne et aux Etats-Unis, où se sont constitués des cartells ou des trusts puissants. Grâce à l'existence de barrières douanières, ils peuvent élever les prix à l'intérieur du pays et les abaisser ensuite d'autant plus sur les marchés extérieurs que leurs bénéfices à l'intérieur ont été plus grands. Les différences entre les prix des marchés intérieurs et extérieurs sont parfois fort grandes. On cite un cas où le cartell des cokes en Allemagne vendait le coke, qui coûtait 17 marks en Allemagne, à raison de 8 marks en Autriche. Il faut ajouter que ce cartell a prétendu qu'il s'agissait d'un contrat ancien et conclu pour une longue période. Nous verrons plus loin les différences de prix entre l'acier aux Etats-Unis ou en Allemagne, et ce même acier livré en Angleterre.
M. S A vous (La crise allemande de içoo'iço2) cite un grand nombre d'exemples de ce genre. Ainsi en 1902, une usine allemande exportait 2o,cx)o tonnes de rails au prix de 90 marcs /o&, Anvers, tandis que le gouvernement prussien payait la même quantité 120 m. 5o. — La construction des bateaux pour la navigation sur le Rhin, dit le même auteur, a passé presque complète-
Certaines gens semblent se réjouir de ce fait. Un constructeur de naviresa même prétendu quil n'avait pu obtenir de commandes que grâce aux conditions avantageuses auxquelles il avait pu se procurer des plaques d'acier en
ment à la Hollande, parce que les fabriques de grosses tôles y livrent leurs produits à meilleur compte qu'à Tintérieur du pays. — Une usine appartenant à r « industrie du petit fer » a établi une succursale en Belgique, pour y terminer les objets destinés à l'exportation ! On a répété maintes fois (même auteur) qu'il y avait une excellente affaire à réaliser en achetant de la houille allemande, en Suisse ou en Hollande, et en la ramenant dans son pays d'origine.
M. Bell (Chambre des communes, 12 février 1904) cite le fait suivant : Le rapport de M. R. E. May (Verreries de Gerresheim, Allemagne) constate qu'en 1900, les exportations de bouteilles de son établissement, s'élevaient à 37 ^ millions ou 34,2 p. c. de total, tandis qu'en 1901, elles sont tombées à 29 j millions, ou 29,7 p. c. du total. La cause de cette diminution, dit-il, réside dans le tarif. L'affaiblissement de notre force de concurrence est due à la cherté du combustible. Le fait que les pays voisins peuvent obtenir du charbon allemand à moindre prix que nous, Allemands, fait que nous nous voyons graduellement exclus des marchés du monde.
On voit donc que le protectionnisme porte son mal en lui-même. Poussé trop loin, il aboutit à l'exploitation des consommateurs indigènes et met en péril l'existence des industries secondaires ou de transformation.
Allemagne. On ne peut se rallier à cette manière de voir, car une concurrence de ce genre désorganise l'industrie d'un pays, et, ensuite^ si elle était pratiquée sur les marchés neutres, menacerait de détruire la clientèle que ce pays y a acquise.