EXCLUSIVEMENT A SA PRODUCTIVITÉ
A ce moment, le progrès sainement compris exigera davantage. La seule mesure de la valeur humaine étant devenue la productivité — tant intellectuelle ou morale que matérielle, ne Toublions pas — la part d'intervention de chacun
dans la société devra être proportionnelle à sa production utile pendant sa vie active. On éprouvera instinctivement le besoin de posséder une représentation exacte, automatique, des individualités, un reflet fidèle du pouvoir acquisitif de chacune d'elles.
11 devient ainsi nécessaire de préparer dès à présent les moyens de dresser le bilan social
DE LA productivité DE CHACUN.
Or, si Ton y réfléchit, on observera que le monde moderne s'est déjà spontanément orienté vers une méthode parfaite de comptabilité sociale, ainsi que le montre clairement l'évolution récente du mécanisme des transactions commerciales.
Aujourd'hui, on pense, en général, que toute opération d'achat-vente nécessite I'échange d'une pièce de monnaie contre la marchandise, et qu'il faut donner tel ou tel nombre de francs, de shillings, de marks, etc., en paiement.
En réalité, cependant, on est déjà partiellement sorti, dans la période présente, de la notion de l'échange pour entrer dans celle du COMPTE. Dans les grandes affaires, — et même en Angleterre, et surtout aux Etats-Uuis, pour
les opérations courantes, — les dettes et les créances s^effacent, non par manipulation d'espèces monétaires, mais par simple inscription, par « écriturement » si Ton peut dire, à des comptes-courants.
C'est-à-dire que chaque personne a, dans une Banque, un compte ouvert, correspondant au dépôt de la partie de sa fortune qu'elle y a mis; lorsqu'elle a un paiement à effectuer, elle remet à son créancier un bon à payer par la Banque, qui s'appelle un chèque, ou plus simplement elle fait porter par la Banque la somme due, au débit de son propre compte et au crédit du compte de son créancier. Toute manipulation de monnaie se trouve ainsi supprimée.
Entre Banques, le même procédé est appliqué, et l'on établit chaque jour la compensation des comptes réciproques de façon à ne liquider en monnaie que le solde final. Ces chambres de
COMPENSATION (CLEARING HOUSES) Ont priS aUX
Etats-Unis, dans ces dernières années, un développement considérable. Elles y existent au nombre de plus de cent; on en rencontre jusque dans les petites villes. Pendant la seule année 1901, on a traité, dans ces clearing houses, pour le total colossal de 585 milliards de francs
d'affaires. En un jour, il se fait, au Clearing de New-York, pour 1 milliard 230 millions d'affaires, avec une manipulation de monnaie réduite à 55 millions.
En 8 ans, de 1894 à 1902, le total annuel des transactions compensées a passé, pour l'ensemble des Etats-Unis, de 225 milliards au chiffre de 585 milliards cité plus haut, c'est-à-dire qu'il