HOUSES
Tous les bureaux de poste de l'Empire d'Autriche sont rattachés à la Caisse d'Epargne, dont l'établissement central se trouve à Vienne. Indépendamment de sa destination primitive, la Caisse d'Epargne tient les comptes de plus de trente mille personnes qui y sont affiliées et font annuellement, par son intermédiaire, des opérations dont le chiffre dépasse un milliard de florins.
La Caisse exige, des affiliés qui veulent
effectuer des transactions par son intermédiaire, un dépôt monétaire fixe de 100 florins, sans rapport, par conséquent, avec Timportance des opérations qu'ils peuvent traiter; elle leur ouvre un compte et leur délivre, sur leur demande, des carnets de chèques qui leur servent à effectuer les payements qu'ils désirent; tout cela se faisant à l'intervention d'un bureau de poste quelconque de l'Empire.
Chaque fois qu'un chèque est délivré par un affilié, la Caisse centrale de Vienne en est avisée par la poste et elle envoie immédiatement, par la poste également, un extrait de compte aux deux opérants. Chaque compte d'affilié est ainsi tenu à jour, aussi bien pour la Caisse centrale que pour l'affilié lui-même.
Voilà donc trente mille personnes qui pourraient, à la rigueur, se passer absolument de monnaie si leurs relations mutuelles étaient suffisantes pour leur permettre de pourvoir à toutes les nécessités de la vie; et ce résultat est obtenu simplement par le fait qu'un établissement officiel veut bien se charger de tenir le compte de caisse de toutes ces personnes.
Une institution analogue existe en Hongrie.
On peut, d'ailleurs, rapprocher de ces organisa-
lions ce qui se passe déjà dans d'autres pays pour les grands établissements financiers patronés et garantis par TEtat : la Banque nationale de Belgique, la Banque de France, etc., ne délivrent-elles pas des billets de banque à tous ceux qui leur offrent des garanties suffisantes? Contre un dépôt de titres considérés connme sûrs, contre des signatures bien connues, on y obtient du papier, des billets équivalents à de la monnaie métallique.
Ainsi, de divers côtés, la monnaie tend à être considérée comme un instrument précaire et défectueux de mesure; de plus en plus, les transactions se font, par simple écriturement dans des comptes, au lieu d'exiger la manipulation d'espèces métalliques.
C'est dans cette voie que l'Etat doit entrer, en vue de généraliser, parallèlement au développement progressif du Productivisme, le régime du compte, le Comptabilisme.
Diverses étapes seront nécessaires. La première serait la substitution à volonté d'un carnet
comptabiliste, c*est-à-dire de bons à payer et à recevoir, véritables chèques, que TEtat délivrerait moyennant garantie, monétaire si la monnaie est préférée, hypothécaire si le preneur est fortuné, ou encore moyennant garanties de tiers fortunés. Une transaction s'effectuerait comme suit : le payeur oblitérerait un bon à recevoir se trouvant aux mains du payé, en même temps que celui-ci oblitérerait un bon à payer se trouvant aux mains du payeur. Cette double oblitération marquerait, en somme, une sortie et une entrée du véritable livre de caisse que représente le carnet. Le payé pourrait d'ailleurs toujours, contre remise de ses bons à recevoir oblitérés, obtenir à la poste, de la monnaie pour clôturer toute opération comptabiliste. En vue de pouvoir conserver un double des opérations effectuées, les bons seraient avec souches que Ton garderait par devers soi après s'être dessaisi du carnet.
Mais le comptabilisme peut être poussé plus loin, et Ton peut envisager une phase de développement intégral où toutes les transactions s'effectueront sans monnaie.
Pour y arriver, il faut qu'à chaque moment et sur chaque carnet, on puisse retrouver la
personnalité des « transactionneurs », les parties traitantes devant pouvoir se rendre compte immédiatement de leur état de fortune réciproque.
Or, pour cela, admettons que chaque habitant soit numéroté d'après son lieu et sa date de naissance, d'après Tinscription au registre de TEtat-civil. Par exemple, les provinces étant désignées par une lettre, les communes le seraient par un chiffre, d'après le rang occupé dans Tordre alphabétique pour la province.
Ainsi, la province de Brabant portant la lettre D, la commune de Bruxelles étant la 44^ par ordre alphabétique, et Monsieur X...
étant inscrit à Bruxelles sous le n° 1141, sa désignation pour toutes les transactions, son cachet, sa signature seront D-44-1141.
11 est clair qu'ainsi on pourra toujours facilement retrouver le signataire d'un acte quelconque, sans cependant qu'il puisse être reconnu à la simple vue du carnet de paiement.
Puis, que l'État, par l'intermédiaire de bureaux comptabilistes, remette à chacun un carnet de compte formé de feuillets blancs pour le crédit et de feuillets de couleur, rose, par exemple, pour le débit, que ces feuillets soient
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divisés en cases représentant des dizaines de mille, des mille, des centaines, des dizaines, des francs et sous-multiples d^unité.
A présent, quand X... aura besoin d'un objet quelconque, il ira chez Y..., par exemple, d'Arendonck (C-2-125). D'un coup d'œil. Y...
constatera l'excédent de crédit de X..., absolument comme si aujourd'hui celui-ci exhibait un billet de banque; Y... n'hésitera pas à vendre sa marchandise, et si elle est achetée pour 125 unités, X... (acheteur) annulera par apposition de son cachet et la date de l'opération, sur les feuillets blancs (de crédit) de Y... (vendeur), une case de 100, 2 de 10, 5 de 1.
En même temps, Y... (vendeur) annulera sur le carnet de X... des cases exactement correspondantes, mais sur les feuillets roses (débit).
La transaction se sera donc faite sans monnaie, et les carnets de X... et de Y... en donneront la photographie exacte.
Une fois l'an, chacun portera son carnet au bureau comptabiliste de sa résidence où il aura son compte, et l'on dressera son bilan personnel annuel.
Si le carnet de X... offre plus de cases blanches annulées que de cases roses, c'est
qu'il a reçu plus qu'il n'a payé, c'est qu'il a réalisé des économies et son compte clôture en bénéfice.
Le bureau comptabiliste lui remet alors un nouveau carnet avec les cases représentant tout ou partie de son bénéfice, portant le cachet de l'Etat; c'est ainsi une reconnaissance réelle d'un crédit, à l'aide de laquelle X... pourra acheter des immeubles ou créditer quelque débutant dans les affaires, ou prendre une participation dans quelque entreprise, toutes opérations que les carnets de X... d'une part, et du vendeur, de l'emprunteur, ou de la société industrielle d'autre part, représenteront en détail et très clairement.
S'agit-il d'un emprunt hypothécaire, d'une demande de crédit, le porteur d'un carnet donnera ses unités de crédit en garantie à l'Etat et apposera sur les feuillets du carnet de l'emprunteur un cachet indiquant le montant du prêt ou du crédit accordé.
Un avantage immédiat du système sera une simplification manifeste dans toutes les opéra-
tions commerciales; le contrôle deviendra aisé et sûr, et, par là, mille causes de vol, de prévarication, d'immoralité, auront disparu.
Mais, du même coup également, TEtat se trouvera merveilleusement outillé pour proportionner les impôts à l'importance effective des contributions de chacun dans la vie active nationale. Quoi de plus rationnel, en effet, que le prélèvement d'une taxe sur le total des transactions effectuées, lorsque le carnet comptabiliste sera épuisé? L'Etat se ferait, à ce moment, très naturellement payer le service qu'il aurait rendu en authentiquant les inscriptions de crédit-débit.
L'impôt s'ajusterait ainsi mécaniquement à l'état général des affaires et à l'état individuel des activités productives : il serait, en attendant l'établissement de l'impôt successoral unique et réitéré, parfaitement juste quant à sa base, et parfaitement simple quant à sa perception.