I. Type périphérique (Radiata). Evolutio radiata. Le de
doppement procède d'un centre produisant des parties dentiques dans un ordre rayonnant.
IL Type massif (Mollusca). Evolutio contorta. Le déveoppement produit des parties identiques contournées aumr d'un espace conique ou d'autre forme.
IIL Type longitudinal (Articulata). Evolutio gemina. Le développement produit des parties identiques, naissant ies deux côtés d'un axe, et se rapprochant sur une ligne opposée à l'axe.
IV. Type doublement symétrique (Vertebrata). Evolutio higemina. Le développement produit des parties identiques naissant des deux côtés d'un axe, croissant en haut et en bas, et venant se rejoindre pour renfermer un espace le long de deux lignes, de sorte que le feuillet interne de Tembryon est à l'inlérieur et le feuillet supérieur au-dessus. Les embryons de ces animaux ont une corde dorsale, des lames dorsales, des lames ventrales, un tube nerveux et des fentes branchiales.
Reconnaissant que ces différences dans les. modes d'évolution répondent à des divisions fondamentales dans le règne animal, Baër fait voir (chez les vertebrata au moins) comment les différences secondaires qui se produisent successivement aux périodes subséquentes de l'évolution correspondent avec les divisions secondaires.
Comme la classification moderne des plantes, la classification des animaux à laquelle nous sommes à présent arrivés, ne conserve plus trace de Tordre rectiligne. Dans ses leçons à l'Institution royale, en 4857, le professeur Huxley exprimait les relations existantes entre les divers groupes du règne animal, en plaçant ces groupes au bout 4e quatre ou cinq rayons divergeant du même centre. Je ^'enai pas la figure; mais, dans les relations qu'on a pu-
bliées de ses leçons à l'École des Mines, les groupes étaient arrangés de la manière suivante :
Yertebrata
(Abranchiata)
Mammalia
Ave»
Rcptilia
(Branchiata)
Amphibia
Visces.
HOLLUSCIk
ANNUtOSA
phalopoda Hetcropoda \
Articulata.
Gasteropoda- >
Insecta
Arachnida
diœcia /
Myriapoda
Grnstacca
Piilmonata Gasteropoda-
Annuloïda.
Pteropoda monœcia
Annellata
Scoleida
Lamellibranchiata
Echinoderinata Trematoda
Rolifera.
Tœniadae
Tui'bellaria
Ncmaloïdea
Infusoria Noctilucidœ
COELENTEBATA
Hydrozoa Aclinozoa
PROTOZOA
Spongiadœ Grc^arinidœ
Foraminifcra ThallassicoUiâœ.
Ce qui paraît demeurer encore de la succession recliligne dans quelques-unes de ces subdivisions, est simplement un accident résultant des nécessités typographiques. Chacune de ces subdivisions doit être considérée comme un groupe. Si le professeur Huxley venait à réviser ce tableau, il séparerait probablement d'une manière plus complète quelques-unes des grandes subdivisions, conformément aux idées exprimées dans ses Leçons Huntérienncs au Collège des Chirurgiens, en 1883. S'il voulait tracer TarrangeineAt du. règne animal, en dispersant les groupes secondaires et tertiaires d'après le même principe, il arriverait à un arrangement qui ne différerait probablement pas beaucoup de la figure suivante :
CÏ.ASSIFICATION.
tammalia
^'k^k Aves
k *•• Reptilia VERTEBRATA
ropoda -k
Ueropoda Mnccia ^
ILUU8CA
Ar Cephalopoda
"k A Gasteropoda ^ K diœcia
-k Pulmonata
Insecta -kk-k
Amc/>«irfa -K
k k k Crustacea • • •
ARTIGULATA
i*r Myriapoda
ANNULOtDA
-kk Echinodermata k ^■
k Brachiopoda
^LLUSCOIDA
A Polyzoa k
RhiX'Opoda
kk
Hydroxoa
CSLENTERATA
k k Actino%oa
k Gre garinida PROTOZOA
Spongida k k
Infusoria k k
Dans cette figure, les astérisques représentent les ordres, dont il n'est pas possible d'insérer les noms. Supposez que chacun de ces astérisques se résolve en un groupe formé de groupes représentant les genres et les espèces, et vous aurez une idée approximative des relations qui unissent les groupes successivement subordonnés qui constituent le règne animal. Outre la subordination des groupes et leur distribution générale, d'autres faits sont indiqués dans ce tableau. La distance qui sépare les grandes divisions du centre général symbolise grossièrement l'écart qui les éloigne de la forme simple, non différenciée, de matière organique, que nous pouvons considérer comme leur point de départ commun. Dans chaque groupe, l'éloignement du centre local représente, grossièrement, l'écart qui éloigne chaque subdivision du plan général du groupe. La distribution des groupes secondaires dans chaque sous-groupe est telle, dans la plupart des cas, que ceux qui se rapprochent le plus des groupes voisins sont ceux qui présentent avec ces groupes le plus de ressemblance dans leurs analogies, si non dans leurs homologies. Toutefois, nulle figure ne saurait donner une idée exacte. Même en supposant que la figure ci-dessus exprimât les relations des animaux les uns à l'égard des autres aussi bien qu'elles peuvent être représentées sur une surface plane (ce qui n'est pas), elle serait encore insuffisante. De telles relations ne sauraient être représentées dans l'espace à deux dimensions, mais seulement dans l'espace à trois dimensions.
§ 101. En même temps que les arrangements des classifications botaniques et zoologiques revêtaient un caractère plus naturel, leur nomenclature abstraite devenait artificielle en quelque sorte. En agrégeant des groupes plus petits en
des groupes plus grands, et ceux-ci en des groupes encore plus grands, les naturalistes ont adopté certains termes généraux pour exprimer des divisions dans l'ordre de Taccroissèment de leur compréhension , et l'usage habituel de ces termes, nécessaires par ce qu'ils conviennent, conduit à supposer tacitement qu'ils répondent à des choses existant réel* lement dans la nature. On a admis que les espèces, les genres, les ordres et les classes, sont des assemblages d'une valeur définie, que chaque genre est l'équivalent de tout autre genre, au point de vue du degré de netteté de son caractère, et que les ordres sont séparés par des lignes de démarcation qui sont aussi larges à un endroit qu'à l'autre. Bien que cette conviction ne soit pas formulée, les disputes qui renaissent sans cesse parmi les naturalistes, sur les questions de savoir si tels organismes sont spécifiquement ou génériquement distincts, et si telle ou telle particularité possède ou non l'importance d'un caractère ordinal, ces disputes révèlent que cette conviction est entretenue par ceux mêmes qui ne l'avouent pas. Pourtant il suffit que des différences d'opinion comme celles-ci ne cessent de se produire et demeurent sans solution, à moins de donner lieu à l'établissement de sousespèces, de sous-genres, de sous-ordres, de sous-classes, pour prouver que cette conviction n'est point justifiable. Ce qui le démontre le mieux, c'est qu'il est impossible d'obtenir une définition du degré de différence qui autorise une promotion dans la hiéi^rchie des classes.
C'est une hypothèse toute gratuite que d'admettre que les organismes puissent être rangés dans des groupes de valeur équivalente , et que ceux-ci puissent être réunis en des groupes plus larges qui aient aussi une valeur équivalente; et ainsi de suite. Il n'y a pas de raison à priori d'attendre ce résultat, et il n'existe pas de témoignage à po^Wmri qui l'implique,
sauf la pétition de principe qui consiste à dire qu un cai*actère distinctif est générique ou ordinal, parce qu'on suppose que tels caractères doivent être génériques ou ordinaux. L'effort que Ton fait pour colloquer des plantes ou des animaux dans des compartiments définis, ressemble à celui qu'on fait pour les obligera entrer dans une série rectiligne. iS'on qu'il fasse autant de violence aux faits, mais il leur fait violence. Sans doute il est extrêmement utile de faire des divisions et des subdivisions, ou mieux, c'est absolument nécessaire. Sans doute, aussi, pour ramener les faits à des arrangements qui ressemblent à de l'ordre,, il faut les. violenter quelque peu. Il n'y a pas de mal à le faire, tant que la forme violentée n'usurpe pas la place de la forme réelle. Mais il ne faut pas oublier que, si nos groupes subordonnés par séries correspondent d'une manière générale aux réalités , ils ne laissent pas de donner aux réalités une régularité qui n'existe pas.
§ 102. Ces classifications mettent en lumière une vérité générale d'une grande importance. Quand nous considérons les attributs communs aux membres d'un groupe de premier, ou de second, ou de troisième, ou de quatrième rang, nous voyons que les groupes de la plus grande généralité sont basés sur des caractères de la plus grande importance au point de vue physiologique, et que les caractères des groupes subordonnés par séries, sont des caractères d'une importance subordonnée. La particularité de structure par laquelle tous les membres d'un sous -règne diffèrent de tous les membres d'un autre sous-règne est une particularité qui influe sur les actions vitales plus profondément que ne fait la particularité de structure qui distingue tous les membres d'une classe de tous les membres d'une autre classe. Voyons quelques exemples.
CLASSIUCATJON. 373
Nous avons vu (§ 55) que la plus profonde division entre les fonctions est celle qui les sépare en « accumiUation de force (force latente dans la substance nutritive), en dépense de force (force latente dans les tissus et certaines matières absorbées par les tissus) et en transmission de force (force latente dans la substance nutritive élaborée, ou sang). » Or, les animaux inférieurs réunis sous le nom général de protozoaires, sont ceux dans lesquels il n'y a pas de séparation, ou bien il n'y a qu'une séparation très-peu tranchée des parties chargées d'accomplir ces fonctions : chez les rhizopodes toutes les parties sont également accumulateurs de force, dépenseurs de force et transmetteurs de force; et, bien que chez les membres les plus différenciés du groupe des infusoires, il existe quelque chose qui ressemble aux spécialisations correspondantes à ces fonctions, pourtant il n existe pas de tissu distinct qui leur soit approprié. Les animaux appelés cœlentérés ont pour caractère commun que la partie qui accumule de la force est plus ou moins dis-^ tincte de celle qui n'en accumule pas, mais qui ne fait qu'en dépenser. Les hydrozoaires et les actinozoaires, subdivision des caelentérés, diffèrent en ce que, chez les uns, ces parties sont vaguement différenciées et que chez les autres elles sont nettement séparées; en même temps que plus compliquées. Outre une différenciation plus complète des organes respectivement consacrés à l'accumulation de force et à la dépense de force, les animaux appelés moUuscoïdes possèdent de grossiers organes pour la transmission de la force; le sac péri-viscéral, ou cavité close située entre l'intestin et les parois du corps, sert de réservoir à la substance alimentaire absorbée, d'où les tissus circonvoisins tirent les matériaux dont ils ont besoin. Les animaux d'une organisation supérieure, à quelque sous-règne qu'ils appartiennent, pos-
37i LES INDUCTiœiS DE lA BIOLOGIE.
sèdent sans excepUon des condnils à stinicture définie pour k transmission de la force ; el dans tous, la fonction de la dépeese se partage entre un appareil directeur et un appareil exécutif, un système nerveux et un système musculaire. Mais ces sous-règnes supérieurs sont nettement séparés les uns des autres par des difiérences dans les positions relatives des systèmes d*oi^anes qui les composent. Le professeur Huxley définit le type des vertébrés, un type dans lequel le système nerveux ganglionnaire est placé sur le côté dorsal du canal alimentaire, tandis que le système vasculaire central réside sur le côté ventral, et dans lequel existe de plus un second système nerveux plus remarquable que le premier, situé sur le côté dorsal de l'axe vertébral : propriété nouvelle qui est peut^tre le caractèi^ le plus essentiel du groupe. Les types des annelés et mollusques sont l'un et l'autre distingués du type vertébré par l'unicité du système nerveux, et sa position sur le côté ventral du corps : l'attitude habituelle des annelés et des mollusques est telle que les centres nerveux sont placés au-dessous du canal alimentaire, et les centres sanguins au-dessus. En mêfhe temps que ces caractères séparent les types annelé et mollusque du type vertébré, une chose les sépare l'un de l'autre, c'est que chez les uns le corps « se compose de segments successifs, ordinairement pourvus de membres », et que chez les autres il n'est pas segmenté, < et ne porte pas de membres, articulés ».
Après avoir distingué l'un de l'autre les .tjous-règnes, d'après la présence ou l'absence de parties consacrées à des fonctions fondamentales, ou d'après dos différences dans la distribution de ces parties, nous rencontrons en descendant l'ordre des classes, qu'elles se distinguent les unes des autres, soit par des modifications dans la structure des
€LASSIFICATIOiN. 375
parties IbadameotaleSy soit par la présence ou rabsence de parties subsidiaires, ou par ces deux caractères. Les poissons et les amphibiens diffèrent des vertébrés supérieurs en ce qu'ils possèdent des brandiies, soit duranl toule leur vie, soit durant les premiers temps de la vie. Tout vertébré supérieur a pour caractère, non-seulement de posséder des poumons, mais, pendant sa période de développement intra-utérin, un amnios et une vésicule allantoîde. De plus, les mammifères se distinguent des oiseaux ei des reptiles en ce qu'ils ont des mamelles, aussi bien que par la forme de leurs eondyles occipitaux. Chez les mammifères, la division suivante repose sur la présence ou l'absence d'un placenta. Enfin les divisions des animaux placentaires sont surtout distinguées par les caractères des organes de l'action externe.
Ainsi, sans multiplier les faits et sans descendre aux genres et aux espèces, nous voyons que, généralenaent parlant, les groupes successivement plus petits se 'distingU'ent entre eux par des trails d'une importance successivement moindre au point de vue physiologique. Les attributs que possèdent en commun les plus grands groupes d'organismes sont en petit nombre, mais absolumenl essentiels : ils affectent radicalement les actions les plus vitales. Tout assemblage secondaire compris dans l'un des assemblages primaires se trouve caractéiisé par d'autres attributs communs qui influencent les fonctions moins profondément, et ainsi de suite à chaque ordre inférieur de l'assemblage.
§ 103. Quelle interprétation peul-on dofnner de ees variétés de classification? Nous trouvons que les formes organiques peuvent être disposées de manière à exprimer partout le fait qu'à côté de ceitains attributs existent toujours
d*aulres attributs qui ne sont pas rattachés aux premiers par un rapport direct. Comment rendre compte de ce fait? Et comment rendre compte de cet autre fait que les attributs communs aux plus vastes assemblages de formes organiques sont les attributs des plus essentiels?
On ne saurait croire que les combinaisons de ce genre aient pu se produire fortuitement; ou bien, si l'on étaî^ porté à l'admettre, il serait aisé de voir que la loi des probabilités repousse cette hypothèse. Même en supposant que des combinaisons fortuites d'attributs donnent lieu à des organismes, nous manquerions encore d'une raison qui nous explique le mode spécial de combinaison de ces organismes. Il y a une infinité de chances contre une qu'il ne se produira pas des organismes possédant en commun certains attributs fondamentaux qui possèdent aussi en commun des attributs non essentiels.
Personne n'affirmera non plus que ces combinaisons sont nécessaires, par la raison que toutes les autres seraient impraticables. Il n'y a pas dans la nature des choses de raison pour que les créatures couvertes de plumes aient toujours un bec; des mâchoires armées de dents leur auraient dans bien des cas* été autant et même plus utiles. Le caractère le plus général de tout un sous-règne aussi étendu que celui des vertébrés aurait bien pu être la possession de membranes clignotantes, alors même que l'organisation intime de ce sous-règne tout entier aurait été construite sur plusieurs plans différents.
D'autre part, si l'on veut expliquer par l'hypothèse d'un plan, la subordination particulière d'altributs que nous présentent les formes organiques, d'autres difficultés se présentent. Supposer qu'un certain plan d'organisation a été fixé par un créateur pour chaque groupe étendu et varié, dont
les membres étaient destinés à mener des genres de vie différenrs, et que le créateur s'est condamné à rester fidèle observateur de ce plan, même pour les formes les plus aberrantes du groupe, alors qu'un autre plan eût mieux convenu , c'est invoquer une raison bien étrange. Quand nous découvrons que l'existence de sept vertèbres cervicales est un caractère général des mammifères, que le cou soit d'une longueur immense comme chez la girafe, ou tout rudimentaire, comme chez la baleine, et que nous sentons que pour le cou de la baleine une vertèbre eût été bien assez, et que pour le cou de la girafe il eût mieux valu une douzaine de vertèbres que sept, dirons-nous que sept est le nombre auquel le créateur s'est conformé dans tous les cas, parce que sept était le nombre fixé pour le type des mammifères? Et puis, s'il arrive que l'existence de sept verlèbres cervicales ne soit pas un caractère absolument universel des mammifères, conclurons-nous que, tout en restant fidèle sans nécessité à son plan par amour de la symétrie, le créateur n'a pas laissé dans quelques cas d'y déroger par une inconséquence? Je crois que nous pourrons bien nous refuser à tirer cette conclusion.
Quel est donc le sens de ces rapports particuliers des formes organiques? Il faut ajourner la réponse à cette question. Nous venons de considérer le problème tel qu'il se présente dans les vastes inductions que les naturalistes ont tirées; et nous avons vu quelles explications de ces inductions sont inadmissibles; nous verrons, dans la troisième partie de ce livre, quelle est la seule solution qu'on en puisse donner.