‹ Principes de chimie biologiqueChapitre 34 sur 94 · GLOBULES ROUGES OU SANG · texte numérisé non relu

GLOBULES ROUGES OU SANG

Les globules du sang sont des composés complexes, lis diffèrent non-seulement dans les diverses espèces animales, mais encore chez le même individu. Ils ne pouvent être regardés comme des corps définis, résultant d'une combinaison chimique nettement déterminée. Us paraissent n'être qu'un mélange d'éléments de plusieurs ordres, dont les uns existent toujours d'une manière constante, et dont les autres, d'une nature plus variable, ne sont peut-être que des produits de décomposition des globules eux-mêmes. Enfin, diverses matières sont spéciales aux globules du sang de certaines espèces animales.

Les globules sanguins présentent chez l'homme et les mammifères la forme de petits disques circulaires,

904 GHimE BIOLOGIQUE.

aplatis, plus épais à leur bord qu'au centre qui est déprimé. Dans la famille des caroéliens seuls, les globules sont ovalaires. Leur diamètre est de O'""*,0069 chez l'homme, et de 0'^,007 pour la moyenne de tous les mammifères suivant M. Milne-Edwards. Ils ont une forme différente pendant la vie embryonnaire. Ils sont alors discoïdes et biconcaves, quelques-uns sont sphériques, d'autres ovoïdes, et leur diamètre est plus grand que chez l'animal adulte. Us paraissent dépourvus de noyau chez l'homme, les mammifères adultes, et même les caméliens, qui par la forme de leurs globules se rapprochent des animaux chez lesquels l'existence d'un noyau n'est pas douteuse. Chez l'embryon, ils possèdent au contraire un noyau. Selon M. Robin, ces noyaux persistent jusqu'à ce que l'embryon ait atteint une longueur de 2«5 à 30""". A partir de celte époque, le nombre des globules pourvus de noyau vn en diminuant, et on n'en trouve plus au quatrième mois de la vie intra-utérine. Dans l'état embryonnaire, les noyaux sont sphériques, bien limités, longs de 3 à 4 millièmes de millimètre. Us occupent le plus souvent le centre et quelquefois un des côtés des globules. Toutes les autres classes animales dont le sang est rouge ont des globules avec noyaux. Quelques er>j)èces, comme les grenouilles, paraissent en plus avoir des masses granulées entre le noyau et la périphérie.

Préparation. — Les globules du sang possèdent un poids spécifique plus grand que celui du plasma ou du sérum. On peut, en retardant la coagulation chez l'homme et la plupart des animaux, obtenir un dépôt

de globules, mais jamais par cette méthode on ne les sépare complètement du liquide qui les baigne. On ne parvient pas davantage à les retenir par la filtratien. On ne connaît aucun liquide avec lequel on puisse laver le filtre sans les altérer. On a, sans plus d'avantage, essayé à utiliser Faction de la force centrifuge. '

Le seul procédé qui donne de bons résultats est fondé sur l'action des dissolutions salines. Les solutions des sels alcalins neutres, employées à un degré de concentration convenable, à une température qui ne doit pas être trop élevée, enlèvent de Teau aux globules du sang,mais n'altèrent pas leur composition. Établis d'abord par Berzelius, ces faits ont été confirmés récemment encore par Hoppe Seyler sur le sang des chiens et des oies. M. Figuier appliqua le premier les dissolutions des sels neutres à l'analyse du sang, et reconnut qu'une dissolution de sulfate de sodium marquant 16 à 18° à l'aréomètre de Baume, sépare complètement les globules, et les maintient à la surface du filtre, lorsqu'on emploie deux volumes de la solution pour un volume de sang.

Au lieu de sulfate de sodium, il «st plus avantageux d^employer le chlorure de sodium pour la recherche qualitative, aussi bien que pour le dosage des globules. On bat le sang pendant dix minutes pour lui enlever la fibrine, on le passe dans une étoffe de laine bien sèche, et on le mêle à dix fois son volume d'une dissolution saturée de chlorure de sodium éten* due de dix volumes d'eau. Après avoir agité, on aban-

donne à lui-même le mélange dans une capsule de verre maintenue, à 0*^. Lorsque les globules du sang sont déposés, on décante le liquide ; on ajoute de nouveau la dissolution de chlorure de sodium ; on laisse déposer, et on recommence ces lavages 3 ou 4 fois du suite.

Les globules du sang de cheval se précipitent assez rapidement pour qu'on puisse les séparer en abandonnant ce liquide à lui-même, sans ajouter de sel marin. Ceux du bœuf, du mouton, du cochon se déposent très-lentement et moins rapidement que ceux de Phomme, du chien, du chat, du cochon d'Inde , du rat. En général, plus la température est élevée, plus les globules sont lents à se précipiter et prompts à se décomposer.

Composition. — Les globules sanguins sont formés de substances complexes. Hoppe Seyler a donné la méthode suivante pour les séparer les unes des autres.

On place dans un flacon une bouillie de globules sanguins obtenus par la méthode précédemment décrite, on la mêle avec un peu d'eau, on l'agite avec dix fois son volume d'éther, et on laisse digérer pendant quelques heures. On décante Téther et en répétant plusieurs fois le même traitement on entraine la cholestérine et une partie de la matière phosphorée. Le liquide privé d'éther contient, suivant l'espèce animale, soit de l'albumine coagulée flottant sur une dissolution brun rouge (oiseau, bdÈ^uf, homme), soit de Talbumine coagulée mêlée à la matière colorante cristallisée (chieUf rat)i Dans ce dernier cas, la dissolution

SAHG. Wl

est quelquefois incolore. On verse le contenu du flacon sur un filtre à plis. L'excès d'éther et la dissolution rouge passent ensemble et peuvent être alors facilement séparés l'un de l'autre. A Talbumine qui reste sur le filtre on enlève la cholestérine qu'elle retient encore par des lavages à l'éther, puis la matière colorante, en la maintenant avec un peu d'eau chauffée an bain-marie à 30^, si on opère sur du sang de chien on de cochon d'Inde. La solution éthérée contient la cholestérine et la plus grande partie de la matière phosphorée, la solution aqueuse la matière colorante, les phosphates alcalins, le chlorure de sodium et une matière extractive indéterminée. Une petite, mais très -insignifiante quantité de matière colorante, se fixe toujours sur l'albumine.

Les opinions ont varié sur la structure des globules sanguins. On admet aujourd'hui qu'ils sont constitués par de petites masses à peu près homogènes, solides, molles, élastiques, insolubles dans l'eau, sans membrane extérieure, le stroma, unies à une matière colorante, l'hémoglobine. Le mode suivant lequel cette union se produit est encore inconnu. On ignore s'il y a simple imprégnation du stroma ou combinaison véritable entre lui et l'hémoglobine.

Du stroma des globules. — Les globules contiennent de l'hémoglobine unie à un stroma constitué par une substance albuminoîde et de petites quantités de lécithine, de cholestérine; ils renferment des sels divers, principalement du phosphate de potassium, et de l'eau dont le poids est deux ou trois fois plus consi-

dérable que celui des principes solides. A ces éléments, il faut ajouter l'oxygène qui est fixé sur les globules pendant la respiration, et qu'on ne peut enlever que par le vide ou par certains agents réducteurs.

Le stroma peut s'extraire du plasma du sang ou simplement du sang défibriné. On fait tomber le sang goutte à goutte dans un creuset métallique refroidi à à — 13° par un mélange de glace et de sel marin, en ayant soin de n'ajouter de nouvelles gouttes que lorsque lé sang précédemment introduit est tout à fait coagulé. On laisse ensuite le sang se dégeler jusqu'à environ 20°. Une transformation particulière se produit. La matière colorante qui était contenue dans les globules, passe dans le sérum, tandis que ceux-ci se décolorent. Leur densité augmente avec la perte de la matière colorante, et ils tombent rapidement au fond du liquide dans lequel ils nagent. On ne peut les recueillir sur un filtre, mais si on les observe dans le sérum coloré, on reconnaît facilement qu'ils ont une forme et une élasticité semblable à celle des globules non transformés. Soumis plusieurs fois à l'action du refroidissement, ils disparaissent ^t passent dans le sérum coloré. Le stroma est insoluble dans le sérum, les dissolutions salines étendues, dans l'eau distillée à 60®. Refroidi à 0°,il reprend l'aspect gélatineux, et par Taction de la chaleur retrouve sa limpidité première. Il se dissout môme à froid dans le sérum contenant de l'éther, de l'alcool, du chloroforme, dans beaucoup d'acides étendus, les dissolutions alcalines.

RoUett en faisant agir sur le stroma l'étincelle d'un

SAMG. 200

appareil d'induction obtient un passage beaucoup plus rapide de la matière colorante dans le sérum, pendant que les globules se plissent et reviennent sur eux-mêmes en diminuant de volume.

Matières albuminoïdes ile$ globules du saug. — Les globules du sang contiennent une substance de nature albuminoide qui jouit des propriétés de la substance fibrino-plastique de Schmidt. On peut facilement l'extraire des globules privés de sérum. On les étend d'eau et on y fait passer un courant d'acide carlH)niquc tant qu'il se sépare des flocons de substance fibrinoplastique soluble dans Teau qui contient de l'oxygène en dissolution. Jloppe a obtenu la même substance en ajoutant 1 0 volumes d'une solution saturée de chlorure de sodium à trois volumes de sang défibriné. Il sépare les globules qui se sont déposés après un repos de vingt-quatre heures, les lave de nouveau avec du chlorure de sodium etles dissout dans l'eau. Il recueille une substance gélatineuse qu'il purifie en l'agitant avec un mélange d'eau et d'éther et la rassemble sur un filtre. Cette matière possède les réactions de la substance fibrino-plastique ; elle est soluble dans les dissolutions salines, les alcalis étendus, l'acide chlorhydrique faible, et capable de se coaguler par addition de fibrinogène. Elle ne se décompose pas sous rinfliience de l'hémoglobine ; elle peut, sans se modifier, préexister dans le stroma à côté de la matière colorante.

Matière phosphorée et cholestérine. — Une grande partie de la substance du stroma est formée par une

210 GHDflE BIOLOGIQUE.

matière grasse phosphorée, capable, lorsqu'on la fait bouillir avec de l'eau de baryte, de se transformer en névrine et en acide phospho-glycérique. Cette réaction est semblable à celle que produit une substance très-abondante dans le tissus nerveux, la lécitbine. Hermann fait remarquer que le stroma des globules du sang se comporte de la même manière que la matière phosphorée extraite du cerveau en présence des dissolvants, éther, chloroforme, alcool, et conclut à leur identité.

On. extrait la matière phosphorée avec le sang défibriné, ou mieux encore avec les globules préparés d'avance. On traite ces derniers déposés sous forme de bouillie aqueuse par une quantité d'éther suffisante pour obtenir deux couches superposées. On chauffe doucement l'éther, on décante et on répète plusieurs fois ce traitement. On réunit les solutions éthérées et on les évapore lentement. On obtient une masse cristalline qui renferme des traces de matières grasses, de longs cristaux de cholestérine, de fines aiguilles de matière phosphorée et quelques-uns de ses produits de décomposition. On purifie la lécithine en la traitant successivement par l'eau, puis par Téther froid dans lequel elle est presque insoluble. Le résidu dissout dans l'alcool à 50° se dépose en cristaux par le refroidissement.

Hermann n'a pas trouvé de lécithine dans le sérum. D'après Hoppe Seyler, en traitant le dépôt aqueux des globules par l'éther, on obtient trois couches, une inférieure aqueuse, une supérieure éthéree et une

Page 1