XXI) INTRODUCTION
latif et du pouvoir judiciaire. Les tribunaux civils ont été investis du droit de juger des questions électorales par appel d'une décision d'un préfet (i).
On a déclaré, dans la loi de i833, que les grands travaux de routes , de canalisation , etc. , seraient ordonnés par le pouvoir législatif ; que les tribunaux judiciaires auraient le droit d'examiner si l'administration avait accompli toutes les formalités. Aussi j dans la discussion de cette loi , on a entendu MM. Mauguin , Teste , Baude , Parant , s'élever avec énergie contre des principes qui méconnaissaient , selon eux , le dogme fondamental de la séparation des pouvoirs.
Un de ces honorables députés , M. Mauguin , fut tellement frappé de la mesquinerie de la discussion y qu'il s'écria : « Que faisons-nous en par- » lant toujours de l'intérêt individuel et de localité?
(i) Innovation malheureuse ! Gardons-nous bien d'introduire la politique dans le sanctuaire de la justice ordinaire. Qu'au moment suprême des révolutions , il reste au moins debout , pure , intacte , vierge de soupçons , la justice. Pense-t-on que la cour suprême e(it traversé 1793, si sa mission n'eut pas été toute civile?..*. Pour donner des garanties à certains droits , il ne faut pas compromettre l'avenir de rinstitution la plus respectable et la plus nécessaire.
SEPARATION DES POUTOIRS. XXU|
» Nous faisons du patriotisme de village. Il £iut » cependant que l'intérêt privé ne puisse pas pré- » valoir conti'e l'intérêt général : l'intérêt général, n celui de la France , voilà ce qui doit nous occuyy per ! La France , voilà ce que nous devons voir ! » Gardons-nous , par trop de respect pour l'intérêt » individuel , de compromettre des travaux qui » intéresseraient toute la France (i). »
Bien pensé, et bien dit ; en France, on se préoccupe beaucoup , par un égoïste individualisme , de la liberté , du bien-être , et même de la satis* j&ction de chacun ; mais veiller à l'intérêt de tous, à la grandeur, à l'élévation , à la force , à la prospérité du pays , c'est être homme du pouvoir (a). Avec les mille bouches de la presse souvent sentinelle perdue ; avec la liberté d'imprimer tout ce qui est bon , tout ce qui est mauvais , tout ce qui est vrai , tout ce qui est faux ; avec la parole libre et retentissante des tribunes parlementaires , on ne doit pas craindre les empiétements du pouvoir exécutif, à moins qu'il ne s'agisse d'empiétement d'un maire de village , qui n'a point dans sa com-
(i) M. GiLLON, de r Expropriation ^ p. 43* (a) Chacun , est égoïste ; et tous , est somment un ingrat* (Ortolan ; Biographie de M. Dupin^ p. 31 s.)
Xxiv INTRODUCTION.
mune de presse satirique à redouter, et qui se croit un petit souverain , parce qu'il est Télu du peuple
Ecoutons les enseignements d'un homme qui n'est pas habitué à flatter le pouvoir, de M. de Cormenin (i) :
» Prenons-y garde , et ayons la bonne foi d'en » convenir : ce n'est pas aujourd'hui du côté de » la couronne que vient le danger : elle n*asser- » virait les chambres que si elle pouvait leur )) ôter la parole : tant qu'elles parieront, les cham-
» bres seront toujours assez puissantes et la na- » tion toujours assez avertie. »
Les gouvernements , les sociétés ont à suivre pour leur conservation , pour leur administration , un autre ordre d'idées, de principes, de règles que ne l'exige l'intérêt des communes et des particuhers.
Cette organisation sociale dont on a vu , à des époques d'énergie populaire , resserrer les liens , pour leur donner la puissance d'une vapeur comprimée , cette organisation, en temps de paix, doit
(i)P. 53, cd. de 1818.