‹ Principes de dressage et d'équitationChapitre 13 sur 92 · TRAVAIL A LA LONGE · texte numérisé non relu

TRAVAIL A LA LONGE

à main gauche, — c'est-à-dire l'épaule gauche placée à l'intérieur du manège, — je laisse tomber la chambrière, je tâche de calmer le cheval de la voix, puis je raccourcis ma longe jusqu'à ce qu'il soit près de moi. Je lui parle doucement, et le caresse de la main sur l'encolure % ensuite sur la tête, s'il veut bien se laisser faire, puis je défais la longe et la boucle à l'anneau du filet du côté droit.

Après un léger repos, je fais recommencer, du côté droit, pendant cinq minutes, les mêmes exercices. Ce travail terminé, je laisse de nouveau tomber la chambrière, je fais un appel de voix en tirant doucement sur la longe pour ramener le cheval à moi et je le caresse de nouveau.

A mon sens, cet exercice est indispensable au début du dressage. Qu'on me permette d'en donner un peu longuement les raisons, car j'y attache une réelle importance.

Un jeune cheval est presque toujours inquiet, craintif: un rien l'effraye, les ombres, les murs ou les objets qui y sont accrochés. Forcément il s'éloigne de ce qui lui fait peur et se jette en dedans du manège qui est libre, puisque je suis seul au centre. Si je lui montre la chambrière en m' avançant de son côté, il la fuit d'instinct et se reporte au mur où il est aisément maintenu par la chambrière tendue vers son épaule.

Placé entre la menace que je lui fais et un objet

i. Tous les chevaux acceptent les caresses sur l'encolure.

quelconque dont il a eu peur et qu'il a fui, il retourne vers cet objet qui, immobile, lui paraît moins redoutable que la chambrière. Quand il a franchi plusieurs fois, grâce à ce procédé, l'endroit où il a eu peur, il finit par ne plus éprouver aucune crainte. On remarquera qu'il n'a pas été nécessaire d'en arriver à la correction, dont on ne doit user qu'à la dernière extrémité.

Au surplus, si le cheval est trop vigoureux, je lui aurai donné par un bon temps de trot ou même de galop, s'il le préfère, le moyen de se débarrasser de son excédent d'énergie : il sera donc plus docile et plus attentif. S'il est mou S je lui aurai appris, par quelques coups de chambrière, qu'il doit se porter en avant.

En tout cas, j'aurai obtenu un résultat : le cheval n'a plus peur des objets qui l'environnent; il s'}^ est habitué promptement, parce que, n'ayant personne sur son dos qui le gêne dans ses mouvements et l'inquiète, il a la perception plus libre. J'aurai obtenu cela sans lutte, sans grands efforts, sans avoir eu à

1. Il ne faut pas confondre le cheval mou avec le cheval froid. Le cheval mou, s'il est convenablement alimenté et exercé, peut devenir allant. Le cheval /ro/if^ au contraire, peut très bien avoir de la vigueur musculaire, mais il répugne à en faire usage, ou plutôt il n'en fait usage que lorsqu'il lui plaît. C'est ce qui le rend dangereux pour les cavaliers inexpérimentés. Il n'y a de vraiment sûr que le cheval généreux. Le cheval trop chaud est insupportable et cherche à s'emballer; mais je le préfère au cheval froid. La première qualité du cheval, c'est ô.\woir du cœin- ou, comme on dit, d'être alLint.

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subir les bonds ou les écarts d'un cheval monté trop frais, et sans m'être exposé à rouler à terre avec un cheval qui, ignorant du terrain, pose maladroitement le pied et tombe !

J'ai de plus appris au cheval à connaître, à supporter et à craindre la chambrière, ce qui est d'une très grande utilité, car si, plus tard, monté par un cavalier insuffisant, il refuse de se porter en avant, l'emploi de la chambrière sera tout indiqué. Souvent sa vue seule suffira pour que le cheval, qui la redoute, se porte en avant. S'il ne le fait pas, on devra alors le toucher légèrement sur les fesses, mais toujours avec ménagement, toute brusquerie ou toute surprise pouvant provoquer une défense.

Ce travail à la longe a encore un autre avantage : il permet de pousser le cheval dans le trot et de porter cette allure jusqu'à V extension, en faisant chasser Tarrière-main, par l'action de la chambrière. Enfin, on met ainsi l'animal dans la nécessité, qui devient une habitude, de se soutenir par lui-même ^ Il acquiert par cet exercice, pris en toute liberté, la souplesse, la confiance, l'adresse et la sûreté de pied. Ne sont-ce pas là des qualités premières?

Le cheval, maintenu à une allure vive pendant toute la durée de la reprise, qui est de cinq minutes de chaque côté, acquiert en outre de Thaleine, ses pou-

I. Le cheval attelé s'appuie au collier; le cheval monté à la main du cavalier; le cheval à la longe est obligé de chercher en lui-même son équilibre indépendamment de tout appui.

mons étant obligés de fonctionner largement. Il prend enfin un exercice nécessaire, qu'il n'aurait pas avec les premières leçons montées, puisqu'elles ont lieu au pas.

Aux deux ou trois premières leçons, je laisse le cheval aller aux allures qu'il lui plaît, pourvu qu'elles soient vives et qu'il suive le mur. Dans les leçons suivantes, j'exige le trot.

Obtenir le trot est chose facile. On doit y arriver avec n'importe quel cheval à la troisième ou quatrième leçon, sans le secours d'aucun aide. Je dis sans le secours d'aucun aide, parce que les dresseurs, en général, ont l'habitude d'opérer à deux. Ce faisant, ils suivent les prescriptions de presque tous les ■ouvrages parus jusqu'à ce jour, qui ont tous recommandé cette façon de procéder. Je la trouve défectueuse, parce qu'il n'y a jamais un accord parfait entre les mouvements des deux hommes. Il arrive que celui qui tient la chambrière frappe quand il ne le faut pas, ou bien que celui qui tient la longe arrête le cheval alors que le premier le pousse, ce qui provoque un •désaccord qui n'a pas lieu quand le dresseur opère seul.

Le cheval est au mur, il marche à main gauche; l'écuyer, qui est au centre du manège, doit toujours demeurer face au cheval et à hauteur de son épaule, en le tenant encadré entre la longe qui est devant, tenue de la main gauche, et la chambrière qui est derrière, tenue de la main droite. L'écuyer doit

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