Cette étude est nécessaire pour les" changements de pied
Le cheval d'école et le cheval de promenade doivent galoper à trois temps bien distincts ^
Il faut donc trois temps pour former une foulée de galop. Prenons-la, par exemple, sur le pied droit.
Premier temps. — Jambe gauche de derrière à l'appui (planche XXI, fig. i).
Deuxième temps. — Poser de la diagonale gauche : la jambe droite de derrière et la jambe gauche de devant viennent se poser à terre en même temps (planche XXI,
fig. 2).
Troisième temps. — Poser de la jambe droite de devant (planche XXI, fig. 3).
Indiquons maintenant l'action des aides dont l'écuyer doit se servir pendant cette foulée.
Premier temps. — Jambe gauche fortement soutenue. Le cheval se trouve, en effet, pendant un instant, reposer sur sa jambe gauche seule; mais cet instant est si court, qu'à moins d'une très grande pratique, il est presque insaisissable à l'oeil.
Deuxième temps. — Diagonale gauche. Les deux jambes du cavalier doivent exercer leur pression pour chercher la mise en main.
Troisième temps. — Jambe droite de devant du cheval à l'appui. Le cavalier doit recevoir le cheval légèrement sur la main, d'abord pour le soutenir et
I. Le galop très allongé, ou galop de course, est à quatre temps. Il en est de raeme du galop très raccourci dans le rassembler. Nous en parlons plus loin.
Planche XXI
Fig.II.
2^"^* Temps
Fig m
3^=^ Temps
ensuite pour compléter la mise en main provoquée au deuxième temps par les jambes.
Expliquons maintenant l'effet de ces aides pendant les trois temps formant une foulée de galop.
Premier temps. — La jambe gauche du cavalier doit être fortement soutenue, parce que le cheval se trouve pour ainsi dire debout sur sa jambe gauche, bien que son corps soit incliné en avant et que les autres membres ne se soient pas éloignés beaucoup du sol. Tout le poids du cheval et du cavalier se trouve donc porter sur cette jambe, et si on ne soutenait pas le cheval du côté gauche, il est certain que cette jambe faiblirait sous la surchage et que l'arrière-main dévierait à gauche.
Deuxième temps, — Les deux jambes du cavalier exercent leur pression pour pousser le cheval sur la main. C'est le seul moment du galop où le cheval a deux appuis, et il faut profiter de l'impulsion qu'il va recevoir pour le faire tomber dans la main au temps suivant.
Troisième temps. — Le cavalier reçoit le cheval sur la main.
C'est le moment où il est le plus facile d'obtenir une mise en main complète; car, au deuxième temps, le jarret droit, se trouvant engagé sous le centre, donne l'impulsion maximum, ce dont la main doit profiter pour rassembler davantage.
La main doit également toujours un peu soutenir le cheval, au troisième temps, car il a alors pour seul
i8o DEUXIEME PARTIE.
appui sa jambe droite de devant. C'est généralement à ce moment que les ciievaux font des fautes et risquent de tomber s'ils ne sont pas soutenus.
Je n'indique, bien entendu, que les aides qui prédominent. On comprend assez que les mains et les jambes doivent toujours se prêter un mutuel concours.
Il pourrait sembler, d'après ce que je viens de dire, que c'est la jambe gauche de derrière qui se fatigue le plus dans le galop à droite. C'est en effet l'opinion courante de beaucoup de ceux qui ont écrit sur la matière. Mais rien n'est plus erroné, car le jarret droit étant sous le centre et soulevant toute la masse fait l'effort maximum de la foulée. C'est une question de fait. Je sais bien que le jarret gauche, placé tout à l'extrémité du bras de levier, est dans des conditions d'action beaucoup moins favorables. Mais, précisément parce que la situation du jarret droit sous le centre est plus favorable à la complète utilisation de sa détente, il fait un effort supérieur et, par conséquent, se fatigue davantage. Si l'on regarde attentivement le cheval qui galope à droite, on s'aperçoit bien vite que le jarret et le paturon droit se fléchissent beaucoup plus que du côté gauche, que, par conséquent, leur action de bas en haut est plus prononcée et leur détente plus énergique ^
I. Aussi chez les chevaux dressés pour dames, qui galopent toujours à droite, le jarret droit s'use toujours prématurément. Les dames n'aiment pas le galop à gauche, parce qu'il déplace
VOLTES ET DEMI-VOLTES AU GALOP. iBi
Mettez au galop à droite un cheval ayant un mauvais jarret droit (éparvin sec, courbe ou jardon), il se désunira immédiatement de l'arrière-main, l'effort que vous lui imposez lui causant une souffrance. Mais faites prendre le galop sur le pied gauche au même cheval, il y restera sans changer de pied de l'arrière-main.
Le Jarret droit fera donc plus de force dans le galop à droite, et le jarret gauche dans le galop à gauche. C'est pour cette raison que le cavalier doit soutenir toujours assez fortement ses deux jambes, surtout au deuxième temps. Cela active le jarret qui se trouve sous le centre, pousse le cheval en avant et l'empêche, au deuxième temps, de rester plus longtemps à terre qu'au premier ou au troisième. Si l'on n'agissait pas ainsi, le deuxième temps serait plus lent et plus lourd que les autres.
Voltes et demi-voltes au galop.
Quand j'ai obtenu un galop léger et facile, je fais exécuter de grandes voltes. Il est, en effet, préférable
beaucoup plus leur assiette. Comme elles sont assises à gauche, la détente ne se fait pas complètement sous leur assiette, puisque c'est le jarret droit qui la donne. D'où un déplacement moindre que dans le galop à gauche.
i83 DEUXIEME PARTIE.
de parcourir de grands cercles au début, car il est plus difficile de maintenir son cheval droit dans les petits.
Il est rare que le cheval ne cherche pas à jeter ses hanches, soit en dehors, soit en dedans. Lorsqu'il les jette en dehors, il est plus facile d'y remédier.
Ainsi, prenons le cheval au galop sur le pied droit et tournant à droite. Après avoir approché les jambes, je porte les mains à droite et en avant : à droite, pour détacher les épaules du mur; en avant, pour éviter un temps d'arrêt. La rêne droite du filet* doit tirer à droite, tandis que la rêne gauche pousse l'encolure et par conséquent les épaules à droite, en même temps qu'elle aide la jambe gauche à maintenir les hanches et concourt ainsi à tenir le cheval droit. Si le cheval cherche à jeter sa croupe à gauche, mes deux jambes doivent augmenter leur action pour le pousser plus en avant, la jambe gauche agissant un peu plus vigoureusement que la droite pour maintenir le cheval sur le pied droit. La jambe droite pousse la masse en avant et force les hanches à suivre la même ligne que les épaules.
La raison qui me fait préférer le cheval qui jette ses hanches en dehors est très compréhensible. Dans
I. J'ai déjà dit que je commençais toujours l'apprentissage du cheval dans un travail nouveau, par le filet. Le filet est un agent de direction, le mors un agent de mise en main. A mesure que l'action du filet est acceptée, le mors intervient de plus en plus pour faire et compléter la mise en main. Cette action continuelle du mors pour la mise en main se retrouve dans tous les exercices, associée à l'action du filet pour la direction.
VOLTES ET DEMI-VOLTES AU GALOP. iHj
ce cas, en effet, il se jette sur ma jambe gauche ; j'ai alors recours à l'éperon qui me sert à deux fins : d'abord à empêcher la croupe de dévier à gauche, et ensuite à forcer l'animal de se maintenir au galop sur le pied droit. Tandis que, si le cheval jette ses hanches en dedans du cercle, je suis obligé de me servir avec plus ou moins de force de ma jambe droite, quelquefois même de l'éperon, et je risque ainsi de le désunir de l'arrière-main. Enfin, le cheval qui a les hanches trop en dedans du cercle est acculé. Ces inconvénients se produisent rarement quand on commence par de grands cercles. On ne doit les raccourcir que graduellement et au fur et à mesure que le cheval exécute le travail avec plus de facilité. J'ajoute que, même dans les petits cercles, il faut toujours maintenir le cheval très droit.
Immédiatement après, je commence les demivoltes.
Cet air de manège n'est rien si on se contente de l'a peu près, mais il est très difficile à exécuter d'une manière absolument correcte, ce que, d'ailleurs, j'ai rarement vu.
Le cheval doit quitter le mur, placé bien droit et dans la main, comme pour les voltes. Quand il a fait trois foulées, il doit parcourir le reste du terrain sur deux pistes en regagnant le mur.
Pour passer aux deux pistes, — le cheval galopant toujours sur le pied droit, — la rêne droite du filet tire un peu la tête et l'encolure à droite, tandis que
la rêne gauche, appuyée sur l'encolure, pousse les épaules de gauche à droite; la jambe gauche détermine un mouvement des hanches vers la droite; la jambe droite aide à pousser le cheval en avant et à le maintenir dans la main, ce qui est important, puisqu'il s'agit de gagner du terrain en avant, tout en se portant de côté.
En arrivant au mur qui se trouve à droite du cavalier, — redresser le cheval % — arrêter, mettre en main au pas; puis repartir au galop sur le pied gauche et faire exécuter le même travail sur ce pied.
Quand le cheval exécute bien les demi-voltes, Je les prolonge de quelques foulées de galop sans changer de pied. Ainsi, ma demi-volte commençant au mur qui est à ma gauche, et le cheval galopant sur le pied droit, puisque je tourne à droite, je continue à le maintenir au galop, toujours sur le pied droit, même après la demi-volte, mais pendant deux ou trois foulées seulement dans les premiers temps. Je n'augmente le nombre de ces foulées que peu à peu, en raison de la légèreté et de la facilité du cheval.
C'est la manière la plus simple d'apprendre au cheval à galoper sur le pied droit en tournant à gauche et réciproquement.
Cet exercice est indispensable si l'on veut arriver à obtenir facilement les changements de pied, étant au galop sur l'une ou l'autre piste.
I. Pour que le mouvement soit correct, il faut que les épaules arrivent au mur les premières.
Quand le cheval fait correctement un tour du manège sur la jambe qui est du côté du mur, il faut lui demander souvent, sur les deux mains, des départs à droite ou à gauche, en le tenant toujours le long du mur.
Changements de pied.
Dès que le cheval galope indifféremment sur le pied droit ou sur le pied gauche, il faut que le cavalier puisse mettre son cheval, à sa volonté, au galop sur l'un ou l'autre pied. Il faut, de plus, qu'il sache passer de l'un à l'autre de ces galops sans arrêt, ce qui constitue le changement de pied. Ce n'est pas un travail de haute école, c'est de l'équitation ordinaire, d'un usage courant, non pas seulement au manège, mais au dehors, aussi bien à la promenade qu'à la chasse.
Exemple : Vous êtes au galop sur le pied gauche et vous voulez tourner à droite; il est absolument impossible que vous exécutiez ce changement de direction sans danger. En effet, la jambe gauche du cheval, qui est en avant, passera forcément par-dessus la jambe droite pour exécuter le mouvement tournant, arrêtera cette jambe, l'accrochera, et l'animal tombera. Dans ce cas, le cavalier accuse son cheval et dit qu'il a fait une
i86 DEUXIEME PARTIE.
faute. Il y a eu lourde faute commise, en effet, mais par le cavalier ^
Au galop à gauche, si on veut tourner à droite en conservant la même allure, il est de toute nécessité de mettre auparavant le cheval sur le pied droit. Dans ces conditions, le mouvement s'exécute avec aisance et sans danger. En effet, le cheval a la tête placée et le corps fléchi du côté où il tourne. De plus, c'est la jambe placée en avant qui entame le terrain du côté où se fait le changement de direction*.
Il faut enseigner les changements de pied avec le plus grand soin. Une bonne préparation est le seul moyen d'y amener et d'y habituer le cheval.
Il est très difficile de préciser dans un livre à quel
1. Il pourra arriver assurément que cet accident soit évité et que le cheval réussisse à se maintenir debout tout en se heurtant les jambes l'une contre l'autre. Mais c'est pure chance.
Ce qui cause la chute du cheval qu'on fait tourner à droite pendant qu'il galope à gauche, c'est qu'on le met brusquement dans la position du galop à droite. En équitation savante, on arrive à tourner très bien à droite en restant au galop sur le pied gauche. Il faut pour cela agrandir le mouvement tournant, maintenir toujours le cheval dans la position du galop à gauche, et accentuer même cette position en poussant un peu plus la croupe à gauche par l'action de la jambe droite. Il est plus facile de changer de pied.
2. A propos des changements de direction, je fais trois recommandations : agrandir toujours le cercle autant que possible ; ralentir toujours un peu l'allure en tournant: et, si l'on n'est pas très sûr du changement de pied, — qui est d'autant plus difficile que l'allure est plus rapide. — il vaut mieux, avant de tourner, mettre le cheval au trot et ne reprendre le galop qu'après avoir exécuté le changement de direction.
moment du dressage le cheval est prêt pour apprendre les changements de pied. Je puis seulement dire d'une façon générale que c'est au moment où, par suite de tous les exercices que nous avons décrits, il est devenu franc dans ses allures, souple, léger, bien équilibré, obéissant et surtout attentif aux aides.
Nous sommes arrivés à ce point que le cheval part déjà franchement au galop sur le pied droit étant à main droite et sur le pied gauche étant à main gauche, et qu'il prend aussi le galop non moins franchement sur Tune ou l'autre des deux jambes, qu'il soit à main droite ou à main gauche.
Pour obtenir le changement de pied, voici comment je procède*. Je mets le cheval au galop sur le pied droit, étant à main droite. Quand j'ai fait quelques foulées sur ce pied, j'arrête ; puis je repars sur le pied gauche, tout en restant sur la piste de droite et en a3^ant soin de tenir mon cheval aussi droit que possible. Je recommence très souvent et fais exécuter ce travail plusieurs fois. Je le prolonge jusqu'au moment où je sens que mon cheval reste tout à fait léger dans la main, qu'il prend le galop à la moindre pression des jambes, sans se presser et sans essa3Tr de jeter les hanches hors de la ligne droite.
Pour être bien sûr que le cheval ne se traverse pas, il faut faire les départs éloignés du mur d'un
I. Je rappelle une fois de plus que chaque fois que j'aborde un travail nouveau, c'est toujours à la fin d'une leçon.
mètre environ. Cela est très difficile ^ ; cependant je conseille de s'y appliquer. Le résultat, c'est de forcer l'écuyer à maintenir le cheval très droit sans le secours du mur, en même temps que de l'obliger à beaucoup plus de précision.
Il ne faut pas chercher à obtenir les changements de pied loin du mur avant de les avoir obtenus en le suivant. Il faut aussi que le cheval prenne très facilement le galop sur l'un ou l'autre pied dès que, placé dans la position qui lui permet de le prendre, vous le lui demandez. Il doit suffire de le placer et d'actionner par les jambes pour obtenir le résultat voulu-. Alors je le mets au galop sur le pied droit et je 1'}^ maintiens jusqu'à ce qu'il soit calme, puis je le mets au pas pendant une ou deux minutes. Je le remets ensuite au galop sur le pied gauche et je l'y maintiens comme la première fois jusqu'à ce qu'il soit léger et calme; après quoi je reprends le pas pour quelques instants. Enfin je repars au galop sur le pied droit, et ainsi de suite. Ce sont donc des départs au galop successifs, chaque reprise étant faite sur un pied différent. Peu à peu, je raccourcis les instants pendant lesquels je le laisse au pas entre les deux reprises de galop, de telle sorte qu'il ne fait plus, par exemple, que cinq pas,
1. La difficulté n'est pas de faire le départ, c'est de se maintenir à la même distance du mur en gardant le cheval droit.
2. Placer et animer : principe capital, qui se trouve dans toute l'équitation. Placer par les jambes et les mains, animer par les jambes.
puis quatre, trois, deux, et un seul pas entre les deux reprises. Enfin il arrive à partir alternativement, au galop de pied ferme, sur un pied différent, les reprises n'étant interrompues que par un simple temps d'arrêt.
Ainsi, le cheval parti au galop sur le pied droit s'est arrêté et est reparti immédiatement au galop sur le pied gauche: il a déjà exécuté un changement de pied, mais ce changement a été aidé par un temps d'arrêt. Toutefois, le véritable changement de pied se fait sans temps d'arrêt; c'est pourquoi on l'appelle changement de pied en l'air.
Au point où nous en sommes, le cheval est mûr pour le changement de pied. J'ai la possibilité de le lui faire exécuter sans lui causer la moindre surprise.
Je mets mon cheval au galop sur le pied gauche, étant à main droite. Il galope donc sur le pied du dehors, et j'ai à ce moment comme soutiens la rêne gauche et la jambe droite qui dominent. Quand j'arrive dans un coin du manège, je change complètement mes aides et fais agir la rêne droite et la jambe gauche : ce changement des aides doit se faire avec une très grande décision et un ensemble parfait. Pour que le mouvement soit bien fair, il faut l'exécuter avec une extrême rapidité et sans la moindre secousse. Cette rapidité et ce moelleux ne sont possibles que si on a eu constamment la précaution de faire sentir légèrement l'action de la rêne droite et de tenir la jambe gauche très près, de façon que l'on n'ait qu'à agir un peu plus avec cette rêne et soutenir davantage la
ipo DEUXIÈME PARTIE.
jambe. L'action de la main droite se faisant déjà légèrement sentir et la jambe gauche étant très près, il n'y aura ni secousse ni surprise lorsque vous les ferez dominer à leur tour.
Enfin, comme vous avez habitué votre cheval à partir sur le pied droit, sous l'action de la rêne droite et de la jambe gauche, et que vous lui demandez ce premier changement de pied dans un tournant à droite, c'est-à-dire à l'endroit où il lui est le plus facile de l'exécuter, il est très rare qu'il s'y refuse, même dès la première fois.
Si, toutefois, il arrivait que le cheval n'obéît pas, il ne faudrait pas persister à le pousser avec brusquerie pour l'y contraindre. On l'obligerait ainsi à jeter ses hanches à droite et, de plus, il prendrait peur du changement de pied et se sauverait, effrayé d'une demande qu'il ne comprend pas. Il faut l'arrêter, le mettre dans la main au pas, puis le faire repartir au galop sur le pied gauche et lui redemander le changement de pied; mais attendre pour cela qu'il soit redevenu calme.
Si le cheval manque plusieurs changements de pied, cela prouve que la préparation est insuffisante et qu'il n'est pas mûr pour cet exercice. Ou bien il a été surpris par les aides, s'est sauvé ou s'est jeté de côté; ou bien il n'a pas compris ce qu'on lui demandait. Dans tous les cas, il faut en revenir aux départs.
Je le répète, si le cheval a été bien préparé, cela est extrêmement rare.
Il faut toujours en revenir aux départs^ à droite et à gauche, chaque fois que l'on rencontre une difficulté. On arrive, par ces départs réitérés avec temps d'arrêt, à rendre le changement de pied tellement facile que souvent le cheval l'exécute de lui-même, par le seul effet des préparations auxquelles il est soumis. En effet, quand vous l'arrêtez sur un pied, vos aides doivent déjà préparer légèrement le départ sur l'autre.
Je n'ai jamais demandé un changement de pied sans l'obtenir du premier coup, toutes les fois que j'avais eu le temps de bien préparer mon cheval. Quoi qu'il en soit, après en avoir manqué quelques-uns, le cheval finit toujours par en exécuter un correctement. Il faut alors descendre, le caresser et le renvoyer à l'écurie.
A la leçon suivante, vous devez recommencer le même exercice et le prolonger jusqu'à ce que le cheval change facilement de pied de gauche à droite; puis vous changez et, marchant à main gauche, vous faites de la même façon le changement de pied de droite à gauche.
Évitez de toujours demander le changement de pied au même endroit, car, malgré vous, le cheval arriverait à vouloir changer de pied chaque fois qu'il passerait à cet endroit. Il ferait alors des changements de pied à sa volonté, et il vous serait impossible de les lui faire exécuter régulièrement, puisque votre volonté serait subordonnée à la sienne ^
I. J'ai dit avec quelle facilité le cheval prenait des habitudes en toutes choses. C'est pourquoi dans tout le dressage il
ipa DEUXIEME PARTIE.
Quand j'obtiens facilement les changements de pied dans les coins, de dehors en dedans, je les demande en ligne droite.
Le changement de pied ne doit pas être demandé à n'importe quel temps d'une foulée de galop. Il y a un moment où il est plus facile au cheval de l'exécuter; c'est cet instant qu'il faut saisir pour le lui demander.
Chaque foulée de galop se compose, comme je l'ai dit, de trois temps p.arfaitement distincts et marqués à terre par les pieds du cheval. Mais, en réalité, il y en a un quatrième, qui n'est marqué, pour ainsi dire, par rien, puisqu'il se passe en l'air.
Le cheval étant sur le pied droit, son galop se décompose ainsi : i" temps, jambe gauche de derrière; 2^ temps, jambe droite de derrière et jambe gauche de devant; 3® temps, jambe droite de devant. Le quatrième temps, dont je parle, se trouve au moment où la jambe droite de devant quitte terre et
faut éviter avec le plus grand soin de lui donner des points de repère, soit en lui demandant le même travail dans le même endroit, soit en lui demandant les différents exercices dans la même succession. Cette remarque est d'autant plus importante à mes yeux, que la plupart des écuyers s'appliquent, au contraire, à donner des points de repère au cheval. Cela rend en effet le dressage plus facile, mais ce dressage-là n'est qu'apparent. Le cheval exécute, par routine, un travail donné à un moment donné, à certains endroits et après un autre travail déterminé; mais il n'est pas dressé en ce sens que, loin d'être soumis à la volonté du cavalier, c'est le cavalier qui est obligé de se plier à ses habitudes. Le cheval est habitué ou, comme on dit, routine; il n'est pas dressé.
CHANGEMENTS DE PIED. ipj
avant le poser de la jambe gauche de derrière. A ce moment, comme on le voit, le cheval est en l'air entre le troisième temps d'une foulée et le premier temps de la foulée suivante.
Le meilleur moment pour obtenir le changement de pied, c'est donc à ce quatrième temps, lorsque le cheval est en l'air, entre le troisième temps d'une foulée et le premier temps de la foulée qui suit*.
I. Baucher ne donne aucune indication sur ce point. La plupart des écuyers font le changement de pied à l'appui, au lieu de l'exécuter au moment que je viens d'indiquer, quand le cheval est en l'air. De là un temps d'arrêt inévitable qui détruit le rythme du galop et par conséquent altère le galop lui-même. Le procédé que j'indique maintient au contraire le galop dans toute son impulsion et permet d'allonger ou de raccourcir l'allure, à volonté, dans les changements de pied.
Les changements de pied au temps, exécutés correctement, constituent ainsi une véritable allure. A cette allure-là, je dispose d'une telle impulsion que je crois pouvoir, sans fausse modestie, défier n'importe qui à la course.
[II me sera permis, à ce propos, de reproduire ici la lettre suivante adressiîe au Gil Blas, qui a refusé de la publier. J'ai été assez lieureux pour en obtenir l'insertion dans l'Echo de Paris, mais elle est restée sans réponse.
« Paris, 27 août 1890.
« A Monsieur le Directeur du GIL BLAS « Monsieur le Directeur,
« M. Baron de Vaux a récemment, dans un long article « du GIL BLAS, fortement maltraité mon livre et mon équitation. « Je suis bien loin de m'en plaindre et je n'aurai pas la témérité, « moi qui ne suis qu'tm homme de cheval, de lutter de critique « avec un homme de plume.
« Un point cependant me paraît utile à relever, parce qu'il « peut être soumis à l'épreuve décisive de la pratique.
« Le rédacteur de l'article prétend que, dans les changements
Pour Tobtenir au quatrième temps, il faut le demander au deuxième temps quand la diagonale est à l'appui. Dans le galop à droite, en effet, le résultat de votre attaque de l'éperon droit, au moment où la diagonale gauche est à l'appui, est de provoquer une détente énergique du jarret droit qui jettera fortement l'épaule gauche en avant et qui lui fera dépasser l'épaule droite pendant que le cheval est en l'air.
Enfin, le jarret gauche passera d'autant plus facilement devant le jarret droit qu'il est en l'air au moment où le jarret droit fait sa détente. Dans ces conditions, après l'attaque au deuxième temps, le
a de pied je ne tiens pas mes chevaux droits. Si cela est vrai, « je perds nécessairement du terrain en avant.
« Eh bien ! je propose une course au changement de pied au « temps. C'est là une épreuve originale qui^je crois, n'a jamais « été tentée.
0 Le gagnant sera nécessairement celui dont le cheval sera « le plus droit.
o Puisque M. Baron de Vaux connaît beaucoup d'écuyers qui « trouvent grâce devant sa critique, je lui demande d'employer « toute son influence pour obtenir de l'un d'eux qu'il relève mon « défi.
0 Pour le choix du terrain, pour l'étendue à parcourir, les « conditions de mon adversaire seront les miennes. Il fixera « également l'enjeu qui sera versé à l'Assistance publique.
« Allons, un bon tnouyement. Si ce n'est pas pour l'équitation, « que ce soit pour les pauvres.
« Dix mille francs, par exemple, cela leur ferait bien « plaisir.
a Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l'assurance de
« )7ies sentiments très distingués.
« James Fillis. »
Note de la deu&ième édition.]
CHEVAUX PEUREUX. ipS
troisième temps (jambe droite de devant) perd la plus grande partie de sa valeur d'impulsion dans la foulée et ne s'accentue que dans la mesure où l'équilibre l'exige, car c'est le jarret droit qui a donné le surplus d'impulsion nécessaire pour faire le changement de pied.
Chacun comprend maintenant la dénomination de changement de pied en l'air.
On devra observer les mêmes indications pour le changement de pied en sens inverse, c'est-à-dire de gauche à droite.
Nous n'avons dans ce chapitre parlé du changement de pied qu'au point de vue de Téquilation courante. Nous aurons à y revenir plus tard et avec détails à propos des exercices de haute école.
Chevaux peureux.
On dit communément d'un cheval qu'il est peureux, quand la vue d'un objet, ou un bruit quelconque, l'impressionne assez pour qu'il s'arrête, se jette de côté, se sauve ou fasse un tête-à-queue.
Tout cheval peut être surpris, comme quiconque, d'une façon plus ou moins vive, suivant son degré
ipd DEUXIEME PARTIE.
d'impressionnabilité. Fort heureusement, tous les chevaux ne sont pas peureux.
L'impressionnabilité peut être diminuée, modifiée beaucoup par le dressage. Il s'établit, à l'usage, une sorte de confiance réciproque entre le cavalier et le cheval. Si celui-ci n'a pas été brutalisé, s'il n'a jamais été poussé violemment sur l'objet qui l'a effrayé, si la présence du cavalier, en un mot, le rassure au lieu de l'inquiéter, il se trouble moins et se laisse aller moins facilement à la frayeur.
Je pose donc comme un principe qu'il ne faut jamais battre le cheval impressionné ou effrayé par un objet extérieur. Il faut, au contraire, prévenir ou calmer cette impression en le rassurant par des caresses.
Le cheval, nous l'avons dit, a peu d'intelligence. Il n'a pas de raisonnement; il n'a que de la mémoire. S'il a été battu lorsqu'un objet s'est présenté subitement à ses yeux et l'a effrayé, il liera dans sa mémoire l'objet et la correction, qui pour ainsi dire ne feront plus qu'un pour lui. Lorsqu'il se trouvera une seconde fois en présence de ce même objet, il s'attendra à la même correction, sa peur ira croissant et, tout naturellement, il se dérobera avec d'autant plus de vivacité.
Tous les chevaux ne sont pas peureux au même degré. Certains chevaux sont plus impressionnables d'un côté que de l'autre, soit accidentellement, soit d'une manière permanente. C'est ce qui fait dire cou-
ramment : tel cheval est peureux à droite ou à gauche.
Il est à remarquer que les chevaux à l'œil vairon sont toujours peureux.
On dit souvent, mais à tort, d'un cheval qu'il est peureux quand il est simplement trop fixais ou trop vert. Il serait plus exact de dire qu'il est en l'air, qu'il a besoin de faire agir ses muscles, de se détendre; qu'il est, en d'autres termes, dans la situation d'un enfant longtemps retenu immobile et qui, entrant en récréation, se livre d'instinct à des gambades, sous n'importe quel prétexte. Dans ce cas, les corrections et les caresses sont également superflues; ce qu'il faut, c'est donner au cheval ce dont il a besoin : un bon exercice. Menez-le rondement pendant trois ou quatre kilomètres, et il sera ensuite calme et docile.
Il faut mentionner spécialement certains chevaux qui sont inquiets par nature, qui se préoccupent sans cesse de tout ce qu'ils voient ou entendent, ont peur de mille riens, et font des soubresauts à chaque instant. Ils sont très désagréables à monter. Donnezleur abondamment du travail pour les calmer, pour les baisser et des caresses pour les rassurer.
Quand on parle des chevaux peureux, on n'a jamais fini d'exposer tous les cas. Il en est cependant quelques-uns que je veux signaler encore. Certains chevaux ont peur de tout ce qui dépasse leur tête, de tous les objets qui les dominent, une voiture, un omnibus, un pont peu élevé, une porte cochère : tout cela les effraye. On dirait qu'ils ont peur pour leur
ip8 DEUXIÈME PARTIE.
tête. Les objets qui sont plus bas, au contraire, les laissent parfaitement indifférents.
D'autres chevaux, par contre, ne sont effra3'és que par ce qui est à terre, ombre, rayon de soleil, flaque d'eau, ruisseau, tas de pierres. Ceux-là restent indifférents à tous les objets qui les dominent.
Il y a encore le cheval qui n'a peur que de ce qui vient derrière lui, enfant, chien, cheval ou voiture, et qui re craint pour ainsi dire que ce qu'il ne voit pas.
Pour tous les chevaux peureux, je ne puis que donner le même conseil : les rassurer par des caresses, les mettre en confiance. Si vous vo3'ez devant vous un objet dont vous savez que votre cheval aura peur, ne le violentez pas pour le forcer à s'en approcher directement. Laissez-le plutôt s'éloigner, puis doucement, par la persuasion pour ainsi dire, amenez-le à s'en rapprocher sans trop insister. Mettez-y plusieurs jours, aussi longtemps qu'il faudra. Ne l'approchez jamais assez de l'objet qui lui fait peur, pour qu'il se dérobe ou 'fasse un tête-à-queue, car, dans ce cas, vous seriez obligé d'avoir recours à la correction, non pour punir sa frayeur, mais à cause du tête-à-queue que vous ne devez tolérer en aucun cas. En le corrigeant, vous compliqueriez, de la crainte du châtiment, la frayeur causée par l'objet. En un mot, avec les chevaux peureux, beaucoup de douceur, énormément de patience et jamais de violence.
Il nous reste enfin à parler d'une catégorie de
chevaux qu'on range à tortparmi les chevaux peureux: ce sont ceux qui ont toutes les apparences de la peur, mais qui, en réalité, ne sont que vicieux.
Tous les chevaux sont très attachés à leur écurie, tous sont plus allants, plus chauds quand ils rentrent que quand ils sortent. Ceux dont nous voulons parler paraissent n'avoir qu'une idée fixe : rentrer et chercher toutes les occasions qui peuvent motiver un retour en arrière, sous forme de tête-à-queue. Vous les vo3^ez au moindre objet qui se trouve sur leur chemin hésiter d'abord, puis profiter de la plus légère hésitation du cavalier pour se retourner brusquement. Ces chevaux-là, je le répète, n'ont pas peur; ils sont vicieux, et tout ce que j'ai dit des chevaux peureux ne les concerne pas. Il faut les ramener avec la plus grande énergie et les corriger avec fermeté.
La preuve qu'ils n'agissent que par vice, c'est que ces mêmes objets qui provoquent la tête-à-queue à l'aller les laissent complètement indifférents au retour. Si dans ces conditions ou dans toutes autres, le cheval fait un écart, on doit le combattre et le ramener par des effets latéraux. L'écart se produisant de gauche à droite, la rêne droite du filet doit être fortement portée à gauche et la jambe droite vigoureusement soutenue. En d'autres termes, pour remédier à l'écart à droite, on fait deux effets à droite. En se servant de la rêne gauche, — ce que l'on a généralement la mauvaise habitude de faire, — on aiderait, au contraire, le cheval à jeter à droite ses hanches que la
jambe droite ne suffirait pas à maintenir. De plus, s'il y avait danger à droite, le cheval s'y jetterait inconsciemment, car ayant la tête tournée à gauche, il ne voit pas où il va. La rêne droite, au contraire, fortement appuyée sur l'encolure, le pousse à gauche et seconde l'effet produit par la jambe droite qui empêche les hanches de déborder à droite.
J'ajoute que l'écart se produisant de gauche à droite, le cavalier est forcément déplacé à gauche : c'est par le soutien très ferme de sa jambe droite qu'il se maintiendra en selle et retrouvera l'équilibre*.
Il est à remarquer que les chevaux qui font des tête-à-queue les exécutent presque toujours du même côté, soit à droite, soit à gauche. Si vous êtes affligé d'une monture qui emploie ce procédé de défense, commencez par vous rendre compte de son habitude pour être prêt à tout événement. Ayez dans la main du côté où le cheval tourne habituellement un stick de quarante à cinquante centimètres de long. Je n'aime pas la cravache, elle est trop flexible, et si on s'en sert à gauche, par exemple, son extrémité ploie et frappe à droite ou bien encore peut atteindre les yeux.
Aussitôt que le cheval tourne la tête pour exécuter son tête-à-queue, — par conséquent avant qu'il l'ait effectué, — appliquez-lui du côté où il tourne, un vigoureux coup de stick sur le nez. Je n'ai jamais rencontré un cheval qui ait résisté longtemps à cette