INTELLIGENCE DU CHEVAL
fait boire (trois quarts de seau d'eau environ) et on donne l'avoine. A quatre heures, chaque cheval reçoit une botte de paille comme litière, et à cinq heures un quart de botte de foin. Enfin, à sept heures, on fait boire de nouveau (même quantité qu'à midi), et on distribue la ration d'avoine du soir. Deux fois par semaine, je remplace cette dernière ration d'avoine par des mâches.
Intelligence du cheval.
La difficulté dans tout le dressage est de faire comprendre au cheval ce qu'on lui demande et ce qu'on attend de lui.
La difficulté est grande, parce que le cheval, contrairement à ce que croient beaucoup de personnes, n'a qu'une intelligence très limitée.
La seule faculté qu'il possède et qu'il possède même à un haut degré, c'est la mémoire. C'est donc uniquement à la mémoire qu'il faut s'adresser, c'est elle qu'il faut frapper.
Le cheval n'est susceptible d'aucun attachement. Il n'a que des habitudes. Mais, ces habitudes, il les contracte aisément, trop aisément même et souvent il y tient avec excès. C'est un point dont il faut tenir grand compte.
A ce sujet, j'ai fait mille expériences.
Un de mes amis avait un cheval qui allait à lui quand il l'appelait, hennissait lorsqu'il entrait à l'écurie, etc. Il prétendait que ce cheval lui était particulièrement attaché et qu'il dépérirait s'il le quittait.
Je le priai alors de me confier l'animal, après m'être fait détailler ses habitudes, et je l'emmenai chez moi, sans y rien changer. Dès le lendemain, je le faisais travailler à ses heures, le gratifiais de carottes suivant l'usage établi et, imitant la voix de son maître, j'allais moi-même lui porter sa nourriture au moment où il était accoutumé à la recevoir.
Le jour suivant, je repris ma voix ordinaire, et, malgré cela, quarante-huit heures ne s'étaient pas écoulées qu'il me faisait les mêmes caresses qu'à son maître, ne s'apercevant même pas qu'il en avait changé.
Après ma leçon du matin, je distribue moi-même à mes chevaux une grande ration de carottes. Dès que j'entre à l'écurie et que j'élève la voix, tous hennissent. Et si, par hasard, un étranger se trouve là, il ne manque jamais de dire : « Comme vos chevaux vous reconnaissent! comme ils vous aiment! » C'est une erreur. Un -autre distribuerait les carottes à ma place et à la même heure que mes chevaux ne s'apercevraient même pas que je ne suis pas venu. La preuve en est que, quelques instants après, si j'entre alors qu'ils ont fini de manger, ils ne font pas la moindre attention à moi.
INFLUENCE DU REGARD DE L'HOMME. ii
Je pourrais citer cent autres exemples de l'indifférence des chevaux pour ceux qui les soignent ou les montent. D'ailleurs, il ne faut pas s'en plaindre, car, s'il en était autrement, ils ne voudraient jamais obéir qu'à un maître et n'en servir qu'un.
Influence du regard de l'homme sur le cheval.
En dépit de nombreuses controverses, j'ai la profonde conviction que le regard de l'homme n'a aucune influence sur le cheval.
Que le regard soit dur, colère, doux ou bienveillant, le cheval n'y prête aucune attention. J'ai fait à ce sujet des expériences multiples sur de jeunes et sur de vieux chevaux^ or je certifie que, si les yeux et les muscles de la face bougent seuls, l'écuyer ne faisant aucun mouvement, soit du corps, soit des bras, le cheval demeurera complètement indifférent.
J'ai cent fois essayé de la colère dans le regard, du sourire sur les lèvres : résultat nul. Faites les plus horribles grimaces à vos chevaux, tirez-leur la langue, et jamais aucun d'eux ne manifestera, par le plus petit signe, que cela ait sur lui une influence quelconque.
Il en est tout autrement si vous faites le moindre mouvement du corps et surtout des bras.
Influence de la voix de l'homme sur le cheval.
La voix de l'homme a une grande influence sur le cheval, mais naturellement c'est l'intonation seule qui se grave dans sa mémoire. Dites-lui les plus douces paroles sur un ton bref et élevé, il aura peur; faiteslui, au contraire, les menaces les plus terribles d'une voix douce, il conservera une complète placidité.
C'est dans le dressage en liberté que la voix devient l'auxiliaire le plus précieux.
Ainsi, pour apprendre au cheval dressé en liberté à se porter en avant au pas, au trot ou au galop, on dit : Au pas, d'une voix relativement faible; au trot, en élevant la voix, et au galop, sur le ton du commandement. Vous pourriez dire: Au galop, d'une voix douce, le cheval resterait au pas; si, au contraire, vous disiez : Au pas, d'une voix forte, immédiatement il prendrait le galop.
La voix est aussi d'une grande utilité quand on dresse le cheval monté.
Quand il rue, par exemple, se cabre ou fait une
INFLUENCE DE LA VOIX DE L'HOMME. ij
défense quelconque, je le corrige, de la cravache ou des éperons, et en même temps je le gourmande. En peu de temps, mon cheval devient attentif à ma voix, et, quand il fait une faute ou essaye une défense, il me suffit souvent d'élever le ton pour qu'il se rappelle la correction et devienne plus sage. En procédant ainsi, je lui épargne des corrections nouvelles.
La voix ne doit pas seulement servir à châtier, elle doit servir aussi à encourager le chevalet à le rassurer. Dans ce cas, elle accompagnera utilement la caresse.
Son action est d'autant plus utile que vous pouvez en user en toutes circonstances, et la rendre à votre choix ou brusque ou caressante, tandis que vous n'avez pas toujours la libre disposition de vos mains et de vos jambes.
Supposez que, monté sur un cheval chaud, impatient, violent même, vous vous trouviez pris entre plusieurs voitures. L'animal s'effraye, s'affole, et, si vous ne pouvez vous dégager immédiatement, ce ne sont ni les rênes ni les jambes qui le rassureront. La voix, si vous l'y avez habitué, s'il y a confiance, le tranquillisera.
L'action de la voix m'a souvent été d'un grand secours et m'a tiré de plus d'un embarras.
J'aime les chevaux chauds et je n'en emploie guère d'autres. Je les rends assez sages pour les faire monter par des dames, jamais toutefois avant de m'être assuré qu'ils se calment à ma voix. C'est ainsi que j'ai toujours été assez heureux pour éviter les accidents.
Les caresses.
Les caresses, comme on le verra au cours de cet ouvrage, sont un moyen d'action qu'il ne faut pas négliger. Alternant avec les corrections, elles sont la base de l'éducation du cheval. Elles le rassurent, elles le calment en le mettant en contact direct avec son cavalier autrement que par l'impulsion.
Tous les chevaux, même les plus susceptibles, acceptent la caresse sur l'encolure. C'est donc l'encolure que le cavalier doit caresser. Il doit le faire franchement assez fort pour attirer l'attention du cheval et faire une diversion, mais sans brutalité. Il doit également éviter la trop grande légèreté de main, qui n'aboutirait qu'à chatouiller l'animal.
Dans le dressage, la caresse doit venir à propos. Elle doit suivre immédiatement la concession, comme la correction, la faute. Aussitôt la concession obtenue, caressez l'animal et laissez-le libre, sans rien lui demander pendant un instant, C'est là sa véritable récompense. Cette pratique facilite beaucoup le dressage.
Pour produire son effet complet, la caresse doit être accompagnée de la voix. Ces deux actions com-