LES CORRECTIONS
binées produisent le maximum d'apaisement qu'il soit donné d'obtenir. Dans la plupart des cas, l'effet en est décisif.
Les corrections.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, l'éducation du cheval repose tout entière sur deux modes d'action du cavalier : la caresse et la correction.
Il faut de toute nécessité qu'elles arrivent l'une et l'autre à propos. Mais c'est surtout pour la correction que cela est nécessaire.
Avant tout, je recommande au cavalier qui a un cheval difficile de ne jamais se laisser aller à un mouvement de colère. Lorsqu'une correction est méritée, il faut l'administrer avec une vigueur, qui peut ressembler à de la colère, mais qui ne doit être que voulue et mesurée exactement. En somme, il faut agir avec les chevaux comme avec les enfants. Tout le monde sait que rien n'est plus mauvais que de corriger un enfant lorsqu'on est en colère. Le cheval ne comprend en aucun cas quel sentiment vous anime; il se souvient seulement de la souffrance qu'il a éprouvée, et de la circonstance dans laquelle elle s'est manifestée. Son intelligence peut établir la coïncidence
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d'un mouvement qu'il a fait avec un coup qu'il a reçu, mais ne va pas au delà.
C'est pour cette raison que la correction perd tout son fruit et devient même un élément de confusion dans la mémoire du cheval, si elle n'est administrée AU MOMENT PRECIS OU la fautc se commet. La correction doit suivre d'aussi près la faute, que la caresse, la concession. Pour les chevaux qui ruent, par exemple, si la correction arrive juste au moment où la croupe est en l'air, le cheval se souvient que le mouvement lui a valu une souflrance. Si, au contraire, la correction n'arrive que lorsque les pieds sont retombés à terre, le cheval n'est plus frappé de la corrélation entre les deux actes : il cherche même par une nouvelle ruade à se dégager de ce qui lui a fait du mal.
J'ai dit que toute faute voulue, préméditée par le cheval, doit être corrigée; mais je n'hésite pas à ajouter qu'il vaudrait mieux la laisser impunie que de corriger tardivement. Les deux procédés sont mauvais, mais entre deux maux il faut choisir le moindre.
Il importe aussi de distinguer attentivement quel motif a déterminé le cheval à faire une faute ou une défense, afin de se rendre compte s'il y a vice ou s'il y a souffrance. Ainsi, notamment, si le cheval rue parce qu'il souflre dans les reins ou dans les jarrets, la correction n'est pas justifiée : il faut dans ce cas soulager le cheval dans la limite du possible. Si la ruade, au contraire, est une véritable défense ou un vice, ce qui est assez fréquent, il faut la corriger sévèrement au
moment précis où elle s'effectue, et la prévenir en relevant vigoureusement l'encolure et la tête, pour changer l'équilibre en surchargeant l'arrière-main.
Embouchure des chevaux.
Sur le filet, Je n'ai rien de particulier à dire, sauf qu'il doit être un peu gros (pour être plus doux) et placé en arrière du mors, à égale distance du mors et de la commissure des lèvres.
Le choix du mors, au contraire, a une grande importance. La façon dont on le place dans la bouche du cheval n'en a pas moins : c'est ce qu'on appelle ïemboiichure.
Il est impossible de décider, à première vue, avec quel mors et de quelle manière il convient d'emboucher un cheval neuf.
Baucher affirme qu'il appliquait le même mors indistinctement à tous les chevaux, ce qui est la conséquence forcée de la théorie qui lui est personnelle, à savoir que tous les chevaux ont la même bouche. Je discuterai cette théorie dans une autre partie de cet ouvrage.
Je me contenterai de dire ici qu'il n'est pas un homme de cheval, si inexpérimenté soit-il, qui n'ait
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constaté qu'un cheval se livre mieux avec un mors qu'avec un autre ; que tel cheval qui se comporte bien avec un simple bridon résiste et se défend avec un mors un peu sévère. Ce fait est prouvé^ il est connu de tous. L'expérience seule et le tâtonnement feront trouver le mors qui conviendra le mieux à un cheval. Mais il existe toujours quelques données générales pour procéder à cette expérience. On peut les résumer comme suit :
Il faut toujours, au début du dressage, que le mors ait les canons gros, une liberté de langue modérée et des branches courtes; c'est ce qu'on appelle un mors doux. Sa largeur doit être proportionnée à celle de la bouche du cheval ; s'il est trop étroit, les lèvres sont comprimées de chaque côté par les branches ; s'il est trop large, le cheval, pour jouer ou pour se soulager, le déplace en le portant d'un côté ou de l'autre, en sorte qu'un seul des canons repose sur une barre, l'autre déborde et est remplacé sur la barre par le commencement de la liberté de langue. Il résulte de cette position du mors une inégalité notable dans l'effet produit par la main, et presque toujours le cheval porte la tête de travers.
Pour que le mors s'adapte bien, il faut que les canons débordent de chaque côté de la bouche de quelques millimètres, de telle sorte que les branches ne touchent pas les lèvres. Les canons doivent reposer sur les barres, d'une manière égale de chaque côté, à égale distance des crochets et de la commissure des lèvres, c'est-à-dire un peu plus bas que le filet. Je dirai
plus loin quelles exceptions peut comporter ce principe. L'extrémité inférieure des branches, cédant à l'action des rênes qui la tirent en arrière, fait basculer l'extrémité supérieure en avant et produit la pression des canons sur les barres. Le mors, en basculant, tend la gourmette, ce qui augmente encore la pression des canons sur les barres. Plus la gourmette est serrée, plus cette pression est prompte et forte. Par conséquent, la tension de la gourmette doit être proportionnée au degré de sensibilité des barres sur lesquelles on veut agir.
Ce degré de sensibilité, on ne le connaît pas quand on se trouve en présence d'un cheval complètement neuf. Dans ce cas, je recommande d'agir toujours au début, comme si la sensibilité était grande et par conséquent de tenir la gourmette très lâche. Il sera toujours temps de la resserrer.
Par contre, il ne serait pas exact de dire que, si on commence avec une gourmette serrée, il sera toujours temps de la relâcher, car l'effet produit sur des barres très sensibles par une gourmette serrée provoque un endolorissement qui subsiste après que la gourmette a été relâchée. Tandis qu'en commençant avec une gourmette très lâche et en la resserrant progressivement jusqu'au point voulu, on évite d'endolorir les barres, d'agacer le cheval et de provoquer des défenses. De plus, on gagne du temps. En effet, si, au début du travail, on a endolori ou même simplement échauffé les barres par une pression non proportionnée
à la sensibilité, on n'a obtenu aucune des indications dont on a besoin sur le degré de sensibilité de la bouche du cheval. Bien au contraire, l'ayant exagérée, on l'apprécie faussement et l'on se trouve, dès le début, engagé dans une mauvaise voie. La meurtrissure ou même le simple échauffement des barres ne disparaissent pas aussitôt que le travail est fini, et le mors enlevé ; ils persistent le lendemain ou même plus longtemps. Le cheval reviendra donc à la leçon suivante avec des barres congestionnées, douloureuses, par conséquent faussées. L'écuyer alors tiendra compte des effets qu'il produira sans savoir que la bouche est malade; il augmentera le mal; il sera de plus en plus éloigné de l'appréciation de la bouche, de son état sain et normal. En un mot, il fera, sans s'en douter, exactement le contraire de ce qui est nécessaire.
Voilà pourquoi il faut, au début du dressage, une gourmette très lâche. A dire vrai, il vaut même mieux n'en avoir pas du tout.
La connaissance de la bouche du cheval neuf est aussi importante que délicate. Pour la tâter sans la détériorer, il faut procéder graduellement; commencer avec une très grande légèreté et n'augmenter la pression que doucement et jusqu'au point où elle devient perceptible pour le cheval : ce point varie avec chaque animal. Si le cheval cède sous la légère pression d'un mors non pourvu de gourmette, à quoi servirait cette gourmette ?
A quoi bon rechercher un moyen plus puissant ?
II sera toujours temps d'y recourir par la suite.
J'ai dressé complètement des chevaux, sans leur avoir jamais mis de gourmette, non seulement dans le manège, mais au dehors. La gourmette, d'ailleurs, doit rester accrochée à une des branches du mors pour qu'on puisse l'employer immédiatement en cas de besoin. Mais je dis, comme une règle générale, qu'il ne faut y avoir recours que lorsque le besoin s'en fait sentir.
J''ajoute que, lorsqu'on arrive à se servir de la gourmette, il faut agir avec les plus grands ménagements, c'est-à-dire ne lui donner que la tension strictement nécessaire. On doit acquérir le maximum des effets que l'on désire obtenir du mors en ne serrant la gourmette que juste assez pour permettre à celui-ci de faire, avec la mâchoire inférieure, un angle de 45 degrés.
De même que la tension de la gourmette doit être proportionnée au degré de sensibilité des barres, de même l'intensité de la pesée exercée sur la mâchoire par l'action des rênes doit être proportionnée à la résistance qu^'elle rencontre. Si cette résistance est minime, l'effort pour l'annuler doit être léger : il le sera d'autant plus que l'action du mors se fera sentir plus haut sur la mâchoire. Si, au contraire, la résistance est grande, Tefîort pour la vaincre doit être plus énergique, et cette énergie sera d'autant plus forte que la pression se fera sentir sur une partie plus basse de la mâchoire. Voilà pourquoi, sans s'écarter beaucoup
de la place moyenne que nous avons indiquée pour le mors, c'est-à-dire à égale distance des crochets et de la commissure des lèvres, on peut et on doit le remonter ou le baisser légèrement, suivant que la mâchoire du cheval cède et se décont7^acte sous un effort léger ou énergique. En d'autres termes, plus la bouche du cheval est douce, plus je place le mors haut; plus, au contraire, elle est résistante, plus je le mets bas. En aucun cas, cependant, les canons ne doivent toucher ni même effleurer, soit la commissure des lèvres, soit les crochets.
De ces explications il ressort l'indication essentielle que l'embouchure la meilleure pour un cheval neuf, c'est-à-dire le degré de tension de la gourmette et la position haute, moyenne ou basse du mors, ne peut être trouvée que par l'expérience ; et que pour faire cette expérience, il faut procéder par les effets des plus légers, dont on augmentera graduellement la sévérité à mesure que la nécessité s'en fera sentir.
La martingale.
La martingale empêche le cheval de porter au vent, arrête les coups de tête et sert au cavalier à mieux diriger sa monture. Un bon dressage rend la
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martingale inutile. Aussi, je n'en conseille l'usage que lorsqu'on n'aura pas tout le temps ou le savoir voulu pour dresser le cheval. Ainsi, on pourra l'employer quand, à première vue, on aura reconnu que l'animal que l'on doit monter, soit à la promenade, soit à la chasse, bat à la main ou porte trop au vent.
Il y a trois sortes de martingales : celle dite à têtière, celle de chasse et enfin la martingale fixe.
La seule que je recommande est la martingale à têtière : d'abord parce que, son effet portant sur le chanfrein, elle n'a aucune action sur la bouche ; ensuite parce que, ne correspondant pas à la main du cavalier, elle est, par conséquent, sans danger. Elle doit être assez lâche pour que le cheval puisse porter la tête haute, sans cependant permettre assez de liberté pour que le nez atteigne la ligne horizontale; car, dans ce cas, le mors basculerait de bas en haut et n'aurait plus aucune action sur la bouche. Si la martingale est trop courte, le cheval est gêné dans ses mouvements et ses allures : elle peut alors devenir dangereuse, surtout si le cheval ne se porte pas franchement en avant, car dans cette position, pour échapper à l'action de la martingale, il s'encapuchonne.
La iJiartingale de chasse présente deux anneaux dans lesquels passent les rênes du filet *. Elle correspond donc à la fois avec la main du cavalier et avec
I. On y passe même parfois les rênes du mors. Rien n'est plus dangereux.
la bouche du cheval. Cette martingale peut rendre de grands services aux cavaliers expérimentés ; mais, en raison de sa puissance, elle est singuhèrement dangereuse pour les autres.
La mar^tingale fixe se boucle aux anneaux du filet, ne cède pas et est toujours dangereuse, surtout si le cheval recule, car, dans ce cas, elle continue à tirer. S'il pointe ou se cabre, comme il a nécessairement tendance à le faire pour forcer la main, la martingale aide à le renverser.
La selle.
Je ne conseille pas l'emploi d'une selle neuve; rarement elle satisfait.
Le cuir neuf est dur et raide ; on est, par suite, mal assis. Mieux vaut essayer plusieurs selles d'occasion \ on finit toujours par en trouver une qui plaît.
La selle doit être droite : si elle était trop haute de devant, le cavalier serait rejeté en arrière ; il serait, au contraire, porté en avant si elle était trop haute de derrière.
Je suis aussi d'avis que la selle doit être très peu rembourrée, de façon que le cavalier soit plus près de son cheval.