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Après le dressage

2. Si l'on m'objecte que quelques sujets (quelques-uns seule-

Prenons comme exemple les chevaux normands de demi-sang. Ils passent pour être les moins précoces de tous ceux que produit la France, et il est généralement admis qu'ils ne peuvent être prêts et ne possèdent toutes les qualités que vers l'âge de six ans.

La Normandie produit en abondance les chevaux de demi-sang.

Les poulains se classent tout naturellement chez

ment) peuvent en souffrir, je re'pondrai que je ne propose de mettre en dressage que les chevaux de trois ans et demi et memetroisansneuf mois, puisqu'il y a trois mois de préparation. Enfin je ne leur demande pas d'efforts comparables à ceux des chevaux de même origine qui courent à trois ans sur les hippodromes et qui ont été entraînés à deux ans et demi au plus tard.

On objecte encore la différence du poids porté par le cheval de course et par le cheval d'armes. Cette différence est en effet considérable. Mais le cheval d'armes a déjà un an de plus que le cheval de course. Sa construction plus massive le dispose mieux à porter du poids. Il est plus résistant. Il ne porte son plein paquetage que dans des circonstances exceptionnelles, et on lui demande des efforts beaucoup moins énergiques. Si l'on procède graduellement, comme on fait pour les chevaux de course, on arrivera sans plus de difficulté à lui faire le dos.

Quant aux théoriciens purs qui veulent attendre la complète ossification des cartilages avant de mettre le cheval en service, je leur réponds en leur conseillant d'acheter les chevaux à cinq ans et demi pour qu'ils soient prêts à six ans. On n'en trouve pas, diront-ils. Pourquoi? parce que le commerce les livre beaucoup plus tôt à l'acheteur. C'est donc que tout le monde est d'accord dans la pratique pour faire usage du cheval beaucoup plus tôt: ce qu'il fallait démontrer. Naturellement je recommande de ménager le cheval de quatre ans. Mais ce qui importe, c'est de constater qu'il est, dès cet âge, en état de faire son service, et c'est ce qu'il est possible d'obtenir, si on veut bien faire le nécessaire.

l'éleveur suivant leurs origines d'abord, mais ensuite et surtout d'après leurs formes et les espérances qu'ils donnent.

Il s'établit en fait trois catégories principales et bien distinctes d'élèves :

1° Les trotteurs, destinés aux hippodromes;

2" Les chevaux de luxe* et de commerce;

3° Les chevaux de remonte.

Les trotteurs, à deux ans ou deux ans et demi au plus tard, sont progressivement exercés, entraînés. A trois ans, ils ont généralement toute leur taille. Ils sont bien en forme, en pleine vigueur et ils courent. Les plus belles courses au trot, les plus importantes comme parcours et comme prix, sont réservées aux chevaux de trois ans. Un parcours moyen de quatre mille mètres est actuellement franchi au trot en près de six minutes et demie. Souvent le parcours est de six mille mètres. Le trotteur qui le fournit doit avoir la vitesse et le fond. Il exécute pendant la période d'entraînement et pendant la course le maximum des efforts qui peuvent être demandés à un cheval*.

1. Cette catégorie comprend les chevaux proposés au service des haras comme étalons, et qui, n'ayant pas réuni les conditions requises, sont castrés et livrés au commerce.

2. Il est intéressant de noter à ce propos que les demi-sang résistent mieux et plus longtemps que les pur sang aux grands efforts des hippodromes sans se tarer.

Le nombre des pur sang qui claquent en courant, ou même à l'entraînement, est très grand, tandis que cela est rare chez les demi-sans.

CHEVAL D'ARMES. SJ7

Le cheval de luxe, destiné au marchand qui peut payer un bon prix, est encore presque un poulain à trois ans. Sa taille est incomplète, ses formes sont grêles et à peine arrêtées. Il est mou, et tout effort doit lui être épargné. Vers quatre ans ou quatre ans et demi seulement, il approche de sa taille, paraît musclé et est capable d'un travail mesuré. C'est à ce moment qu'on le trouve chez le marchand, gras, luisant et prêt... pour l'amateur qui n'est ni pressé ni exigeant. Mêmes observations pour le cheval de commerce, qui ne se distingue du précédent que par sa valeur moindre.

Le cheval de remonte, à trois ans, est une complète non-valeur. De trois à quatre ans, lorsqu'on le présente à la commission d'achat, il est généralement engraissé. Quelques rations d'avoine données au dernier moment, le fouet et le gingembre lui donnent une apparence de vigueur. Il n'a en réalité ni muscles, ni allure, ni fond. Livré à lui-même, il s'affaisse et se porte sur les épaules. Il n'est prêt pour aucun service.

Voici donc des chevaux qui ont, à peu de chose près, la même origine, qui proviennent du même élevage : les uns sont complets à trois ans et résistent à l'entraînement et aux courses, c'est-à-dire au travail le plus dur. Les autres, à quatre ans et demi, sont à peine prêts pour un travail très modéré. Les derniers enfin, à quatre ans et demi, ne sont bons pour aucun service. Il faut leur donner des soins, leur laisser prendre de la force, leur donner les muscles qui leur manquent.

ajS DEUXIÈME PARTIE.

D'où vient cette différence ? Est-ce la nature qui se montre plus précoce chez les uns que chez les autres, alors qu'ils sont tous de la même origine et soumis au même élevage? Est-ce que le cheval serait plus tardif lorsqu'il a moins d'élégance dans ses formes et moins de rapidité dans ses allures? Nullement. Cette différence si grande provient uniquement des procédés d'alimentation et d'éducation employés pour les diverses catégories de chevaux. Si on appliquait à tous les mêmes procédés, on trouverait chez tous la même précocité, le même développement, la même vigueur. Les formes, les allures, les aptitudes, différeraient suivant les sujets, mais tous seraient amenés à un point commun; tous, à trois ans, auraient la force de résistance nécessaire pour le service, quel qu'il soit.

Le trotteur de demi-sang qui est entraîné et court à trois ans en est la preuve. L'effort qu'on lui impose est extrême et hors de toute comparaison avec le travail qu'on demande au cheval de luxe ou au cheval de troupe. Il le supporte assez bien pour durer autant, sinon plus que tout autre, sans tare ni usure prématurée.

Mais il est nourri solidement dès le premier âge, et il est exercé de bonne heure, méthodiquement. En somme, il est élevé comme les pur sang.

Les pur sang ne deviennent pas tous des chevaux de course; mais tous sont élevés, au début, en vue des courses. Dès leur naissance, ils reçoivent des soins et une nourriture appropriés aux efforts qu'ils auront à

faire. Ils mâchonnent un peu d'avoine dès leurs premiers jours. A six ou huit mois, leur ration est déjà de six litres par jour. A dix-huit mois, ils sont mis à l'écurie, fortement nourris et soumis à l'entraînement. A deux ans, ils figurent déjà dans des courses spéciales.

On procède de même pour les demi-sang destinés aux courses au trot, mais avec un peu plus de lenteur, puisqu'ils ne courent qu'à trois ans. Pour les uns et les autres, on aide la nature par l'alimentation; on la seconde en développant l'organisme par un exercice gradué et constant.

La vérité est que, pour les autres chevaux, loin de seconder la nature, l'éleveur la contrarie, l'entrave par une alimentation insuffisante. Le cheval grandit vite; sa charpente osseuse, son système musculaire, sa masse sont considérables. Pour que cet organisme puissant croisse si rapidement, pour que le sujet grandisse sans s'anémier et en acquérant au contraire la force voulue, il faut que son alimentation soit riche et qu'un exercice rationnel du système musculaire favorise et active le développement. Car, à l'exception de ceux qui sont destinés aux courses ou aux haras, les poulains et les jeunes chevaux ne sont ni nourris, ni exercés.

Ils sont élevés à l'herbe et au repos, c'est-à-dire le plus économiquement possible, parce que l'élevage est un métier.

Sous l'influence de ce régime aqueux, peu substantiel, par suite du défaut d'exercice, le cheval est

retardé à tous égards. Il grandit plus lentement, ses os se soliditient tardivement, ses muscles n'ont aucun relief. Bien plus, en avançant en âge. au lieu de gagner en vigueur, il se débilite et s'appauvrit de plus en plus. A trois ans, il n'est qu'en retard; à quatre ans et surtout à cinq ans, il est profondément anémié : c'est alors, pour ainsi dire. //;/ malade qu'il faut refaire, qu'il faut reconstituer. Par un régime qui est ou devrait être un véritable traitement, il faut corriger, réparer celte économie appauvrie. Je suis persuadé qu'on n'y arrive qu'incomplètement, et qu'un cheval ainsi refait tardivement ne devient jamais aussi bon qu'il l'aurait été avec un autre mode d'élevage. Et plus on attend pour restaurer le jeune cheval, pour Vengrainer, comme on dit, plus le traitement est long et chanceux. Pour un cheval de trois ans, quelques mois suffisent le plus souvent. Pour un cheval de quatre ans, et plus encore pour celui de cinq ans, il faut un an et plus. Et ce fait indéniable ne s'explique que trop aisément : l'animal a souffert plus longtemps, l'anémie est plus accentuée et l'appauvrissement général est devenu pour ainsi dire organique.

C'est à cet état d'appauvrissement, d'anémie, qu'il faut attribuer les cas de mortalité nombreux chez les jeunes chevaux. La débilité qui résulte de l'insuffisance de la nourriture pendant la période de croissance, le manque de vitalité, les laissent sans force de résistance contre la moindre maladie ou le moindre accident. C'est de la même cause que proviennent ces

maux nombreux, gourmes et autres, et ces boiteries sans cause apparente et sans fin qu'on attribue au jeune âge. Le cheval jeune, s'il a été élevé dans de bonnes conditions, est vigoureux et sain. Il n'est faible et maladif que parce que le défaut d'alimentation suffisante et d'exercice l'ont conduit au lymphatisme, à l'anémie.

Les chevaux normands sont généralement lymphatiques, mous, tardifs. C'est que la Normandie produit moins d'avoine que les autres pays d'élevage, et qu'à l'exception des trotteurs, les jeunes chevaux n'en mangent pas.

La race s'en ressent et elle dégénérerait avec rapidité, si les étalons n'étaient pas choisis parmi les trotteurs qui, élevés et toujours maintenus en bonne condition, corrigent fort heureusement, en partie au moins, le lymphatisme de la mère, qui, elle, a souffert dans ses premières années.

Qu'on ne dise pas que les trotteurs sont des exceptions, qu'ils n'arrivent à être à trois ans dans un magnifique état de développement et de vigueur que par la raison qu'ils sont des sujets exceptionnels. Non, les trotteurs ne sont pas des sujets exceptionnels. A côté des plus brillants qui sont seuls cités, il y a des trotteurs en abondance qui figurent dans des petites courses locales et font, sortis de l'hippodrome, un excellent service. Souvent ils n'ont rien de remarquable en dehors de leur allure. Rien dans leur aspect, dans leurs formes, ne les désigne à l'attention.

Ils ne sont pas plus précoces que les autre par

i+-i DEUXIÈME PARTIE.

nature : ce sont les soins, l'alimentation, Téducation qui les ont avancés, tandis que les autres ont été retardés.

A trois ans et demi, le cheval de nos contrées peut aToir à peu près toute sa taille, sa vigueur, et être prêt pour le dressage. S'il en est autrement, c'est qu'il a souffert, et l'état de son développement est en raison directe de Talimentation et de l'exercice rationnels qui lui ont été donnés.

Autrefois, parmi les écuyers, il était de règle que, pour dresser un cheval en haute école, il fallait attendre qu'il eût au moins sept ans.

Pendant de longues années, j'ai pensé et agi comme tous les autres : pour faire mes chevaux d'école, je prenais des animaux de sept à huit ans. Peu à peu, j'ai été frappé par ce que je voyais sur les champs de courses. A Epsom, à Chantilly, à Auteuil, à Longchamp, les épreuves 'es plus longues, les plus redoutables étaient réservées aux chevaux de trois ans *. J'obsenais que, pour dresser un cheval d'école, je ne lui imposais pas le dixième dos efforts que nécessitent l'entraînement et les courses. Partant du principe « qui peut le plus peut le moins >», j'en arrivai à conclure que le cheval qui, à trois ans, peut supporter de

I, On m'objectera sans doute qu'un très grand nombre sont claqués à l'entraînement. Je répondrai qu'ils sont entraînés à dix-huit mois, ce qui est très périlleux. Enfin je propose de commencer le dressage à trois ans et demi, et les efforts que je demande sont hors de proportion avec ceux qu'exige Fentraînement.

CHEVAL D" ARM ES. r^j

tels efforts, pourrait tout aussi bien et même beaucoup plus facilement supporter le dressage d'école.

Ce raisonnement me parait fort simple aujourd'hui, mais si simple qu'il fût également alors, je ne le faisais qu'avec une extrême timidité, si grande est la force des idées reçues. Chaque fois que je l'exposais à des hommes de cheval, aux autorités de Tépoque, j'érais écouté avec un haussement d'épaules et traité de fou. Depuis, j'ai appris que toute tentative d'innovation a beaucoup de chance d'être accueillie de la sorte.

Je me décidai pourtant à une expérience, non sans de grandes appréhensions, et je pris un cheval de quatre ans, bien soigné et nourri. Je trouvai chez lui autant de force et beaucoup plus de souplesse que chez mes autres élèves de sept ans.

Encouragé par la réuJisite, j'essa}*ai un cheval de trois ans avec le même succès. Depuis, j'ai dressé en haute école une vingtaine de pur sang de cet âge, et toujours j'ai obtenu des résultats meilleurs qu'avec des chevaux plus âgés.

Eniin, j'ai poussé l'expérience plus loin, pour me rendre compte de la somme d'efforts qui peut être sans inconvénient imposée au très jeune cheval.

J'ai dressé, à deux ans, r;>a)j:\% jument pur sang, par ]'crmouth et Vhui^Ytt^:' . A trois ans, son

1. On niobjecierd naturellement la /reViViVe des pur sang. Mais aussi s agit-il d'un cheval de deux ans. D'ailleurs, la/recocité de ralimentation et de la gymnastique m'a toujours paru avoir un eiïet plus décisif que la prccwité de la race.

éducation était complète comme cheval de promenade, d'obstacle et d'école; elle était médaillée au concours hippique. Elle a sept ans aujourd'hui ; elle est absolument saine, nette et n'avait pas, quand je l'ai livrée, la moindre molette.

Je pourrais citer beaucoup d'autres exemples. J'ai voulu seulement expliquer comment l'expérience m'a amené à cette conviction absolue : prendre le cheval à trois ans et demi pour le dresser et l'entraîner en vue d'un service quelconque, c'est le commencer à l'âge où tous les chevaux convenablement élevés et nourris peuvent supporter le travail. Bien plus, c'est le prendre à l'âge où l'exercice musculaire, progressivement donné, leur est indispensable. Cet exercice, loin de provoquer des tares ou une usure prématurée, fortifie les membres et tout l'organisme, met rapidement l'animal en pleine possession de tous ses moyens.

A trois ans et demi, un cheval est plus souple et plus facilement éducable qu'à cinq ans. Il n'a pas encore pu contracter des défauts de caractère qu'on lui trouve plus tard et qui sont presque toujours le résultat de la maladresse ou de la brutalité des hommes qui l'ont approché. Il n'a pas encore à l'état invétéré la mauvaise habitude, que prennent tous les chevaux abandonnés à eux-mêmes, de se porter presque entièrement sur leurs épaules, d'où il suit que l'arrière-main reste en retard et est moins développé que l'avantmain. On peut donc aisément l'amener à prendre de lui-même, à garder la position désirable, nécessaire.

c'est-à-dire à contracter l'habitude de reposer également sur ses quatre membres.

Ce dernier point est de la plus grande importance, car c'est le bon équilibre qu'il faut avant tout rechercher pendant le dressage et dans toute équitation.

Le cheval ne doit être ni sur ses épaules, ni sur ses hanches. Tout son poids, et aussi celui du cavalier, doit être supporté également par les unes et par les autres. Ce n'est qu'à cette condition qu'il est léger, mobile et sûr ; ce n'est aussi qu'à cette condition qu'il pourra faire un service prolongé et rigoureux sans en souffrir. Lorsqu'un cheval a pris et a conservé longtemps l'habitude de se tenir et de se mouvoir dans un mauvais équilibre, sa conformation s'en ressent : elle se modifie, se fausse, et il est presque impossible d'y remédier. Si, par exemple, — et c'est le cas le plus fréquent, — le cheval est sur ses épaules, l'arrière-main,. faute d'exercice et de développement, reste mou et traînant, tandis que l'avant-main fait un trop grand effort et est surmené. L'avant-main, surchargé, alourdi, se déplace difficilement dans les changements de direction ; la moindre faute, la moindre défaillance peuvent entraîner la masse. Les membres qui travaillent avec excès souffrent et s'usent rapidement. 11 n'y a pas d'autre cause à ces réformes prématurées qui, chaque année, déciment l'effectif des escadrons de cavalerie et mettent tant de chevaux hors de service, à l'âge où ils devraient être en pleine valeur.

Le bon équilibre à donner au cheval est la partie la plus essentielle du dressage. Nul ne contestera qu'à trois ans et demi, le cheval est plus facilement éducable qu'à cinq ans. A ce seul point de vue, qui est capital, il y a le plus grand intérêt à prendre le cheval à trois ans et demi.

Toute la question est de savoir si, oui ou non, à l'âge de trois ans et demi, le cheval peut être assez développé, assez vigoureux pour être dressé et utilisé: à cet égard, toute théorie, toute dissertation est inutile; les faits seuls ont une signification, une valeur. Or les faits sont indéniables et constants. Les chevaux de demi-sang peuvent être dressés et entraînés pour les courses dès l'âge de deux ans et demi, et arriver au magnifique état de développement et de vigueur qui leur permet de courir à trois ans. Le travail, l'effort qu'on leur impose pendant les six mois d'entraînement et pendant les courses est vingt fois, cent fois plus considérable que celui que nécessite le dressage très modéré et restreint qui convient au cheval de troupe. On est donc fondé à conclure, et — je le fais avec la plus entière conviction, — que le cheval de remonte doit être acheté à trois ans et, en fixant cet âge moyen, on fait la part encore très large aux races les plus tardives et aussi aux procédés courants de l'élevage qui, étant aussi économiques que possible, resteront, malgré tout, î^etardants.

Les chevaux de remonte ne sont ce qu'on les voit actuellement à quatre ans et demi et à cinq ans que

parce qu'ils n'ont été ni nourris convenablement, ni exercés. Je ne crains pas d'ajouter qu'ils valaient beaucoup mieux à l'âge de trois ans, parce qu'ils avaient moins longtemps souffert, parce que le régime aqueux, débilitant qui leur est donné chez l'éleveur, déjà insuffisant pendant les trois premières années, devient tout à fait désastreux pendant la quatrième et la cinquième. De trois à cinq ans, avec le régime de l'éleveur, le jeune cheval ne gagne plus; il perd.

Et quoi qu'on fasse, quelque prix ou prime qu'on donne au producteur, il ne nourrira pas convenablement, suffisamment ses élèves de trois à cinq ans, parce que ce n'est pas son intérêt.

Mais ce qu'on obtiendra de lui sans difficulté, c'est qu'il présente des chevaux de trois ans en bon état. Précisément parce que l'éleveur fait un métier, il a un intérêt majeur à se débarrasser de ses produits le plus tôt possible. Sachant que tout cheval bien venu et bien développé à trois ans lui sera pris, il fera le nécessaire pour favoriser le développement de l'animal. Pour le cheval qu'il vendra à trois ans, — à un prix même inférieur à celui qu'il obtient aujourd'hui de quatre à cinq ans, — il pourra faire des frais de nourriture qu'il lui serait impossible de prolonger plus longtemps. Et ces frais, il les fera forcément, sous peine de ne pouvoir vendre son produit. Car, avec le cheval de trois ans, il n'y aura guère de supercherie. Il faudra, en première ligne, qu'il ait la taille, et il ne l'atteindra que s'il a été bien soigné et nourri.

Enfin, l'État, achetant de jeunes chevaux, ne se heurtera plus à la concurrence des marchands de tous les pays, parce que ceux-ci ne peuvent pas faire ce qu'il fera.

Le marchand, en effet, n'achète que pour revendre immédiatement ou à très bref délai. Or le cheval de trois ans, sortant de chez l'éleveur, n'est pas prêt pour le service, même de luxe. Il doit être engrainé et dressé pendant un temps assez long : un an environ.

Actuellement, lorsque la remonte achète un cheval de trois à quatre ans, elle le met en pension chez un agriculteur, qui a d'ailleurs tout intérêt à le nourrir médiocrement, ou elle le dirige sur un de ses dépôts. Ici ou là, le cheval se trouve dans des conditions meilleures qu'à l'élevage, mais encore insuffisantes. Il ne profite pas autant qu'il devrait, et pendant dix-huit mois on l'attend.

J'estime, au contraire, que ces jeunes chevaux devraient être commencés immédiatement et soumis dès les premiers jours au régime qui peut achever leur développement, leur donner la vigueur et la docilité désirables et les amener à être, au bout de six mois, prêts pour le service. En un mot, dès le premier jour, on doit commencer l'engrainement et le dressage.

Mais à ces deux opérations menées de front, il faut procéder méthodiquement, graduellement.

Le dépôt ne doit plus être une écurie-bergerie, ainsi que le définissait récemment un général; il doit être une véritable école de dressage, étroitement surveillée,

dirigée par un iiomme compétent, n'ayant sous ses ordres que des cavaliers déjà complètement formés.

On n'engraine pas les Jeunes chevaux en les bourrant d'avoine, pas plus qu'on ne les dresse en leur donnant simplement beaucoup de mouvement et en les poussant dans leurs allures.

Le cheval a de trois à quatre ans^ Il vient de chez l'éleveur et il est mis à l'écurie. Voici dans quelles conditions et avec quelle progression on doit, suivant moi, lui distribuer la nourriture et le travail pendant les trois premiers mois :

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