Voyez la précédente progression
dès le début, l'obéissance aux aides dans l'équilibre maintenu dans l'impulsion ^
En continuant à mettre les chevaux au trot et au galop avant de leur avoir appris à répartir également leur poids sur les quatre membres, on suit des traditions surannées qui vicient radicalement le dressage.
Ce n'est pas en soutenant ni en poussant le cheval dans les allures vives qu'on lui fera modifier avantageusement son équilibre. Au contraire, il exagérera ses défauts, et on l'éreintera sans lui avoir rien appris.
La grande majorité des chevaux sont sur leurs épaules, surtout quajid on commence à les jnonter. En les poussant dans les allures vives, sans les avoir préalablement équilibrés, on n'aboutit qu'à les jeter de plus en plus sur les épaules et à les vicier prématurément. La tête est basse, l'encolure au niveau du garrot. Ils sont laids. Tout mouvement pour tourner ou arrêter leur est pénible. En revanche, ils tombent facilement. Maîtres de placer la tête et l'encolure comme il leur plaît, ils peuvent résister efficacement aux aides. En effet, pour que le mors puisse agir avec toute sa puissance, il faut que l'encolure soit haute et la tête presque perpendiculaire.
Avec la tête basse, le mors perd une grande partie de son action sur les barres ; il n'agit guère plus que
I. Le cheval qui est sur ses épaules peut se mouvoir en avant en entraînant l'arrière-main. Il n'a pas l'impulsion qui résulte du fait que l'arrière-main s'engage bien sous le centre, ce qui suppose nécessairement l'équilibre.
ajB DEUXIEME PARTIE.
comme filet, et le cheval échappe à la direction de la main. On avoue qu'un tant pour cent très élevé des chevaux se refuse à sortir isolément des rangs. Qu'est-ce qui prouve mieux que le dressage est incomplet ? Un cheval qui n'obéit pas n'est pas dressé.
Voilà à quels résultats on arrive après un an et plus de travail irrationnel !
Réglementairement, le dressage doit être conduit de manière que les jeunes chevaux puissent entrer dans le rang au i^"^ avril en cas de mobilisation. Ce serait le dressage en trois mois. Mais, en temps de paix, on prolonge iiitentionnellejîient ce dressage pendant toute l'année, et on ne le fait entrer définitivement dans le rang que l'année suivante.
On allègue pour justifier cette pratique que les régiments où le dressage était poussé trop vivement ou, plus exactement, que les régiments qui mettaient dans le rang des chevaux après les trois premiers mois de dressage étaient ceux qui consommaient le plus de chevaux. Cela est possible, bien que je conserve des doutes à cet égard.
Mais la simple vérité, c'est que les chevaux, mal préparés par une alimentation et un exercice insuffisants, sont usés prématurément par le dressage actuel. Tandis que le dressage rationnel, beaucoup plus rapide, loin de les fatiguer, les développerait et leur assurerait de bonnes conditions de durée : je l'ai démontré plus haut par des faits irrécusables.
Quant aux hommes, je prétends qu'ils se plie-
raient beaucoup plus facilement au dressage tel que je l'indique qu'aux exercices violents qu'on leur demande et qui les découragent souvent parce qu'ils n'en comprennent pas la raison.
Au lieu de les intéresser à l'équitation, de leur donner l'amour du cheval, qualité maîtresse du cavalier, on n'aboutit souvent qu'à faire souffrir l'homme par le cheval et le cheval par l'homme. On a bientôt fait de dire que le dressage tel que je le demande est trop fin. Pourquoi les Allemands ne le trouvent-ils pas trop fin, eux dont la. Jinesse n'est certainement pas la qualité dominante ? Pourquoi travaillent-ils le cheval de troupe individuellement beaucoup plus qu'on ne le fait en France ? Pourquoi commencent-ils par l'équilibrer? Pourquoi font-ils du dressage rationnel au lieu d'éreinter leurs chevaux ? Pourquoi leurs chevaux durent-ils plus longtemps ? En d'autres termes, pourquoi font-ils du dressage rationnel au lieu d'éreinter leurs chevaux? Hélas! c'est qu'ils ont profité des enseignements qui leur sont venus de France, tandis que, dans le pays classique de l'équitation, on s'attarde dans la routine.
Équitation savante.
Les exercices dont nous allons nous occuper ne sont que la suite, la conséquence et le perfectionnement de ceux qui précèdent. Ils sont plus difficiles, moins usuels; on les appelle exercices ou airs de haute école. Les uns sont naturels, les autres artificiels. Tout ce qui est galop, par exemple, appartient aux allures naturelles. D'autre part, le pas espagnol est le type des allures artificielles.
J'ai souvent entendu dire que le travail de haute école ruine les chevaux, les use prématurément et leur donne nombre de tares.
On dit et on répète : « Comment est-il possible qu'un cheval puisse faire tous les efforts qu'on lui demande pour des exercices si énergiques, sans compromettre ses aplombs ? » La réponse est bien simple : Regardez les gymnasiarques : eux aussi, ils font les plus grands efforts; eux aussi, ils déploient une extrême énergie. Sont-ils en mauvaise condition? Leurs bras, leurs jambes, leurs épaules sont-ils détériorés,
abîmés ? Non, au contraire, ils sont dans un état de vigueur qui les distingue entre tous; leurs muscles sont proéminents et durs comme l'acier ; enfin leur santé générale est parfaite. Ah! sans doute, si le travail auquel ils se livrent leur était brusquement imposé, — et je parle aussi bien des chevaux que des hommes,
— ils n'y résisteraient pas, ils tomberaient fourbus. Mais, s'ils y ont été amenés doucement, progressivement, par des exercices gradués qui font coïncider l'effort demandé avec l'accroissement de la force musculaire obtenue, le travail, — si énergique qu'il soit,
— leur devient relativement aisé, salutaire même *. Oui, certainement, beaucoup de chevaux ont été
ruinés par le travail de haute école ; mais c'est parce que ce travail a été mal conduit, parce qu'il n'y a pas eu entraînement préalable et suffisant. L'équitation comme les autres sciences a ses charlatans et ses empiriques. Quand le cheval est dressé avec méthode, la pratique de tous les exercices auxquels on le soumet, bien loin de le ruiner, ne fait au contraire que le fortifier.
Quant aux cavaliers qui font fi de l'équitation de haute école et en parient avec dédain, je me contente de leur rappeler la fable du Renard et les Raisins.
I. J'ai dressé tous mes chevaux sans qu'ils aient la moindre tare, bien que je commence à les dresser beaucoup plus jeunes qu'aucFun de mes devanciers ne l'a fait.
Pas espagnol.
On dit que le cheval marche au pas espagnol * quand il lève les jambes de devant l'une après l'autre, en les portant en avant et en les tendant.
Le point principal à observer est la façon dont le cheval pose son pied à terre \ car s'il est facile de lui faire lever les jambes, il est très difficile, au contraire, de les lui faire bien reposer à terre.
On doit commencer ce travail à pied, placé à l'épaule gauche du cheval et sur la piste gauche, le mur l'empêchant de s'échapper à droite. On tient la tête de l'animal un peu haute en la poussant vers la droite, pour rejeter la plus grande partie du poids de l'avant-main sur la jambe droite de devant et permettre ainsi à la jambe gauche de se lever facilement.
I. On n'a jamais su, du reste, pourquoi ce mouvement se nommait pas espagnol. Il n'a d'espagnol que le nom, et ne ressemble pas du tout à la façon de marcher du cheval andalou. Le cheval espagnol marche en pliant les genoux et en jetant le bas des jambes de dehors en dedans; il fait ce qu'on appelle au delà des Pyrénées : El paso de campana (le pas de la cloche). On devrait plutôt appeler le pas espagnol : pas du conscrit, car il y a véritablement entre eux une très grande analogie.
26<î TROISIEME PARTIE.
Il faut ensuite toucher la jambe gauche de devant du cheval très légèrement du bout de la cravache; mais il est assez difiScile de préciser exactement l'endroit de la jambe que l'on doit toucher. Le point sensible varie avec chaque cheval: il est situé entre le coude et le paturon.
La première impression du cheval est la surprise, car il ne se rend pas encore compte de ce que vous lui demandez : aussi cherche-t-il généralement à vous échapper. Toutefois, il ne peut se jeter à droite : le mur l'en empêche; et s'il se jette à gauche, vous devez aussitôt le redresser avec la cravache. Il peut reculer; dans ce cas, on doit immédiatement le reporter en avant avec la cravache derrière les sangles. Presque toujours, au bout d'un moment, il manifeste son impatience en grattant le sol avec le pied de la jambe que Ton touche. Dès qu'il a levé cette jambe, on doit le caresser pour lui indiquer qu'il a fait ce qu'on lui demandait. Quand on a renouvelé cet exercice pendant plusieurs jours, le cheval, pour éviter d'être touché, lève la jambe aussitôt qu'il voit arriver la cravache. Lorsqu'il a bien compris et exécuté ce travail de la jambe gauche, on soumet sa jambe droite au même exercice, en le plaçant à main droite et en ayant soin de relever et de porter sa. tête à gauche.
Comme le toucher répété de la cravache énerve le cheval, il faut, au début, se contenter du moindre signe de bonne volonté. C'est le meilleur moyen de ne pas rebuter l'animal. On obtient généralement qu'il
PAS ESPAGNOL. au/
lève les jambes à la première leçon ; mais la façon dont il les lève est loin d'être satisfaisante, car il ne les tend pas et se contente de faire des mouvements d'impatience, de gratter le sol, etc. Néanmoins, comme je viens de le dire, il faut dans les commencements se contenter du semblant d'effort qu'il fait pour lever les jambes; on aurait beau insister, le frapper même, qu'on n'obtiendrait rien de plus que d'ahurir l'animal.
Cependant, il faut arriver graduellement à la tension. Elle ne sera suffisante que lorsque les jambes seront complètement tendues à la hauteur des épaules et placées horizontalement.
Ce n'est, à mon avis, que lorsqu'on a obtenu cette hauteur et cette tension qu'on peut réellement dire que le cheval marche au pas espagnol.
Aussitôt qu'il a compris ce qu'on lui demande et qu'il l'exécute correctement, c'est-à-dire dès qu'il tend bien ses jambes horizontalement, il faut lui apprendre à les reposer à terre dans les conditions voulues. Les jambes doivent se reposer à terre sans la moindre flexion du genou. C'est de cela que dépend toute la bonne exécution du mouvement.
Pour y arriver, il faut, dès que la jambe est bien tendue, tirer le cheval en avant avec le filet, de manière qu'il pose le pied bien en avant, la jambe restant tendue jusqu'à ce que le pied touche terre. S'il pliait le genou, il ne pourrait faire qu'un petit pas ; et, d'ailleurs, comme les genoux se plieraient inégalement, il en résulterait que les pas ne seraient pas égaux. Enfin,
a6tt TROISIÈME PARTIE.
si on permet au cheval de plier les genoux, il est impossible de l'empêcher de gratter, ce qui rendra nécessairement les pas inégaux. Il faut donc exiger avec le plus grand soin la tension complète du membre jusqu'à ce que le pied soit revenu à terre.
Si le cheval pose bien les pieds à terre, les jambes étant ainsi tendues, les pas seront forcément égaux.
Dès que l'on obtient un seul pas très correct de chaque jambe, on ne doit plus continuer ce travail à pied, bien que les progrès fussent certainement plus rapides.
Le pas espagnol est en effet toujours beaucoup plus gracieux, brillant et régulier, quand l'écuyer l'enseigne étant monté. En effet, quand vous êtes à pied, il vous faut tirer le cheval en avant ; vous ne pouvez donc pas le mettre dans la main, puisqu'en le tirant vous tendez l'encolure. La tête se trouve ainsi dans une position mauvaise, ce qui rend le cheval disgracieux.
Au lieu d'avoir à tirer le cheval en avant, il est infiniment préférable de le pousser avec les jambes : aussi n'est-ce que monté qu'on doit enseigner le pas espagnol.
Les deux premiers pas obtenus à pied, on se met donc en selle, et on cherche à faire exécuter le travail qui vient d'être expliqué.
Voici comment je m'y prends:
Je tiens les rênes du mors et la rêne gauche du
filet dans la main gauche; la rêne droite du filet et la cravache sont placées dans la main droite.
Le cheval arrêté, je tends mon filet assez fortement pour placer la tête et l'encolure hautes. Je suis à main gauche, et Je demande le premier pas à la Jambe droite. Ayant le mur à ma droite. Je suis certain que le cheval ne pourra se traverser quand Je demanderai à sa jambe droite de se lever sous l'action de ma jambe gauche; tandis que, si Je lui demandais de lever la jambe gauche, l'action de ma Jambe droite ferait dévier la croupe à gauche.
Je porte mes mains à gauche et Je soutiens vigoureusement ma jambe gauche, qui plus tard sera aidée par l'éperon.
La rêne droite du filet est plus tendue que la gauche; les deux Jambes sont près des sangles de façon à empêcher le reciilej^, la gauche étant beaucoup plus soutenue. L'effet des rênes est de reporter presque tout le poids de l'avant-main sur l'épaule gauche. C'est maintenant à la Jambe gauche du cavalier de faire lever la jambe droite du cheval. Pour cela, ma cravache étant bien descendue. J'en donne de petits coups sur l'épaule droite, tout en continuant à relever la tête avec le filet droit.
Ignorant ce que Je lui demande, le cheval commence toujours par s'impatienter; aussi faut-il n'insister que très doucement. Cependant il faut insister jusqu'à ce qu'il lève la jambe. Dès qu'il a fait le moindre mouvement de la jambe droite, il faut cesser
et caresser, puis faire un tour de manège et recommencer.
Huit jours ne se passeront pas sans que le cheval tende les deux jambes; car il va sans dire que je fais exécuter le même travail, en sens inverse, pour la jambe gauche.
A partir de ce moment, je combine l'action de la cravache et de mes jambes, et à mesure que j'obtiens plus facilement l'effet voulu, je diminue l'effet de la cravache et augmente celui de la jambe, jusqu'à ce que j'obtienne l'obéissance à la jambe seule.
Dès que le cheval répond par une tension complète à l'attaque des jambes et au besoin des éperons, je ne me sers plus du tout de la cravache; et il m'est alors facile de le pousser en avant, sur la main, ce qui m'était impossible étant à pied.
Détaillons maintenant l'action des aides pendant tout le mouvement :
L'action de la jambe gauche et de la rêne droite fait lever la jambe droite du cheval. Au moment où il va la reposer à terre, je le pousse en avant de mes deux jambes, dont l'action a pour double résultat de le maintenir droit et de l'obliger à poser sa jambe droite, complètement tendue, en avant de sa jambe gauche. Mes rênes sont également tendues pendant le pas en avant, jusqu'au moment où le pied se pose à terre. Ma jambe droite et ma rêne gauche viennent alors faire lever à leur tour la jambe gauche. C'est ainsi qu'on fait la liaison d'un pas à l'autre, liaison qui doit
être faite avec beaucoup de soin pour obtenir la parfaite régularité du mouvement.
On a donc, comme toujours, recours à un effet diagonal.
On fait aussi du pas espagnol au reculer. Ce sont les rênes qui ramènent le cheval en arrière aussitôt la tension de jambe obtenue. Le difficile dans ce mouvement rétrograde est d'empêcher l'arrière-main de dévier à droite ou à gauche, chaque fois qu'on ramène en arrière du membre qui est posé l'autre membre de devant qui est en l'air.
Il arrive très souvent que le cheval, se portant plus vivement en arrière, échappe dans ce sens et ne tend plus les jambes de devant qu'à moitié. Il faut, dans ce cas, recommencer à toujours le porter en avant sur le même temps et exiger la tension complète.
Il ne faudrait pas croire qu'on doit toujours infailliblement réussir, même en suivant à la lettre les prescriptions que je viens d'indiquer. C'est à l'intelligence du cavalier de profiter de toutes les circonstances qui se présentent pour faire comprendre au cheval ce qu'on veut obtenir de lui. Il y a là une question de tact. D'ailleurs, quand l'écuyer dresse son premier cheval, n'étant pas sûr de lui-même, il est forcément obhgé de tâtonner. Ce n'est guère qu'après avoir dressé trois ou quatre chevaux qu'il pourra exactement reconnaître s'il fait bien ou s'il manque à la bonne règle.
Le pas espagnol ne doit être demandé au cheval que lorsqu'il est déjà très assoupli, et surtout parfai-
tement obéissant aux aides. Il faut, en effet, être bien sûr de pouvoir toujours le porter en avant. Or, dans ce travail, vous lui demandez de supporter l'éperon sans presque se porter en avant.
Comme, de plus, vous êtes forcé d'avoir les mains hautes pour élever l'encolure, vous reportez ainsi une grande partie du poids de la masse sur l'arrièremain et vous risquez l'acculement. La conséquence, c'est qu'il peut arriver que le cheval lève les deux jambes au lieu de n'en lever qu'une : ce sera la pointe, défense peu redoutable, puisque c'est un mouvement en avant; ou la cabrade, plus dangereuse, surtout si les mains agissent.
C'est parce qu'il faut éviter ces défenses qu'il est nécessaire que le cheval, avant d'arriver à ce point du dressage, se porte franchement en avant, dans toutes les circonstances, au contact des éperons. Si malgré cela la défense se produit, les deux éperons énergiquement appliqués an moment précis où le cheval lève les deux jambes, — les mains rendant tout, — transforment la cabrade en pointe en provoquant le mouvement en avant.
Du reste, il arrive à chaque instant, dans le cours du dressage, que l'on est obligé de renoncer à obtenir momentanément le mouvement que l'on enseigne, pour porter le cheval en avant. Pour peu qu'on tolérât parfois l'acculement, on ne tarderait pas à être impuissant à porter d'autorité le cheval en avant. Il comprendrait vite que par l'acculement il échappe au
. PAS ESPAGNOL. a/j.
rassembler, et il y aurait recours à chaque instant.
Tout travail surplace, qui a pour but d'apprendre au cheval à supporter les éperons sans presque se porter en avant, est toujours dangereux. Il a souvent pour résultat de rendre le cheval rétif et, dans ce cas, c'est toujours la méthode qu'on accuse, alors que l'on devrait bien plutôt incriminer la manière dont on l'applique. Il est d'ailleurs assez difficile à un écuyer qui dresse son premier ou ses premiers chevaux d'éviter l'acculement. Très souvent le cheval est acculé alors que l'écuj^er ne s'en aperçoit même pas. Règle générale, quand le cheval 7ie remonte pas sur la main, il est acculé. Aussi ma devise est-elle : En avant, toujours en avant, et encore en avant !
Je reconnais, du reste, que l'on n'obtient jamais de concession de la part du cheval sans une lutte plus ou moins vive : mais il ne faut pas oublier que de cette lutte dépend la domination de l'homme sur l'animale Si vous demandez à votre cheval une chose difficile sans l'y avoir suffisamment préparé, non seulement il y aura une lutte ; mais, — ce qui est beaucoup plus grave, — c'est le cheval qui en sortira vainqueur. Il faut donc se rendre compte de l'instant précis où telle ou telle chose peut être demandée. C'est une question de tact.
I. Il est bon de noter qu'après chaque leçon orageuse, si l'homme est sorti vainqueur de la lutte, le cheval se montre d'une docilité exemplaire dans les leçons suivantes. Il n'y a pas d'exception à cette régie. - -
Si le cheval y étant mal préparé, vous lui demandez trop tôt un travail donné, vous pouvez être certain de ne pas aboutir : faute de préparation suffisante, il y aura sûrement résistance de la part de l'animal.
Le même travail, au contraire, peut sans inconvénients être demandé plus tard. Il vaut mieux essayer de dresser son cheval en une année qu'en six mois. Plus un cheval est difficile, plus il faut consacrer de temps à son éducation. Mettez six mois, s'il le faut, à le bien équilibrer aux trois allures naturelles et à lui apprendre à reculer correctement, avant de lui enseigner le travail de haute école et les allures artificielles.
Je n'attacherais aucune importance au pas espagnol, si on n'était obligé de l'apprendre au cheval, pour pouvoir plus tard compléter son éducation de haute école, par les pirouettes sur trois jambes, le trot espagnol et le galop sur trois jambes.
Pour cela, il est de toute nécessité que l'écuyer puisse obtenir à son gré les tensions de jambes, et qu'il les obtienne surtout par l'éperon, seul mo3'en de maintenir le cheval en équilibre, de le pousser sur la main et dans la main, et de l'obliger à tenir les jambes aussi hautes et aussi tendues qu'il le faut.
Il est, hélas! un autre moyen d'apprendre au cheval le pas espagnol; moyen, je m'empresse de le dire, que je n'emploie jamais, mais dont je suis pourtant obligé de parler, car il est très en vogue dans la nouvelle école. Je désigne ainsi cette génération d'écuyers
qui s'est formée depuis la mort de Baucher et a substitué aux airs d'école si brillamment exécutés par lui une série de contorsions bizarres, obtenues grâce à une foule d'accessoires, dont l'emploi nécessite le concours d'un nombre d'hommes plus ou moins considérable.
Pour enseigner le pas espagnol suivant la méthode de la nouvelle école, il faut toute une escouade d'écuyers : quatre hommes et un caporal, pas un de moins et quelquefois davantage.
On commence par mettre une entrave au paturon de chaque jambe de devant : à chacune de ces entraves est attachée une corde, et chaque corde est tenue par un homme. Un troisième personnage tient le cheval par la bride et est en même temps préposé au maniement delà cravache. Le caporal monte sur le dos de l'animal, tandis que l'on confie à un cinquième bourreau la haute mission de tenir la chambrière. Voyons maintenant les mouvements d'ensemble auxquels l'escouade va se livrer sur la malheureuse bête.
L'homme n° 3, qui tient la cravache, tape sur la jambe gauche du cheval; le n° i, qui tient la corde correspondant à cette jambe, tire sur la corde et tend la jambe, tandis que le caporal qui est sur le dos de l'animal exerce une pression de la jambe droite pour habituer le cheval à tendre sa jambe à l'approche de l'éperon; au même moment, le n° 5, qui tient la chambrière, touche l'animal sur la croupe pour forcer le mouvement en avant.
zt6 TROISIEME .-ir^TlE.
Voïlà. donc un pas de la jambe gauche obtenu. L'homme n* 2, qui tient la corde correspondant à l'entrave du paturon de la jambe droite, n'entre naturellement en scène que quand l'escouade fait exécuter à la jambe droite la manœuvre que nous venons de décrire pour la gauche. Et cette double manœu\Te continue tant que l'animal n'a pas pris l'habitude du pas espagnol.
En argot, cela pourrait tout aussi bien s'appeler : « passer le cheval à tabac » Quant à moi, je cherche vainement, e- eze:. le mot pour qualifier ce genre d'opération : ce n'es: assurément pas du dressage et cela n*£ rier. ce commun avec Téquitation.
Pirouette renversée sur trois jambes.
La pirouette renversée sur trois jambes, la quatrième restant tendue en Tair, pendant toute la durée de la rotation de la croupe autour des épaules, est le mouvement le plus facile à apprendre au cheval. Je parle, bien entendu, du cheval déjà équilibré, puisqu'il s'agit de réunir en un seul mouvement des rotations de croupe e: des tensions de jambes.
Vo :;.T-~iencez par demander au cheval, placé : :ir: - ^ - manège et au repos, quelques pas de