PLANCHE XXIX
Fi 2. 2
PIAFFERS ET PASSAGES. 31J
Pour obtenir le piaffer, vous devez rassembler votre cheval en fermant les jambes jusqu'à l'éperon. Il est difficile d'expliquer, dans un livre, à quel moment précis l'éperon doit agir pour renforcer l'action de la jambe : il y a là, évidemment, une question de tact. 11 est plus facile de l'indiquer sur le terrain, car on voit alors si le cavalier se sert trop ou pas assez du fer. Comme nous l'avons déjà dit, l'éperon doit arriver pour déterminer le cheval à céder à la jambe quand l'action de cette jambe est restée insuffisante par ellemême. D'ailleurs, le cheval a besoin de sentir les éperons pour rester rassemblée Enfin, comme pour faire piaffer le cheval vous devez l'empêcher d'avancer, si vous n'arrivez à l'éperon, il se jettera infailliblement à droite ou à gauche en forçant la jambe. On doit donc user des jambes tant qu'elles suffisent à maintenir le cheval ; néanmoins, pour le tenir en respect, l'éperon doit toujours friser le poil.
Pour arriver au piaffer-, il faut procéder par de
1. On a souvent discuté si l'éperon était une aide ou un châtiment. En réalité, je l'ai déjà dit, il est tantôt l'un, tantôt l'autre, selon les besoins. Pendant le dressage, il doit toujours être une aide, et ne devenir un châtiment que quand le cheval se révolte ouvertement. Encore faut-il rechercher si c'est par pur caprice de sa part et non par votre faute que l'animal s'est révolté. Si c'est par caprice, l'éperon doit servir à le châtier ; mais souvenez-vous, dans tous les cas, que les Anglais appellent avec grande raison les éperons : persuaders.
2. Le piaffer précipité et le piaffer lent s'obtiennent par les mêmes moyens. Je m'attache exclusivement au piaffer lent.
petits picotements des éperons^; et, comme toujours, il faut, au début, se contenter de deux temps.
Je touche mon cheval à droite et à gauche, mais presque simultanément ^ Mon éperon droit jette la jambe droite de derrière sous le centre, ce qui force la jambe gauche de devant à s'élever, tandis que mon éperon gauche se faisant sentir à son tour, juste au moment où le bipède diagonal gauche est en l'air, produit un effet semblable sur le bipède diagonal droit. J'ai donc obtenu mes deux premiers temps de piaffer; mais, pour commencer, ces deux temps doivent être si rapprochés l'un de l'autre qu'ils n'en forment, pour ainsi dire, qu'un seul ^ ; exactement comme en escrime, quand le tireur fait : Une, deux, très serré*.
1. C'est ce que La Guérinière appelait excellemment le pincer délicat de l'éperon.
2. En effet, si j'attaquais exclusivement d'un côté sans recevoir immédiatement le cheval sur la jambe opposée, je n'aboutirais qu'à jeter les hanches de côté.
3. Si je les espaçais, j'aurais alternativement un écart à gauche et à droite dans le genre du balancer.
4. Il résulte de ce que je viens de dire que ces deux premiers temps sont nécessairement des temps de piaffer précipité. Quand on commence le piaffer, on ne peut savoir d'avance ce qu'il sera. En général, le cheval cherche toujours à le précipiter, en raison de l'impatience que lui causent les attaques. D'ailleurs, le piaffer précipité ayant moins de hauteur exige moins d'efforts que le piaffer relevé. Une fois le piaffer obtenu tel quel, il reste à le régler, et c'est là que se manifeste le tact de l'écuyer. Le difficile, c'est d'empêcher le piaffer précipité, ou plutôt de le transformer en piaffer lent, en donnant la hauteur qui résulte du rassembler. Plus le rassembler sera complet, plus la hauteur sera grande. Énergie des jambes, légèreté de main,
PIAFFERS ET PASSAGES. JIS
Il arrive souvent qu'aux premières attaques précipitées, le cheval bondit. S'il se porte en avant en bondissant, il n'y a pas grand mal : cela vous indique seulement que vous avez agi trop vigoureusement des éperons. Il faudra donc en user plus légèrement quand vous recommencerez.
Si vous répétez souvent ces deux premiers temps de piaffer, le cheval, au point de dressage où nous en sommes arrivés, comprendra vite ce que vous lui demandez. Dès qu'il marquera bien droit les deux premiers temps, sans manifester la volonté de se dérober à vos attaques, vous pourrez alors lui en demander quatre, puis six, etc., et vous continuerez à en augmenter le nombre, tant que vous le maintiendrez aisément dans cette position ; mais n'abusez pas.
Il faut naturellement cesser et porter le cheval en avant, dans la main, aussitôt que vous sentez qu'il peut vous échapper, soit en jetant ses hanches de travers, soit en essayant une pointe, soit encore, ce qui est pire, en reculant.
et surtout délicatesse du tact pour la combinaison des aides, ainsi s'obtient le piaffer lent relevé. Dans le piaffer précipité, les jambes, s'élevant peu au-dessus du sol, restent raides. Dans le piaffer relevé, le bipède en l'air fléchit fortement en gagnant en hauteur, tandis que les paturons du bipède posé fléchissent au point de toucher terre (voir planche XXIX, figure 2), pour lancer, à leur tour, la masse en hauteur par leur détente.
Quand on va du passage au piaffer en raccourcissant le passage, les temps du piaffer se règlent plus facilement, en raison de la cadence déjà obtenue ; mais le tact de l'écuyer n'est pas moins nécessaire.
ji(î TROISIEME PARTIE.
Dans le premier cas, il faut redresser les hanches d'un vigoureux coup d'éperon donné du côté où le cheval se jette; c'est une correction.
Si l'animal fait une pointe, vous êtes forcé de rendre la main pour éviter un accident; mais il ne faut pas que les éperons quittent les flancs' (voir planche XXXII) : leur action doit, au contraire, s'augmenter de petites attaques, tant que le cheval n'est pas redevenu calme dans la main-.
Reste le reculer, qui est plus difficile et plus dangereux à combattre.
Si sur de petites attaques le cheval se met à reculer vivement, il faut rendre tout et avoir recours aux attaques les plus vigoureuses. L'attaque répétée de l'éperon près des sangles est un moyen auquel nul animal ne résiste, si elle est énergiquement continuée. D'ailleurs, j'ai déjà dit qu'il ne fallait jamais attaquer le cheval sur place avant de lui avoir appris à se porter franchement en avant sur l'éperon. Je ne suis donc pas exposé à avoir à lutter contre la défense que je décris. Si cela m'arrivait cependant, j'en viendrais facilement à bout par les attaques répétées du fer^. Mais si faute de dressage suffisant on se trouve en présence de cette défense, et si on n'est pas capable de prolonger suffisamment les attaques répétées de l'éperon