DU CHEVAL D'ECOLE POUR DAMES. U
C'est pour obvier à ces inconvénients que le cheval d'école pour dames doit être plus facile de droite à gauche.
Quant au cheval de promenade, il suffit simplement qu'il reste droit.
Commentaires sur Baucher.
Baucher est assurément le plus grand et le plus habile écuyer que nous ayons eu, si l'on ne considère que l'équitation de haute école ^ Sans doute, ce n'est pas lui qui a inventé la haute école, qui est le fruit du travail de nombreuses générations d'écuyers. Mais il a su trouver et coordonner une méthode nouvelle et véritablement surprenante. Aucun écuyer n'avait, avant
i.En ce qui me concerne, je me re'clame hautement de Baucher. François Caron, mon maître, était son élève. J'ai étudié à fond la méthode de Baucher dans toutes ses parties. Sans Baucher, je ne serais jamais arrivé en équitation au point où je suis.
Il y aurait vraiment ingratitude de ma part à mentionner le nom de Baucher, sans rendre en même temps un hommage mérité à son rival Victor Franconi, de qui j'ai reçu tant d'excellentes leçons. Victor Franconi, par sa hardiesse et sa solidité, aussi bien que par l'impulsion qu'il donnait à ses chevaux, se rapprochait beaucoup plus de l'équitation du comte d'Aure.
Il faudrait une longue liste si l'on voulait citer tous les maîtres envers qui les écuyers d'aujourd'hui sont redevables. La France peut se vanter d'une admirable pléiade de grands écuyers. Si l'Italie peut citer un Pignatelli, l'Angleterre un Newcastle, l'Allemagne un comte de Schweppe, la France peut mettre
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lui, obtenu d'aussi merveilleux résultats. Il a vaincu bien des difficultés et a certainement aplani un grand nombre des obstacles que rencontrera toujours sur son chemin l'écuyer qui veut dresser un cheval d'école.
Enfin il a créé des airs nouveaux qu'il a exécutés avec une précision remarquable. Sa méthode est surtout admirable en ce qu'elle est basée sur la conservation du cheval par l'équilibre, la gymnastique raisonnée, les assouplissements et une juste répartition des forces^ Elle a, de plus, cet immense avantage sur les méthodes anciennes, de donner très promptement des résultats. Ainsi, avec la méthode Baucher, on peut dresser un cheval de promenade en deux mois et un cheval d'école en huit ou dix mois -, tandis qu'autrefois il fallait deux ou trois années pour obtenir ce dernier résultat, et encore les anciens écuyers n'abor-
en regard des centaines de noms illustres, en tête desquels brillent, — pour ne parler que des anciens, — des écuyers comme Dupaty de Clam, La Guérinière, le chevalier d'Abzac, le marquis de Bigne, etc., etc.
L'école de Hanovre, la plus célèbre des écoles étrangères, est le rejeton direct de la grande école de Versailles.
La France est, sans contestation possible, le pays classique de réquitation.
I. J'ai adopté dans mon travail ce que j'appelle les trois clefs d'or de la méthode Baucher. Ce sont : i" ses assouplissements complets avec plus d'élévation de la tête et de l'encolure ; 2° ses attaques pour renfermer le cheval; 3° son rassembler, que j'ai perfectionné.
A part cela, je me rapproche davantage de l'ancienne école de Versailles, en ce sens que je tiens toujours pour les grandes allures et pour la nécessité de laisser étendre le cheval.
daient jamais les difficultés que Baucher a vaincues ^ Je vais plus loin, ils ne les soupçonnaient même pas.
Nous devons donc nous incliner avec reconnaissance devant ce maître de l'art équestre.
Est-ce à dire que Baucher soit exempt de critiques? Non, certes; et, pour ma part, je suis loin de partager toutes ses idées. Je pense même qu'il est de mon devoir de combattre ceux de ses procédés que je trouve faux. J'ai eu déjà, plusieurs fois, dans le courant de cet ouvrage, l'occasion de relever certaines erreurs du grand écuyer. Il me reste encore à critiquer quelquesunes de ses opinions.
Ainsi, tout d'abord, je dis que la méthode Baucher, qui consiste à renfermer complètement et constamment le cheval entre les mains et les jambes du
I. J'ai dressé jusqu'à ce jour trente-cinq chevaux d'école. Personne n'est encore arrivé à en dresser un aussi grand nombre. Baucher, qui est mort à soixante-quatorze ans, en avait dressé vingt-six. N'ayant que cinquante-six ans, j'espère doubler ce nombre si j'arrive à l'âge du savant écuyer. Quant aux chevaux de promenade que j'ai dressés, je les compte par centaines.
Certes, je n'ai pas la prétention de me croire plus fort que certains de mes illustres devanciers : je sais qu'avant moi d'autres ont fait aussi bien, peut-être mieux. Si je mentionne ces faits, c'est simplement pour montrer les résultats de ma méthode. Je suis persuadé que tout écuyer qui voudra la suivre pourra obtenir les mêmes résultats, pour peu qu'il soit assez bien doué de la nature et qu'il ait l'amour du cheval.
Peu d'auteurs ont donné, au sens propre du mot, une véritable méthode de dressage. Je n'ai cessé de compulser tous les ouvrages qui ont trait à l'équitation : aucun ne donne un ensemble vraiment complet.
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cavalier, est dangereuse pour les gens peu avancés en équitation et pour ceux aussi qui travaillent ou dressent leurs premiers chevaux sans être sous l'œil d'un maître ^ Elle n'est donc pas à la portée de tout le monde, et elle ne peut être pratiquée sans inconvénients que par ceux qu'une étude sérieuse y a préparés,
Baucher dit que tous les chevaux ont la même bouche et la même sensibilité des flancs. Cette opinion est des plus erronées. Je prétends, au contraire, qu'il est impossible de trouver deux bouches et deux flancs ayant exactement le même degré de sensibilité. Sans doute, comme pour les feuilles d'un même arbre, la différence ne sera pas toujours très apparente; mais, néanmoins, elle existe et ne saurait être niée.
Que l'on arrive à rendre tous les chevaux légers à la main et tous les flancs sensibles à l'éperon, c'est possible et même certain; mais ce que je nie, c'est qu'on puisse donner à tous la même légèreté et le même degré de sensibilité.
Baucher ajoute que, quand un cheval tire sur la main, sa bouche n'y est pour rien et qu'il suffit de changer son équilibre. Examinons cette opinion. Prenons, par exemple, les chevaux de pur sang à l'entraînement et laissons-leur à tous leur équilibre de course : la tête basse, l'encolure allongée et la croupe haute. Qu'arrive-t-il ? Les uns ne s'appuient pas assez
I. C'est peut-être ce qui explique que les Baiichéi-istes purs ont abouti souvent à rendre leurs chevaux rétifs.
sur la main, et ils courent mal; d'autres tirent juste assez pour bien courir; d'autres encore tirent trop fort ; il en est enfin qui s'emportent malgré la solidité des bras et la vigueur de leur cavalier.
Qu'est-ce que cela prouve ? sinon qu'ils n'ont pas tous le même degré de sensibilité de la bouche, puisqu'ils sont tous dans la même position.
Remarquez que tous les chevaux à l'entraînement ont une même embouchure : un simple bridon. On ne peut donc pas mettre sur le compte du mors leurs différentes manières de tirer sur la main.
J'ai fait à ce sujet des expériences qui ne peuvent laisser aucun doute. Aussi, je ne crains pas de poser en principe que : i° chaque cheval a une sensibilité de bouche qui lui est propre et qui n'est jamais exactement la même que celle d'un autre cheval ; 2° cette différence de bouche subsiste quels que soient l'allure, le travail et l'équilibre.
Ainsi, j'ai possédé et dressé en haute école deux chevaux de pur sang qui avaient eu des succès sur le turf: Redoubt, par Parmesan; Gant, par Gantelet et iVf '® de la Romanerie. Je ne les ai eus qu'à l'âge de cinq ans, et j'en avais fait de remarquables chevaux d'école.
Redoubt avait la bouche fine et délicate; il donnait et maintenait le rassembler complet presque sans effet des rênes. Gant avait la bouche plus ferme : pour le rassembler au même degré, il fallait avoir les rênes tendues.
Montant alternativement l'un et l'autre, je me rendais au champ d'entraînement, derrière Bagatelle, au pas, au trot ou au galop, observant pendant le trajet, à ces différentes allures, la même différence de bouche que j'avais constatée au manège dans le travail d'école le plus fin.
Arrivé sur le champ de courses, la gourmette détachée et les rênes du mors nouées sur l'encolure, je faisais prendre à mes chevaux un court galop d'essai. Très rapidement, l'un et l'autre retrouvaient leur position et leur train de course. Je leur faisais ensuite parcourir environ mille mètres à fond de train. Jamais on n'aurait cru qu'ils étaient restés dix-huit mois sans courir. Mais chacun montrait dans le train de course la différence de bouche qu'il avait marquée dans le travail de haute école et pendant la promenade.
Pendant la course, Redoiibt tirait juste assez sur la main pour bien courir. Gant, au contraire, prenait un fort point d'appui, tirait vigoureusement et s'emballait. J'arrêtais le premier comme je voulais après quelques galopades, tandis que je ne parvenais à arrêter le second qu'au bout de cent cinquante ou deux cents mètres, et encore bien moins avec la main que par la voix.
Après la course, je regagnais l'écurie au pas, pour laisser souffler mes chevaux; et aussitôt arrivé, sans débrider, je leur faisais exécuter leur travail de haute école. Ici encore, je retrouvais, sans la moindre alté-
ration, leur qualité de bouche exactement la même qu'auparavant.
Pendant la promenade, mes chevaux étaient légers sans être assis sur les hanches^ ; pour la course, ils avaient tiré tout aussi fort que s'ils n'avaient jamais été dressés en haute école ; et revenus au manège, bien assis sur leurs hanches, ils étaient aussi légers que s'ils n'avaient pas couru.
Notez que, pendant l'expérience que je viens de rapporter, mes chevaux avaient été placés successivement dans trois équilibres absolument différents :
1° Pendantqu'ils se rendaient au champ de courses, ils étaient dans l'équiHbre que l'on devrait toujours avoir pour la promenade, l'équilibre horizontal. Ils gardaient donc la position d'équilibre qui résulte de la simple mise en main.
2° Pendant la course, ils avaient l'équilibre de course, c'est-à-dire qu'ils étaient sur l'avant-main.
3° Au manège, à la reprise de haute école, ils reprenaient leur équihbre d'école, c'est-à-dire qu'ils étaient assis sur les hanches ou, en d'autres termes, qu'ils étaient sur l'arrière-main. L'équilibre avait donc été modifié trois fois. L'emploi des aides avait également été tout différent, suivant le travail demandé. Mais le point essentiel que je soutiens contre Baucher, c'est que, quel que fût le travail, l'emploi des aides, et surtout l'équilibre, qualités ou défauts de bouche