I. C'est l'équilibre de promenade, l'équilibre horizontal
subsistaient absolument. Dans les trois équilibres, je retrouvais la même différence de bouche.
J'ai renouvelé cette expérience avec vingt chevaux de pur sang dressés en haute école, et toujours j'ai été amené à la même conclusion : vous pouvez changer l'équilibre sans que, pour cela, la bouche change.
Toutefois, il est évident que le cheval qui a la tête basse fait porter au cavalier sa tête et son encolure^ tandis que, si vous changez Téquilibre en plaçant la tête et l'encolure hautes, elles ne pèseront plus sur la main.
Baucher confondait la sensibilité de la bouche avec la légèreté qui résulte du changement de position de la tête et de l'encolure.
Parlons maintenant des flancs.
Qui croira qu'un cheval lourd, commun et lymphatique, a la même sensibilité des flancs qu'un cheval vigoureux, nerveux et généreux^ ?
Que l'on puisse arriver à faire exécuter au premier presque les mêmes exercices qu'au second, je l'admets : mais à quel prix ! Il faudra lui labourer les flancs de l'éperon pour obtenir un semblant d'énergie. A.vec le second, au contraire, il suffira de l'approche du talon pour développer des actions énergiques.
Jamais un cheval chatouilleux, quinteux, ramin-
I. Autant dire que tous les hommes sont chatouilleux au même deere.
gue, ne supportera l'éperon avec la même docilité, la même confiance, qu'un cheval ayant bon caractère et peu susceptible. On n'arrive, en aucun cas, à modifier complètement l'œuvre de la nature. Il y a plus : un cheval naturellement chatouilleux le devient encore davantage quand il est soumis au contact continuel des éperons. Il arrive même que celui qui n'est pas chatouilleux le devient quelquefois par suite des exigences du dressage.
De même un cheval qui a de mauvais reins, les jarrets faibles ou toute autre tare, ne sera pas guéri pour avoir passé par la méthode Baucher. Ses imperfections ne feront même souvent que s'accroître en raison des souffrances qu'il endure quand on l'oblige à prendre telle ou telle position, soit le ramener simple sans jambes ^ ou le rassembler complet. Baucher était donc loin de compte quand il prétendait que sa méthode guérissait tous les maux.
Règle générale, plus le cheval est faible et souffreteux, moins il faut lui demander d'efforts, sous peine de le rendre impropre à tout service. Avec un tel animal, il ne peut être question d'équitation fine : il est incapable de supporter le rassembler. Demandezlui simplement de se porter en avant, et estimez-vous heureux si vous en faites un passable cheval de promenade.
I. D'ailleurs, j'ai déjà dit qu'on ne doit se servir du ramener simple qu'avec un cheval généreux, qui donne vigoureusement dans la main.
}6o QUATRIEME PARTIE.
Un autre point sur lequel Baucher me paraît être absolument en dehors de la vérité, c'est lorsqu'il prétend détruire les forces instinctives du cheval et n'agir que sur des forces transmises.
Cette théorie est tellement bizarre et contraire à la nature des choses, que je ne puis m'empêcher de croire que l'expression employée par Baucher a mal traduit sa pensée.
En effet, qu'est-ce que les forces instinctives? Ce sont apparemment les forces naturelles, c'est la vigueur musculaire. Si ces forces sont détruites, que reste-t-il ? Que sont encore ces forces transmises dont parle Baucher ; d'oiî viennent-elles ? On transmet un courant électrique ou un effet moral ; mais, pour transmettre une force, il faut l'avoir produite d'abord et nous savons : i*^ que le cavalier ne doit pas déployer de force, puisqu'il doit toujours rester souple; 2° que même si le cavalier déployait de la force, sa puissance comparée à celle du cheval serait insignifiante.
De quels moyens dispose le cavalier ? Il n'en a que deux : les jambes et les mains ^
Les jambes réveillent sans doute la vigueur du cheval quand elles sont bien soutenues, mais elles n'y ajoutent aucune force. Elles provoquent simplement le cheval à déployer l'énergie dont il est susceptible.
i. Les jambes, aides d'impulsion; les mains, aides de rétention et de direction.
Quant aux mains, elles ne doivent pas déployer de force. Si, dans un cas exceptionnel, elles font un effort, cet effort ne peut avoir pour but que de contrecarrer celui du cheval. Elles ne lui transmettent pas une force, elles arrêtent partiellement les siennes.
Deux jockeys arrivent au poteau presque ensemble, les chevaux étant aussi épuisés l'un que l'autre. Si l'un des deux jockeys est très vigoureux, il pourra, en déployant une grande énergie des mains, des jambes, de la cravache, paraître communiquer une forte impulsion à son cheval et obtenir ainsi deux ou trois galopades plus vigoureuses qui lui suffisent pour gagner. Voilà une force qui a l'air d'être transmise, mais, en réalité, le jockey a simplement stimulé, par une action vigoureuse, tout le reste d'énergie dont le cheval est capable, et l'a portée à son maximum pendant deux ou trois secondes.
Autre cas : des chevaux, revenant d'une longue chasse, sont exténués. Ils descendent une pente rapide au bas de laquelle se trouve un fossé. Certains chevaux, n'étant pas soutenus, buttent ou tombent : au contraire, un cavalier attaque vigoureusement son cheyal et l'empêche de tomber. Voilà encore une force qui paraît transmise momentanément. En réalité, là encore, le cavalier n'a fait que réveiller la vigueur et l'énergie de son cheval, et c'est la force naturelle de celui-ci qui a tout fait.
Prenons un cheval de haute école à la fin de son travail. Souvent il s'éteint, c'est-à-dire qu'il n'a plus
de brio dans ses mouvements. Néanmoins, je veux encore lui en faire exécuter quelques-uns et des plus énergiques. Dans ce cas, je suis obligé de recourir aux éperons et de m'en servir avec une certaine vigueur pour faire vibrer le cheval sous l'attaque. Est-ce une force que je lui ai transmise? Non, c'est un reste d'énergie que j'ai réveillé, et qu'il dépense en force.
En résumé, le cavalier ne transmet pas de force à son cheval; il utilise, en les dirigeant, les forces naturelles de celui-ci, il les modère ou les excite à son gré.
Je veux croire que Baucher entend simplement dire que, toutes les fois que le cheval cherche à employer d'autorité ses propres forces (qui sont instinctives), le cavaher les arrête ou les dirige, surtout si elles ont pour but une violence : un bond, une pointe ou un tête-à-queue, par exemple. Mais, quand le cheval met toute son énergie,, qui, apparemment est aussi instinctive, à donner un bon pas, un grand trot ou un galop bien accentué, j'imagine que l'on ne doit pas chercher à la détruire. Baucher ne détruisait ni ne transmettait les forces : il les dirigeait. Il s'emparait des forces par des assouplissements et une éducation bien comprise ; et, par suite, empêchant le cheval d'en user à sa guise, il le dominait.
Du reste, le cheval pourra toujours se soustraire à la force par la force, et, dans ce cas, le cavalier sera bien vite au bout des siennes. Aussi récu3^er doit-il toujours chercher à empêcher le cheval de se rendre
compte de ses propres forces, de façon à éviter qu'il ne songe à s'en servir contre lui.
On y arrive en sentant et en devinant d'avance les intentions du cheval. L'e'cuyer qui a du tact prévoit les défenses, les sent venir et les pare avant que le cheval ait eu le temps de les exécuter.
Baucher, après avoir passé sa vie à dresser des chevaux, tels que Partisan, Buridan, Capitaine, Stades, etc., se plaint que ses chevaux n'étaient pas toujours légers dans les changements de direction. La raison qu'il en donne, c'est que, avec sa manière de travailler, il n'obtenait que Véquiîibredu second genre, que j'appelle, moi, équilibre impai^fait ou j^assembler incomplet. Suivant lui, l'équilibre du premier genre, que j'appellerai équilibre parfait ou rassembler complet, s'obtient en faisant agir les mains sans les jambes et les jambes sans les mains. Mais, là, Baucher se trompe gravement, car, s'il a fini par trouver Véquilibre du premier genre, c'est grâce à l'élévation de la tête et de l'encolure qu'il a adoptée vers la fin de sa carrière, à un moment où il ne pouvait plus monter à cheval. Il ne pouvait pas obtenir le rassembler complet en plaçant la tête et l'encolure de ses chevaux comme il faisait. La tête était trop basse et l'encolure pliait par le milieu : aussi arrivait-il forcément que la légèreté lui échappait par moments.
Pour ce qui est d'obtenir le rassembler cojîiplet par des eftets de mains sans jambes et de jambes sans mains, c'est tout simplement absurde.
On lit dans la quatorzième et dernière édition de Baucher, page 82 : « Ma méthode met tellement le cheval dans la dépendance du cavalier que, par la combinaison des effets de jambes et de mains, nos moindres mouvements suffisent pour diriger à notre gré les ressorts de ce puissant animal. » Rien de plus exact. Mais pourquoi prétend-il, dans la même édition, page 178, que la seule et véritable équitation doit se faire « jambes sans mains et mains sans jambes « ? Comment n'a-t-il pas vu que ces deux assertions se contredisent ? Les jambes du cavalier ont pour office de rendre le cheval j>aillant dans ses hanches, et la main galant dans sa bouche. Sans le concours simultané de ces deux aides, on peut faire des tours de force : il n'y a pas de bonne équitation possible.
Du reste, ce qui prouve que Baucher se trompait lorsqu'il croyait avoir trouvé l'équilibre parfait avec « jambes sans mains et mains sans jambes », c'est qu'il dressait le cheval avec les deux aides et qu'il n'arrivait que plus tard à se servir de l'une sans l'autre. Du reste, comme on est forcé de se servir des jambes pour donner l'impulsion et de la main pour diriger, il s'empressait de revenir aux deux aides.
Dans ces conditions, pourquoi abandonner une aide à laquelle on est forcé d'avoir recours à chaque instant ? En veut-on la preuve ? Essayez de faire le travail des deux pistes sans jambes : rien n'indiquera au cheval que les hanches doivent marcher, sur-
tout si VOUS demandez les deux pistes au galop ou au passage. Essayez de demander du trot espagnol, toujours sans jambes : le cheval lèvera un peu les jambes de devant en place, mais rien ne lui donnera l'impulsion nécessaire pour prendre le trot. Changez les aides et demandez le même travail sans employer les mains. L'action des jambes, pour obtenir l'élévation et la tension des membres antérieurs, aura pour résultat de jeter brusquement le cheval en avant, puisque rien ne le retient et n'élève l'avant-main. Il en serait de même dans tous les airs.
Je conviens cependant que, quand l'éducation du cheval d'école a été poussée à son dernier degré de finesse, il exécute pour ainsi dire tous les mouvements sans le secours des aides : il suffit, pour l'y amener, de les lui indiquer avec les rênes flottantes et un simple frôlement du pantalon. Ce n'est, en somnie, qu'une question de nuances; mais tout Tart est précisément fait de nuances.
Quoi qu'il en soit, puisque Baucher avoue qu'il n'avait que Véquilibre du second genre {rassembler ijiconiplet), je suis autorisé à croire que mes chevaux d'école sont supérieurs aux siens ; car, depuis dix ans, j'obtiens ce qu'il appelle Véquilibre du premier genre, le rassembler complet. Je m'empresse, du reste, d'ajouter que c'est grâce à Baucher qu'en cherchant, je suis arrivé à trouver ce rassembler, qui n'est possible qu'avec une grande hauteur de tête et d'encolure. Au surplus, quand je dis que mes chevaux
i66 QUATRIÈME PARTIE.
d'école sont supérieurs à ceux de l'illustre maître, je n'ai pas la prétention de croire qu'ils sont plus justes que ne l'étaient ceux de Baucher, puisque ces derniers l'étaient complètement. Je veux simplement dire que j'obtiens les mêmes airs d'école, tout aussi régulièrement que mon savant prédécesseur, mais avec beaucoup plus de hauteur de tête, d'encolure et des membres, c'est-à-dire avec un équilibre plus complet, — nécessitant par conséquent un effort moindre, — et surtout avec beaucoup plus d'impulsion.
Dans ses ouvrages sur l'équitation, Baucher ne tient que peu ou point compte du moral du cheval à l'extérieur. Évidemment, il y a là une lacune.
C'est que Baucher ne montait jamais dehors. Sans avoir été son élève, je l'ai suivi et étudié pendant ses voyages en Autriche, en Italie, Suisse, etc., de 1847 à i85o. Or, pendant ces trois années, je ne l'ai jamais vu sortir à cheval. On a prétendu très inexactement qu'il n'était pas solide en selle et que, pour cette raison, il n'osait se montrer à la promenade ou à la chasse. Cela n'est pas admissible. Je veux bien admettre qu'il n'était pas aussi prime-3autier et brillant cavalier que le comte d'Aure, qu'il n'avait peut-être pas la solidité à toute épreuve de ce dernier; mais cela ne prouve pas qu'il craignait de monter au dehors. Le fait d'avoir dressé plusieurs chevaux prouve jusqu'à l'évidence qu'il était solide en selle, car, pendant le dressage, il y a toujours des luttes plus ou moins violentes.
COMMENTAIRES SUR BAUCHER. jfiy
Il faut donc chercher ailleurs les raisons qui empêchaient Baucher de sortir.
Baucher, étant un novateur et par conséquent un chercheur, n'éprouvait aucun plaisir quand il lui fallait abandonner le cheval à lui-même, comme on le fait à la promenade. Pour arriver à nous tracer la voie, il a fallu qu'il consacrât toute sa vie à son œuvre. Elle seule l'intéressait. Monter sans travailler n'était pour lui qu'un ennui. Voilà pourquoi Baucher ne s'est jamais occupé du cheval de promenade ou de chasse, de son caractère, de la manière de le monter, de le conduire, et de l'énorme différence qui sépare le cheval de manège renfermé suivant sa méthode et le cheval d'extérieur à qui on laisse une grande latitude.
Ne montant pas au dehors, Baucher ne mettait jamais ses chevaux aux grandes allures. C'est une faute, car le cheval passe très facilement de la position allongée au rassembler. L'allure à fond de train, pourvu qu'elle ne soit pas trop prolongée, a l'avantage de lui permettre de s'étendre, ce qui le repose en changeant l'équilibre, en même temps qu'elle lui développe et fortifie les poumons.
Du reste, le défaut capital de Baucher était de renfermer constamment son cheval. J'estime, quant à moi, qu'il est de principe, au cours des leçons de dressage, de laisser le cheval s'étendre après chaque concession. Enfin, je tiens qu'il faut d'une manière générale, pendant le dressage du cheval, lui donner l'habitude de s'étendre de temps à autre aux trois allures. Il n'y
a pas d'équilibre, pas de position qui ne finisse par fatiguer. Qu'on en change et l'on y reviendra avec plaisir.
Une dernière observation. A la page io3 delà quatorzième édition de son ouvrage, Baucher rapporte une conversation qu'il a eue à Berlin avec des officiers allemands qui passaient pour avoir une certaine connaissance du cheval.
Ils disaient : « Nous voulons que nos chevaux soient en avant de la main. » Baucher répondait : «Je veux que les miens soient derrière la main et en avant des jambes. »
Eh bien, moi, je ne suis ni de l'avis des officiers allemands ni de l'avis de Baucher. Le cheval doit être en avant des jambes et légèrement sur la main. C'est toujours la question des nuances. A moins cependant qu'il ne s'agisse des chevaux de l'armée, car alors il y a bien autre chose qu'une nuance, et, dans ce cas, je me sépare complètement de Baucher. J'ose même dire que le seul fait de prétendre que les chevaux doivent être derrière la main devrait suffire pour exclure à jamais sa méthode de l'armée. Mettre en pratique une pareille opinion ne pourrait amener que de l'hésitation chez le cheval, car c'est la main qui le dirige. Le cheval hésite toujours quand il ne sent pas la main. Or, s'il est derrière la main, il ne sent pas les rênes. C'est tout le contraire qu'il faut faire avec le cheval d'armes, qui doit toujours être franchement sur la main.
Tels sont les points principaux de la méthode
Baucher, sur lesquels je suis en désaccord avec l'illustre maître.
Néanmoins, je le répète, j'ai pour lui la plus sincère admiration.
Baucher a été un créateur, et tous ceux qui s'occupent d'équitation doivent lui rendre hommage comme à un maître. Il avait en même temps la grande qualité de ne rien décrire qu'il ne fût capable d'exécuter. Beaucoup d'autres, après lui, ont longuement écrit sur l'équitation, et souvent pour décrire de magnifiques mouvements qu'ils auraient été fort en peine de faire exécuter à leurs chevaux. Baucher, lui, prouvait la supériorité de sa théorie en la mettant en pratique.
Pour être un cavalier accompli , ou du moins pour se rapprocher, autant qu'il est possible, de la perfection, il faut pouvoir subir les cinq épreuves suivantes :
i" Monter un coquin;
2" Courir un steeple ;
3° Courir une course au trot ;
4° Courir une course plate au galop;
5° Savoir dresser et monter un cheval d'école.
Monter un coquin, lorsqu'il ne s'agit que de rester sur son dos, est simplement affaire de solidité et de courage. Il suffit d'être bon cavalier et un peu cassecou. Mais, si l'on parvient à prévoir les défenses par le tact et à les prévenir, alors on fait de l'équitation raisonnée.
Je mets le steeple au second rang. Il demande plus de solidité et de hardiesse. Il faut être surtout bon cavalier plutôt que bon écuyer. Mais le steeple exige moins de finesse et de tact que les épreuves suivantes.
La course au trot vient, suivant moi, au troisième rang, au point de vue du jugement et du savoir qu'il y faut développer. Il est évident que, si le jockey ne
juge pas bien quand le cheval est dans son maximum, il continuera à le pousser et lui fera facilement prendre le galop. Mais ce Jugement est beaucoup plus facile que dans la course plate au galop, oià il faut connaître le maximum, en être toujours près et ne le donner qu'au moment voulu.
Je place en quatrième lieu la course plate au galop, considérant que c'est véritablement de l'art que d'approcher seulement du talent des F. Archer, Watts, Cannon, Webb, etc. Pour courir en plat au galop, il faut avoir le sentiment du train très développé. Le jockey qui ne saisit pas bien le train qu'un cheval peut soutenir sans s'épuiser rapidement ne sortira jamais de l'ordinaire. Quand on pense que le maximum d'un cheval de course donne tout près d'un kilomètre par minute, on comprend combien il est difficile d'avoir, à une seconde ou deux près, le sentiment du train.
S'il s'agissait simplement dans une course de courir les uns après les autres, le premier venu pourrait le faire. La difficulté est de mener et de garder le train qui convient le mieux au cheval que l'on monte. Si on ne peut le placer où et comme on veut, sans avoir à lutter contre lui, on reste dans la moyenne comme talent.
Si le jockey tire trop fort sur les rênes, le cheval s'épuise par les efforts qu'il fait contre la main. Dans ce cas, c'est bien moins sa bouche qui souffre que ses reins et ses jarrets. Il en résulte une fatigue de l'ar-
rière-main, qui empêche le cheval de donner son maximum à l'arrivée. Si au contraire le jocke}^ ne retient pas assez son cheval, celui-ci donne trop tôt son maximum de vitesse, et il est également épuisé avant le moment voulu.
Il faut donc avoir assez de tact pour ne pas tomber dans l'un ou l'autre de ces deux extrêmes.
Enfin le dernier terme, c'est de savoir dresser un cheval d'école. Il faut, en effet, pour y arriver, posséder le savoir, la finesse, le tact au suprême degré. Il faut encore avoir une connaissance exacte des forces du cheval, qui seule permet de le dresser sans le tarer. Dans le dressage du cheval d'école, ce n'est pas seulement le sentiment des eff'ets des mains et des jambes qui est poussé à son extrême limite; l'assiette elle-même doit percevoir les moindres mouvements de l'arrière-main. Par l'assiette, le cavalier se rend compte de ce qui se passe sous lui. Par suite, il peut réprimer la moindre faute commise et récompenser immédiatement la plus petite marque de bon vouloir. C'est là qu'est tout le secret du dressage.
Il y a plus, l'écuyer qui dresse le cheval d'école agit seul et ne dépend que de lui-même. Toute faute commise doit lui être imputée, comme aussi tout mouvement bien exécuté est son œuvre. Gela n'est vrai que pour le travail d'école.
Le cheval de course, pour ne citer que celui-là, passe entre bien des mains, entraîneurs, lads, jockeys, etc., et chacun, s'il y a faute commise, peut l'imputer à son
voisin. Seul le cheval d'école est l'œuvre exclusive de celui qui l'a dressé. A une critique de Baucher, le comte d'Aure répondit un jour : Je ne suis pas dresseur de chevaux. Que dressait-il donc ? Est-ce le mot dresseur qui sonnait mal à son oreille ? Pour moi, je n'en connais pas d'autre. Sans doute il ne faut pas confondre l'écuyer qui dresse finement un cheval avec le piqueur qui le dégrossit, mais j'ose dire qu'on n'est écuyer qu'àla condition de pouvoir dresser son cheval. C'est le dressage qui est la pierre de touche de l'écuyer. C'est le cheval dressé qui témoigne pour le dresseur.
Pages.