I. — LES LIMITES
1 les quatre groupes d'agglomération humaine, — Inde, Chine, Europe, États-Unis, — le groupe européen est aujourd'hui le principal Dans la répartition de l'espèce humaine sur le ^obe, il représente un foyer dont l'action se répercute partout ; comme puissance numérique et économique, il est le bloc pr^ndérant qui met son pcâds dans la balance.
Cette supériorité numérique est de date récente. D est probable qu'au commencement du xix« siècle la population de l'Europe n'atteignait pas le chiffre déjà atteint par l'Inde et la Chine : elle s'élevait, d'après les calculs les plus plausibles, à 175 millions environ \ Si l'on considère qu'avant les vides, pour le moment incalculables, causés par la gurare, elle était évaluée, en 1914, à 448 millions, il en résulte un accroissement d'environ 150 p. lOO dans une période dépassant à peine un siècle. La densité moyenne, qui était à peu près de 19 p. 100 en 1800, était arrivée à dépasser, dans ces dernières années, le chiffre de 45 p. 100. n est vrai qu'une moyenne s'étendant indistinctement à l'Europe entière perd beaucoup de sa valeur. Un trait plus significatif de cette statistique rétrospective est que, vers 1815^ aucune grande région sur le continent européen n'avait une densité comparable à celle du Royaume lombard-vénitien, soit 90 habitants par kilomètre carré : la richesse agricole, le legs historique de grands travaux publics expliquaient cette supériorité. Cette contrée a notablement accru sa population dans le cours du dernier siècle ; mais, sans parler de la Grande-Bretagne, la Belgique, la Province rhénane,
1. E. Lbtassbub, Staiisiique de la êuperflcie et de la population dea eoniréee de la terre. V partie : Europe (BuU, InstUut Intern. de Stat., I, livr. 3-4, 1S86, p. 110 et totv.).
72 LA RÉPARTITION DES HOiOiES SUR LE GLOBE
la Saxe montrent aujourdlmi une densité supérieure à la tienne.
La répartition a donc varié aussi bien que Teffectif total. Des déplacements de densité ont eu lieu. On est en présence d'un fait en marche, provoquant des chocs en retour qui se transmettent d'une contrée à l'antre. Car c'est, depuis un demi-siécle environ, dans l'Europe orientale, en Russie notamment \ que l'accroissement de la population procède à l'allure la plus accélérée. Sans doute, des obstacles de dimat s'opposent à ce que l'Europe, dans sa totalité, soit entraînée dans ce mouvement : néanmoins l'organisme européen est tel aujoui^ d'hui que les nerfs moteurs agissent avec force jusqu'aux extrémités ' des membres.
Le cadre dans lequel se circonscrit, actuellement du moins, l'ag^omération européenne, pourrait être approximativement tracé, au Nord, par le 90o de latitude. Au delà de cette ligne, le long de laquelle s'échelonne, en avant-postes, une rangée de grandes villes*, s'étend une vaste région (2.500.000 Idlomèttes carrés environ) où la densité de population ne dépasse guère au total 3 hab. par kmq '. Cependant, baignée au Nord par une mer qui reste généralement libre, cette région, depuis dix siècles au moins, est entrée dans le cerde d'attraction des contrées voisines. Ce sont d'abord les pêcheries qui ont attiré les hommes ; puis, dans la suite des siècles, le commerce des bois et des fourrures, aujourd'hui les mines et l'énergie hydraulique. L'e3q>loitation de ces ressources nouvelles a imprimé un accroissement sensible, depuis un demi-siède, à la population de ces t confins de l'oecoumène •. Comme dans tous les pays de colonisation, les villes maritimes en ont surtout profité : les deux tiers de la population norvégienne sont sur les côtes, et l'on remarque, en Scandinavie conmie en Finlande, une proportion rdativement forte de population urbaine ^ Mais les ressources nourridères sont trop indigentes pour laiuer beaucoup de marge à l'accroissement ; l'émigration, qui s'y dévdoppe au moins aussi vite que la natalité, et même, à l'occasion, des famines se chargent d'y mettre un terme.
1. D'sprès E. Levabseur, raccroissement de population de la Rmile d'Eorope, entre 1630 et 1908, aurait été de 186 p. 100 ; plus que double de celui de la Gnmde- Bretagne dans la même période. (La répœiiiion de la race humaine sur le ghbe temtirt, dans BuU, Irutaul Iniem, de Stat., XVIII, Uvr. 2, 1909, p. 48-63.)
2. BÔgen, 77.000 hab. ; Kristiania; 242.000 hab. ; Stockhobn, 386.000 hab. ; HeK slngfon, 161.000 hab. ; Petrograd, 2.133.000 hab.
3. Norvéïre septentrionale ; ^ Suède septentrionale (Norrland) ; — Ftailande septentrionale ; — Gouveraements d'Arkhangel'sk, Olonets, Vologda.
4. En Finlande, sur une-population totale de 3 millions environ, 429.000 habitent des villes de plus de 20.000 Ames. (SooÉTé db Géooraphib db FlNiAifDB, AOoM de Ptnlande, 1910.) — La proportion est encore plus forte en Norvège.