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VI. — INFLUENCES ARABES

La physionomie de la Méditerranée a changé au cours des temps» le peuplement suit la même marche. Une touche nouvelle vient foncer le tableau de la densité» quand» après la dépopulation qui avait accompagné la décadence de l'Empire romain» la domination arabe réussit à s'établir dans le Sud de l'Italie et en Espagne. Elle apportait avec elle de nouvelles cultures» le coton» la canne à sucre» le riz» les agrumes» issues des régions tropicales et servies par une science plus avancée de l'irrigation. La Méditerranée» dans sa moitié méridionale» offrait un domaine à souhait. Elle a des hivers plus doux» suivis» il est vrai» de sécheresses plus longues ; mais si pour l'irrigation on dispose de quantités suffisantes» il est possible d'y reproduire la merveille des régions tropicales» c'est-à-dire de faire succéder sans interruption» sur des espaces restreints» des cultures d'espèces variées ; de créer enfin de puissants appels d'hommes. L'œuvre des Arabes» qui a survécu à leur domination» a» comme jadis celle des Phéniciens» contribué à méridionaliser la Méditerranée. Dans ces contrées qui» dans leur état primitif» faisaient aux Orientaux l'effet d'une terre de forêts et de pftturages» elle a achevé de mettre au premier plan le verger» le jardin dont la vie pullulante est due à l'art délicat que Persans et Arabes avaient poussé à la perfection. Sans doute» l'organisation de l'eau

1. Ce t3rpe de oooqaes étagées n'est pas particaHer à TltaUe. On le retrouve ches nous : Gonflent de Pradet (Prades, 345 m.) et Cerdagne à une altitude supérieure ; en Espagne ; conque d'Urgel ; Lorca (350 m.) et Murde ; Vega de Grenade (700 m.) et Gampo xegadio de Ja€n» etc.

n'avait pas attendu les Arabes pour ^fttre une préoccupation habituelle des peuples méditerranéens ; Platon ne fait-il pas allusion à de belles et antiques lois qui avaient pour objet cette question vitale ^ T Des traces de très anciens traités et de conventions entre peuples ont été conservées en Grèce ; il n*est pas douteux que» en Roussillon» une oi^ganisation existftt à Tépoque visigothique '. On ne saurait, toutefois, refuser aux Arabes le mérite d'avoir serré de plus près que leurs devanciers le problème de l'irrigation. La Sicfle leur ofbit en premier lieu un champ merveilleux d'expérience. Elle provoqua on afflux de population. La prospérité du Val Mazzara au x« siècle y réunissait une population qui sans doute n'avait pas alors d'égale en Europfé ; ce foyer de prospérité et de travail attirait des immigrants de la Ligurie et du Nord de l'Italie ; la Conca d'Oro de Palerme avait une population qu'on peut juger non inférieure à celle d'aujourd'hui '. Nous devons savoir particulièrement gré à cette organisation, puisque c'est d'eUe que procèdent aujourd'hui ces minutieux travailleurs maltais qui, avec les Mahonais, viennent changer en jardins lés banlieues de nos villes algériennes.

Les vegas et huertas d'Espagne s'organisèrent à la sicilienne K Ontelles diminué d'étendue ? Peut-être sur certains points. Elles s'échelonnent, comme on sait, sur la côte orientale et méridionale depuis Valence jusqu'à Malaga, et à quelque distance vers l'intérieur depuis Lorca jusqu'à Grenade. Il faut profiter des gorges par lesquelles les rivières, débouchant des montagnes à proximité du littoral, disposent encore d'une pente sensible. pour en maîtriser l'écoulement. M' Jean Brunhes a* donné de leur organisation une analyse précise et documentée, à laquelle je dois renvoyer le lecteur ^ Rappelons seulement que plus de 300.000 habitants se pressent sur l'espace d'un millier de kilomètres carrés qu'on embrasse du. haut de la tour de la cathédrale de Valence. Les bourgs ramassés qu'on observait aux approches vers Tarragone et Sagonte se dispersent en une multitude de barracas,

1. Lotê, VIII, p. 844 a : xcûv Gdàrcov icfpi yttàpyoïdi icoXaioi xal xdXoi v6|xoi.

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