‹ Principes de géographie humaineChapitre 38 sur 129 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

RÉGIONS UËDITERRANËENNES 01

qu'un village en ruine ; mais, à l'issue des eaux ruisselantes, Drama conserve un peu d'activité. Là, comme à Sérès, un reste de vie urbaine, collée à la montagne, comme un germe endormi, est le signe d'une puissance latente qui ne demande qu'à s'épanouir encore, quand viendra son heure \ Elle sonnera quand la petite propriété libre aura remplacé le système des tehifliks ou latifundia qu'y avait implanté la domination turque.

L'Italie, quoique l'histoire ne l'ait guère épargnée, a mieux conservé ses centres de population. Parmi les bassins successifs que relie l'Amo, celui de Lucques mérite particulièrement l'attention. Il n'est pas comme celui où Florence a succédé à Pistoia, au débouché d'un des passages principaux de l'Apennin, n doit sa fertilité aux eaux venues des Alpes Apuanes (dme (culminante, 1 .946 m.). Le tribut que lui apporte le Serchio y rencontre, comme l'Amo lui-même, l'obstade du mont Pisan (918 m.), qui l'empêche de voir Pise. Le drainage a dû se combiner avec l'irrigation pour disdpliner et répartir raflDux surabondant des eaux bienfaisantes. Tandis que l'olivier garnit les premières pentes, remplacé par le châtaignier au-dessus de 560 mètres, la plaine s'étend comme une marqueterie de petits champs xectangulaires où serpente la vigne entre mûriers et érables, dont le rideau, renforcé par des peupliers et des saules, abrite un foisonnement de céréales et de légumes : le tout nourrit une des plus fortes agglomérations de l'Italie '. La fonction bienfaisante de l'eau s'y accomplit dans sa plénitude. Les cultures de plaines s'y combinent avec cdles des versants. La ganmie de produits, eu égard à la latitude* est complète ; s'il y manque les agrumes qui n'apparaissent guère que vers 40o de latitude, en revanche, dans le Sud de l' Italie, la châtaigne n'entre plus guère dans l'alimentation. Le cadre rempli déborde au dehors. Ce coin de Toscane mérite de servir de type.

La Campanie ne se résume pas dans Naples et sa banlieue, ni dans les vignobles qui cernent le Vésuve : le trait géographique essentiel est l'arc de cercle intérieur que dessinent les chaînes calcaires brusquement interrompues au bord de la plaine. A leur pied se pressent les populations et les villes, depuis Capoue, au débouché du Voltume, par Caserta, Maddaloni, Nola, Samo, Nocera, jusqu'à l'éperon calcaire qui sépare ce groupe naturel de celui de Saleme.

'1. Sérès est à 50 m. d'altitude, à portée du Perlm-dagh (1.820 m.), Drama est à 106 m., ao pied du Bos-dagh (1.854 xn.). t Au-dessons de la ville [Drama], s'échappait de tontes parts des eaux dont les habitants tirent bon parti pour la teinture et la tannaiie. » (Cousnrfoy, ouvr. cité, II, p. 6.)

3. Province de Lucques, 242 hab. au kmq. (Italie, 126). De là partent de nonifareuz émigrants temporaires pour la Corse.

Le Vultore lait naître comme nne oasis dans les soUtndes de la Basilicate. Plus de 500 habitants par kmq. se pressent snr le flanc occidental de l'Aspromonte. L'Etna rainasse autour de ses fiancs, au niveau des sources, une des plus extraordinaires fourmilières du monde : 359 hab. au kmq. sur le pourtour entier, jusqu'à 600 hab. sur la partie Est et Sud. De même» dans le Péloponèse, Kalamata, héritière de Messène, groupe au pied du Taygète (2.400 m.) une population double de celle du royaume \

Le Canlgou (2.785 m.) dispense àla Vega de Prades, puis au Rivieral de la plame roussillonnaise, une richesse d'eau qui depuis le x^ siècle, jBn des luttes dévastatrices entre Francs et Arabes, y a entretenu une densité croissante de population. Le Genfl, échappé de la Sierra Nevada (Cerro de Mulhaoen, 3.481 m.) est le créateur d'un groupe humain que l'antiquité avait connu sous le nom d'IUberris, remplacé depuis par celui de Grenade. Dans cette partie méridionale de la région méditerranéenne, le niveau supérieur des cultures de plantations s'élève de plus en plus. Les agrumes remontent jusqu'à 700 mètres dans le bassin de Grenade.

Si l'on cherche quelle est en moyenne, autour de la Méditerranée» la zone d'altitude où se platt l'habitat humain, il faudrait la déterminer environ entre 200 et 400 mètres. Elle échappe aux exhalaisons qui rendent souvent la plaine dangereuse et elle admet la plupart des cultures qui font la richesse du domaine climatique méditerranéen. C'est à ce niveau que, autour de la Campagne romaine, se déroule la ligne des Castelli romani, que se nichent les vieux oppida qui bordent* sur les monts des Volsques, la frange déserte des Marais Pontins, que d'anciennes villes dominent les al^rds passablement déserts de l'antique Étrurie. C'est dans cette zone d'altitude que les plis de l'Apennin embrassent dans leurs sinuosités un grand nombre de bassins, qui forment autant d'unités démographiques. Les rivières qui les relient entre eux ont peine à se frayer une issue, et il a fallu plus d'une fois que le travail des hommes aidât à l'évacuation des eaux. L'Ame, le Tibre, comme l'Atemo et la Pescara sur le versant adriatique, traversent une succession de bassins : .celui d'Arezzo (272 m.), ceux de FoUgno, de Rieti, d'Aquila, de Sùlmonà '. La vie y est saine et forte. Vasari attribuait à l'air vif d'Arezzo quelque chose du génie de Michel-

1. Densité de la Messénle, 76 hab. aa kmq. Moyenne de la Grèce, 41 hab.

2. Bassin de Foligno, 310 kmq., 240m. ; bassin de Rieti, 88 kmq., 400 m. ; bassin d'Aquila, 100 kmq., 700 m. ; bassin.de Sulmona, 107 kmq., 400 m. ; bassin du lac Fncin, 842 kmq., 655 m. — Remarquer reziguîté de ces conques, dont la popolsition déborde périodiquement. — Voir : Maurice Besnibr, La conçue de Suûnona (Annakê de GéographU, XIII, 1904, p. 348-360 ; pbot., pi. 11).

iVFi^vivaf*

RÉGIONS MÉDITERRANËENNES 93

Ange. Autour de Foligno» d'Assise» de Rieti, de Sulmona, se dressent les plus hautes chaînes de l'Apennin calcaire» aussi sèches sur les flancs que ruisselantes de sources à la base : Vettore» 2.477 m. ; Gran Sasso» 2.914 m. ; Velino, 2.487 m. ; Majella» 2.795 m. Le jardin en est le premier plan; la montagne grise en forme le fond. Les oppida, vieilles enceintes fortifiées» se nichent sur les éperons dans les parties non cultivables. La vie urbaine n'y est pas chez elle» mais une vie cantonale assez puissante» que la main de Rome a groupée en faisceau» préparée d'ailleurs par des affinités de langue. Dans la pureté et la vivacité de l'air se conserve et se reforme un matériel humain qui a fourni autrefois à cette même Rome le meilleur contingent de ses légions» et aujourd'hui la main-d'œuvre qu'elle recrute pour l'exploitation de la Campagna K

Ce va-et-vient crée un rythme caractéristique de la vie méditerranéenne.

Page 1