‹ Principes de géographie humaineChapitre 4 sur 129 · I. — EXAMEN CRITIQUE DE LA CONCEPTION DE GÉOGRAPHIE HUMAINE · texte numérisé non relu

I. — EXAMEN CRITIQUE DE LA CONCEPTION DE GÉOGRAPHIE HUMAINE

La géographie humaine est une des branches qui ont récemment poussé sur le vieux tronc de la géographie. S'il ne s'agissait que d'une épithéte, rien ne serait moins nouveau. L'élément humain fait essentiellement partie de toute géographie ; l'homme s'intéresse surtout à son semblable» et, dés qu'a commencé l'ère des pérégrinations et des voyages, c'est le spectacle des diversités sociales associé à la diversté des lieux qui a piqué son attention. Ce qu'Ulysse a retenu de ses voyages, c'est « la connaissance des cités et des mœurs de beaucoup d'hommes •• Pour la plupart des auteurs anciens auxquek la géographie fait remonter ses titres d'origine, l'idée de contrée est inséparable de celle de ses habitants ; l'exotisme ne se traduit pas moins par les moyens de nourriture et l'aspect physique des hommes, que par les montagnes, les déserts, les fleuves qui forment leur entourage.

La géographie humaine ne s'oppose donc pas à une géographie d'où l'élément humain serait exclu ; il n'en a existé de telle que dans l'esprit de quelques spécialistes exclusifs. Mais elle apporte une concqition nouvelle des rapports entre la terre et l'homme, conception suggérée par une connaissance plus synthétique des lois physiques qui régissent notre sphère et des relations entre les êtres vivants qui la peuplent.

C'est l'expression d'un dëvdoppemeiit d'idées et non le résultat direct et pour ainsi dire matériel de l'extension des découvertes et des connaissances géographiques.

n semblerait que la grande lumière qui se projeta an xn^ siècle sur l'ensemble de la terre eût pu donner lieu à une véritaUe géographie humaine. Td ne fut pas le cas. Les moenrs des habitants tiennent assurément une grande place dans les récits et les compilations que nous a légués cette époque. Mais quand ce n'est pas le merveilleux» c'est l'anecdote qui y domine. Dans ces divers types de sodétés qui défilent sous nos yeux, aucun prindpe de classification géographique ne se fait jour. Ceux qui, d'après ces données, essayaient de retracer des tableaux ou des c miroirs > du monde, ne se montrent en rien supérieurs à Strabon. Lorsque, en 1650, Bernard Varenius écrit sa Géographie gàïirale, l'œuvre la plus remarquable qui ait paru avant Ritter, il emploie à propos des phénomènes humains qui doivent figurer dans les descriptions de contrées, des expressions montrant une condescendance presque dédaigneuse. Ainsi deux aièdes de découvertes avaient accumulé des notions sur les peuples les plus divers, sans qu'il s'en dégageât, pour un esprit préoccupé de dasdfication sdentifique, rien de satisfaisant et de net I

Cependant la pensée sdentifique avait été de longue date attirée par les influences du monde physique et leur action sur les sodétés humaines. Ce serait faire injure à une lignée de penseurs qui va dçs premiers philosophes grecs à Thucydide, Aristote, Hippocrate et Eratosthène, que de ne pas tenir compte des vues ingénieuses, parfois profondes, qui sont semées dans leurs écrits. Conunent le spectade varié et grandissant du monde extérieur n'eût-il pas éveillé, par un juste retour sur la marche des sodétés humaines, un écho dans ces écoles philosophiques nées sur les rivages d'Ionie ? H s'était trouvé là des penseurs qui, conmie Heraclite, véritable prédécesseur de Bacon, jugèrent que l'homme, plutôt que de river la recherche de la vérité à la contemplation de « son microcosme », aurait grande raison d'étendre son horizon et de demander des lumières « au monde plus grand i dont il fait partie \

Us commencèrent par chercher dans le milieu physique l'explication de ce qui les frappait dans le tempérament des habitants. Puis, à mesure que les observations sur la marche des événements et des sodétés s'accumulèrent dans le temps et dans l'espace, on comprit mieux quelle part il convenait d'y assigner aux causes géographiques.

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