Bacon, De augmentU êclentianun, t. I, f
Les considératkMis de Thucydide sur la Grèce archaïque, de Strabon sur la position de l'Italie, procèdent des mêmes exigences d'esprit que certains chapitres de VEsprii des lois ou de VHistoire de la efpîlisation en AngUierre de Thomas Buckle.
Ritter s'inspire aussi de ces idées dans son Erdkunde, mais il le fait davantage en géographe. Si, par un reste de prévention historique, il assigne un rôle spécial à chaque grande individualité continentale, du moins l'interprétation de la nature reste pour lui le pivot. Au contraire, pour la plupart des historiens et des sodologues, la géographie n'intervient qu'à titre consultatif. On part de l'homme pour revenir par un détour i llioinme. On se représente la terre comme t la scène où se déroule l'activité de l'homme », sans réfléchir que cette scène elle-mAme est vivante. Le problème consiste à doser les influences subies par l'homme, à faire la part d'un certain genre de déterminisme s'exerçant à travers les événements de l'histoire. Questions assurément graves et intéressantes, mais qui pour être résolues exigent une connaissance à la fois génénle et plus approfondie du monde terrestre qu'il n'était possible de l'dbtemr jusqu'à ces derniers temps.
II. — us PRINCIPE DE L'UMITâ TERRESTRE ET LA NOTION DE MILIEU
L'idée qui plane sur tous les progrès de la géographie est celle de l'unité terrestre. La conception de la terre comme un tout dont les parties sont coordonnées, où les phénomènes s'enchaînent et obéissent à des lois générales dont dérivent les cas particuliers, avait, dès l'antiquité, fut son entrée dans la science par l'astronomie. Suivant l'expression de Ptolémée, la géographie est « la science sublime qui lit dans le del l'image de la terre ». Mais la conception de l'unité terrestre resta longtemps confinée dans le domaine mathématique. Elle n'a pris corps dans les autres parties de la géographie que de nos jours, et surtout par la connaissance de la cireulation atmosphérique qui préside aux lois du dimat. De plus en plus, on s'est élevé à la notion de faits généraux liés à l'organisme terrestre. C'est avec raison que Er^ Ratrel insbte sur cette conception dont il fait la pierre d'angle de son Anihiopogéographie K Les faits de géographie humaine se rattachent à un ensemble terrestre et ne sont explicables que par lui. Ils sont en rapport avec le milieu que crée, dans chaque partie de la terre, la combinaison des conditions physiques.
1. Fr. Ratibl, ArUhropogéographUt 2* parti*, Introduction, Die Bologàiackt EnUmêiehi, Stnttfvt, 1891.
Cette notion de miliea^ c'est surtout la géographie botanique qui a contribué à la mettre en luïniére, lumière qui se projette sur toute la géographie des êtres vivants. Alexandre de Humboldt avait signalé, avec sa prescience accoutumée, Timportance de la physionomie de la végétation dans la caractéristique d'un paysage, et, lorsqu'en 1836 H. Berghaus publia, sous son inspiration, la première édition de son AUas physique \ le dimat et la végétation y étaient nus nettement en rapport Cet aperçu fécond ouvrait la voie à une nouvelle série de recherches. D ne s'agissait plus en effet d'un classement suivant les espèces, mais d'une vue embrassant tout l'ensemble du peuplement végétal dans une contrée, de façon à noter les caractères par lesquels s'exprime l'influence des conditions ambiantes : sol, température, humidité.
La physionomie de la végétation est bien le signalement le plus expressif d'une contrée, comme son absence en est un des traits qui nous étonne. Lorsque nous cherchons à évoquer un paysage enfoui dans nos souvenirs,. ce n'est pas une plante en particulier, un palmier, un olivier, dont l'image se dresse dans notre mémoire ; c'est l'ensemble des végétaux divers qui revêtent le sol, en soulignent les ondulations et les contours, lui impriment par leur silhouette, leurs couleurs, leur espacemenft ou leurs masses, un caractère commun d'individualité. La steppe, la savane, la silve, le paysage de parc, la forêt-clairière, la forêt-galerie, sont les expressions collectives qui résument pour nous cet ensemble. Il ne s'agit pas d'une simple impression pittoresque, mais d'une physionomie due aux fonctions mêmes des plantes et aux nécessités physiologiques de leur existence.
C'est ce que les observations et les recherches expérimentales de la géographie botanique, surtout depuis qu'elles se sont étendues aux régions tropicales et tempérées, à toutes les inégalités d'altitudes, ont démontré par l'analyse et la comparaison. La concurrence des plantes entre elles est si active qu'il n'y a que les mieux adaptées au milieu ambiant qui parviennent à s'y maintenir. Encore n'est-ce jamais qu'à l'état d'équilibre instable. Cette adaptation s'exprime de diverses manières, la taille, les dimensions et la position des feuilles, le revêtement pileux, les fibres des tissus, le développement des racines, etc. Non seulement chaque plante pourvoit de son mieux à l'accomplissement de ses fonctions vitales ; mais il se forme entre végétaux différents des associations telles que l'une profite du voisinage de l'autre. Quelles que soient les variétés d'espèces qui cohabitât,