CHAPITRE VI
OONOLU8ZONS : BASUZiTATS BT OONTlliamiOBS
L'occupation humaine du glol)e est entrée, vers le dernier tiers .^
du zix^ siècle» dans une phase nouvelle, trop compliquée pour qu'on fm
puisse en aborder d'emblée l'examen. Près de quatre siècles s'étaient f ^
écoulés depuis la découverte de l'Amérique : c'était à peine si l'Eu- : g
rope, dans cet intervalle, avait réussi à lui envoyer neuf ou dix mû- 21]
lions de ses enfants, à peu près autant que les seuls États-Unis reçoivent de nos jours en deux décades. A ce compte, les prairies de l'Amérique ^
du Nord, les pampas de l'Argentine risquaient de restar longtemps iS
encore dans le même état qu'au temps de Colomb. Ce n'est pas d'un ^
mot qu'on peut donner la formule de tais changeraenta. zz
Mais nous pouvons déjà constater d'après ce qui précède, combien la densité de la population est liée aux questions de genres de vie. ^
Ce n'est pas assez de dire d'une façon générale que chaque genre de vie a ses exigences d'espace, plus grandes pour le chasseur ou pour le ^
pasteur que pour l'agriculteur ; bien que la question se pose encore j 5?
actaellement en ces termes, et aussi pressante que jamais, dans l'Ouest américain comme en Australie et sur les confins du Tel| et du Sahanu En réalité, toute spécialité et toute nuance de genres de vie, tout progrès, tout changement dans les rapports économiques de ocmtrées» a son retentissement sur la population. C'est comme maratcbers et . horticulteurs que les Maltais ou les Mahonais sortent de leurs lies pour aUer peupler les banlieues urbaines de l'Algérie. La pratique de l'élevage sur des plateaux unis que les chars peuvent siDonner fit essaimer les Boers. Cultivateurs particulièrement experte à défriélier la forêt, les Franco-Canadiens ont pu à leur aise multiplier sur place autour da Saint-Laurent. En revanche, il a suffi d'une succession de mauvaises récoltes, le fléau se greffant sur une mauvaise constitution de la propriété, pour que l'Irlande perdît en vingt ans la moitié environ de sa population. De ce mélange et de cet entrecroisement per-
ViDAi/-LABLAcan, Géocraphte homaliie. 7
pétael des faits sociaux et des faits géographiciaes résultent bien plus de complexités et de vicissitudes qu'on n'en imagine d'ordinaire. On risque fort de se tromper quand on fonde ses pronostics sur l'état actuel. Sa prolongation dépend des phénomènes auxquels il est lié. D'autre part, il y a assez d'exemples montrant la même race prolifique ou stérile suivant les temps et les lieux, pour 6ter beaucoup de fondement à l'importance qu'on s'est plu souvent à attribuer aux causes ethniques. C'est surtout à propos de la population qu'on peut dire que les causes géographiques n'agissent sur l'homme que. par rintermédiaire des . bits sociaux. D'où les oscillations que l'histoire permet d'entrevoir dans le passé et de prévoir pour l'avenir» de brusques poussées succédant à des temps d'arrêt, suivant une allure en somme lassez déconcertante.
Le surpeuplement, initial et pour ainsi dire congénital à l'espèce humaine, rentre essentiellement dans ce double caractère économique et géographique : économique, puisqu'il a le plus souvent pour cause l'insuffisance à tirer parti du sol et l'emploi de méthodes agricoles trop extensives ; géographique par les formes qu'il revêt et les effets qu'il engendre suivant les milieux où il se produit. Il est naturel que moins l'espace est étendu, plus tôt le point de saturation soit atteint. C'est pourquoi l'on voit des îles, des articulations littorales, d'étroites bfmdes bornées par les montagnes, chargées d'une population surabondante, se défaire par l'émigration de ce surplus. Quelques-unes ont dû à cela un rêle qui a eu son' importance dans la civilisation. C'est par la Phénicie, la Hellade, les lies de la mer Egée et de la mer Ionienne que la Méditerranée est devenue ce qu'elle reste dans l'histoire générale, un lieu de concentration et de syncrétisme de peuples. On peut attribuer de même un râle prépondérant, dans la colonisation de l'Archipel japonais, aux deux lies méridionales qu'une mer intérieure, plus découpée que la Méditerranée, reUe à l'tle principale : c'est dans 'Kiou-Siou et Sikok et sur les rivages qui leur font face que se pressent les plus denses populations de l'Empire.
Mais des domaines ainsi restreints seraient impuissants à donner aux sociétés humaines la consistance qui les assure contre les chances de destruction. Le bassin de la Méditerranée, image encore imparfaite de ce qu'il fut, malgré les efforts de restauration qui y ramènent la vie, n'est-il pas un exemple de la fragilité de ces civilisations, auxquelles manque la large base territoriale ? Aussi la formation des grandes agglomérations que nous avons essayé de décrire et dont la force numérique est de taille à supporter tous les tributs que les fléaux, guçrres, épidémies ou famines, peuvent y prélever, constitue à nos