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III. — L'HABITAT DISPEBSÊ

Les établissements humains n'ont pas rencontré partout les mêmes sollicitations de groupement. La diffusion dès eaux, la diversité des orientations, le morcellement des sols, fournissent spontanément sur divers points la somme des conditions nécessaires à une existence fixe. Les groupements élémentaires, tels que ceux que peuvent former les membres d'une famille, à peine assistés de quelques voisins, suffisent. Aucune condition n'impose les diverses servitudes qu'impliqae une communauté villageoise. L'habitat se disperse.

Cet habitat dispersé se présente en France soys des formes diverses, mais avec un caractère régional assez nettement marqué pour qu'on puisse, en traits généraux, lui assigner des limites. Tantfit c'est la petite ferme isolée, presque ensevelie dans les arbres, reliée par des sentiers couverts et fangeux à d'autres fermes distantes de quelques centaines de mètres, cas fréquent en Bretagne et dans l'Ouest de la France. Ailleurs, dans le Cotentin, s'observe fréquemment l'accouplement de deux ou trois fermes. Des hameaux assez serrés, groupant ensemble une douzaine de feux, forment un mode de peuplement assez ordinaire dans plusieurs parties du Massif Central. Des groupes de maisons séparées constituent ce que, dans le Pays Basque, on appelle un quartier.

Maisons isolées ou hameaux, ce sont des agrégats minuscules, incapables d'exercer autour d'eux une attraction semblable à celle qui

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LES ÉTABLISSEBœNTS HUMAINS 187

eoordoiiiie les coltnret autour des villages ag^omérés des grandes plaines. La phystonomie de paysage qui résulte de ces formes d'étabUssements reflète en ses traits généraux un tout autre mode d'exploitation du sol, un antre genre de vie» une disposition bien différente de œDe que nous avons observée dans les villages ag^omérés.

Cest le particularisme substitué à la centralisation. Tout parle id de s^[Muration, tout marque le cantonnement à part ; des baies d'arbres dessinent partout leurs zigzags, raient les collines, et leurs dmes mutilées, présentant d'étranges silhouettes, divisent jalousement les enclos et les champs. Les mêmes cultures se déroulent rarement sur de grands e^ces. C'est par lopins variés qu'elles s'encadrent entre les haies. Des landes s'entremâent avec les cultures. Parfois le même endos sert tour à tour à la culture et au pâturage. Au lieu d'espaces unis, rarement interrompus par des chemins, partout des sentiers creux, fossés et levées de terre garnies de buissons et d'arbres. Ce morcellement de détail laisse rarement place à des vues d'ensemUe ; et, quand on point dominant s'offre par hasard, c'est un pays fourré qu'on ce

découvre, où il est difldle de distinguer entre des croupes et des ondu- S

lations qui se ressemblent, entre des sentiers qui divaguent. Une impressibn d'isolement se dégage de cet ensemble ; et l'étranger se sent mal S

à l'aise devant ce dédale qui lui semble inhospitalier et hostile. Dans gj

ce système d'établissements, les centres de vie se réduisent à des lieux Ç

de rendez-vous périodique, marché, é^Use, chapelle, panégyrie.

On est en face d'un état arriéré. Que ce geme de vie ait de profondes mdnes, qu'il tienne au sol autant qu'à des habitudes, c'est ce que montre sa persistance, sa généralité dans les contrées auxquelles il s'est adapté; ainsi .que les rapports, peut-être indissolubles, qu'il a noués avec les institutions, les conceptions sociales de certaines races.

Les cadres de la vie sodale, aussi bien que l'aspect du pays, soulignent la différence entre les régions de villages ag^omérés et celles où l'isolement, tout au plus interrompu à de certains jours, est la rè^e.

L'opposition entre ces deux types d'établissements n'est naturellement point particulière à la France, quoiqu'elle ne se présente pas partout avec un caractère aussi tranché. EUe a été signalée particulièrement en Souabe ^ tandis que l'habitat ag^oméré règne sur les plaines calcaires du Moyen-Neckar et sur les plateaux de la Rauhe-Alp, le système d'habitat disséminé (EinôdhoQ trouve un domaine très distinct et très net dans la région morainique qui s'étend au Nord du

1. GMADMANif, Die landlidun Sieddungen Wurttembtrgs, Pd. MllL, 1010, I, p. 1S4-1S6.

lac de Constance et de TAllgSu. Les mêmes causes physiques que cettes qui ont été signalées plus haut semblent bien ici entrer aussi en jeu : le morcellement du relief, la richesse en sources, la présence diffuse des eaux ont laissé se multiplier les petites unités indépendantes, autour desquelles se pratique l'exploitation du sol. Et ce mode d'exploitation se traduit par le mélange et les enchevêtrements de champs et pâtures, où se reflète un genre de vie resté mi-agricole et mi-pastoral.

Nulle part en Europe ce type d'établissements morcelé ne se montre sur une plus grande échelle et avec un caractère plus marqué d'archabme que dans la péninsule des Balkans. L'habitat dispersé et l'habitat aggloméré, le type hameau et le type village y semblent bien correspondre à des différences géographiques. En Serbie, comme en Bulgarie, ce sont les parties accidentées et montagneuses, pentes ou versants à l'exclusion des plaines et vaUées, qui paraissent le domaine naturel de la dispersion \ Plutôt que la ferme isolée, on rencontre là des maisons associées par groupes d'une douzaine de feux ou même davantage» dont les occupants sont ordinairement reliés par des liens de famille. L'habitat est calqué ainsi sur l'état social. Sur les confins de la vieille Serbie et de la Bulgarie, entre Koumanovo et Kustendii notamment, Cvijic a cherché à tracer la limite, toujours incertaine en ces matières, qui séparerait les villages agglomérés des groupements de hameaux '. Ce3 hameaux, désignés sous le nom de Ktdibé en.Bul- {^e, y paraissent aussi le type dominant des collines et des montagnes', ils en constituent le mode de peuplement caractéristique, en antinomie marquée avec les villages de plaines. Même contraste en Valachie: le Catun^ ou groupements par hameaux de 3, 4 ou 5 maisons ou plus, est le type des collines et des avant-monts, comme le village est le type des plaines, a Partout de l'eau, dans chaque repli du sol un ruisselet, une source ; la forêt, si ravagée qu'elle ait été, est encore prochaine, offrant les bois nécessaires à la construction de la maison et à l'entretien dû feu en hiver ^ » Même opposition encore au Nord des Carpathes entre le peuplement par hameaux des collines et les gros villages des plaines de Galicie et Podolie.

n y a trop de complexité dans les races et trop de fluctuations d'ordre économique pour que cette délimitation à base géographique ne

1. C'est de ces peuples que Constantin Porphyrogénëte écrivait : < Us ne peuvent souffrir que deux cabanes soient l'une près de l'autre. »

2. J. CviJiG, Gnmdlinien der 'Géographie und Géologie von Maudonien uni AUserbien (Pet, Geogr. MilUilungen, Erg niungsfheft, n* 162, 1908), p. 125.

3. Les Kolihari, dit Jirecek, étaient primitivement plutôt des bergers qui, subsidiairement, pratiquaient une faible agriculture (Bulgarien, p. 149).

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