JiRBCBK, Dos PiinieiUum Bulgarien^ in-4*. Vienne
2. Musée du Cinquantenaire de BruxeUe», fouiUes de la Société Archéologique de Namur à Sauveolère, plan des substnictions d'une ferme du xx« siècle de J.-C
noter, c'est la fixité des types, leur multiplicatioii et la fidélité avec laqueUe ib se répètent sur une certaine étendue, attestant l'exacte adaptation à un genre de vie.
La ferme se montre tantôt dans l'intervalle des viUages, tantôt coexistant avec eux. C'est ainsi que, dans nos {daines des enviions de Paris, on voit à l'entrée ou à la périphérie du village, une de ces constructions que la longueur de ses muraiUes nues, la large et haute porte qui s'ouvre sur la cour intérieure, avec la mare et quelques grands arbres aux alxHrds, distinguent des maisons qui lui succèdent. Cependant c'est suivant les pays, tant^, la ferme, tantôt le village ag^oméré qui domine, sans qu'il soit toujours facile de dégager les raisons de ces différences. Assurément la présence de l'eau à la surface y contribue. C'est la raison pour laquelle la ferme domine sur les meulières imperméables de Brie, et est fréquente, comme dans le pays de Caux, sur les limons qui se prêtent à la formation des mares ; tandis qu'elle est subordonnée et même rare sur les craies perméables de Picardie, de Champagne ou sur les plateaux du « Muschelkalk » lorrain. Mais il y anrait sans doute d'autres éléments à chercher dans le domaine de l'histoire et dans le domaine de l'ethnographie, si l'on avait à traiter cette question.
Le village. — Le village des grandes plaines agricoles, tel qu'il existe en France, dans l'Europe centrale, dans les plaines du Bas- Danube, et dans la Petite-Russie, est i)ne des expressions méthodiques i d'un genre de vie. Son pullulement sur les espaces naturellement i découverts ou faciles à défricher se lit sur la carte et frappe la vue ' sur le terrain. Dans nos campagnes du Santerre, de l'Artois, du Cambrisis, etc., dans le Kochersberg entre Saveme et Strasbourg, dans le « Hellweg entre Unna et Soest, dans la Borde de Magdebouig à l'Ouest : de l'Elbe, les villages se distribuent, semblables entre eux, comme sur ! on échiquier, à faible distance les uns des autres. La r^larité de leur r^Motition est moins apparente en Champagne, où ils se serrent le long des rivières, sur le plateau lorrain où ils affectionnent les dépressions, dans le Soissonnais où ils sont au bord des plateaux calcaires. En dépit de différences qu'expliquent le climat ou des causes historiques, ees établissements ont entre eux un lien d'origine ; la sève est puisée aux mêmes sources. Leur formation s'est faite par groupes K Ce sont comme des colonies de plantes sociales. L'onomastique révèle souvent
1. Les étabUnemenU à désinence en vitte avaient, en Noimandie, remplaoé la vQlagH détroits par les invasions des VUdngi (v. Jorbt, Des caradèns et de fakmion du patoU normand^ Paris, 18S3).
lO LES FORMES DE CIVILISATION
cette filiatioii : tel village, sans doute plus ancien, est représenté par son diminutif, à peu de distapoe K
Ces types d'établissement tirent leur force de leur adaptation anx caraetéres de sol et de climat propres à une partie de rEorope.
Ces plaines unies sur lesquelles la charrue peut prolonger ses aillons rachètent leur uniformité par l'avantage de se prêter à de nimbreuses combinaisons agricoles. Les cultures peuvent s'y pratiquer en grand, par les mêmes procédés, avec les mêmes instruments, aux mêmes époques : semences, sarclages, récottes pouvant s'y bire aimnltan^ment D y a là im principe d'entente, l'avantage consiste en une économie de frais et en coosmodités réciproques. Ces conditions ont fait naître un système combiné de culture, une pratique ré^ée des assolements. Dés une époque ancienne, l'assolement triennal y a trouvé son domaine, on en a des preuves dés le vk^ aièele '. On a pu ainsi associer d'un commun accord les cultures de céréales ou légumineuses avec les jachères et les pfttures. Mais cette oiganisation n'est compatible qu'avec un mode d'habitat où tout l'espace réservé anx maisons se concentre, où toutes les parcelles sont accessibles et d'où rayonnent en longues bandes les pièces de terre alloties à tour de rfile. Le village ag^oméré autour duquel se coordonnent les cultures, vers lequel convergent les sentiers ou pistes herbeuses, persiste en vertu de gon organisation intrinsèque indépendamment de toute cause extérieure.
 proximité des maisons se centralisent les choses nécessaires à la communauté : les puits creusés à frais communs, organe essentid des villages de plateaux perméables, les étangs et les réservoirs des régions à sous-sol imperméable ; puis les vergers, les enclos de près, les bouquets d'arbres. Dans nos plaines de l'Artois, ce qu'on appdk le plani est une partie essentielle du village. Composé de potagen, de vergers de pommiers, de petits prés enclos de fils de fer, il forme aux maisons qu'il abrite et au clocher qui seul parfois émeige, une ceinture verdoyante en été. Rien de phs varié que ces plants, sorte d'abrégé de vie rurale. Au delà règne l'uniformité, s'étendent les champs et, jadis surtout, les jachères utilisées par les troupeaux. Le village centralise l'exidoitation.
■odilleatlons du paysage. — Ainsi par le principe de cambinaisons, rordonnance aussi bien que la composition des paysages ont été
1. Sur 1 /4 de feulUe de la carte d'état-^iuijor (Amiens S.-E.), nous tnmvom : Acbtet-lfD-Gnuiid et Acbiet-le-Petit, Oiaigncs et Oiiilgnolles, AlDy et AUid, Lucheia et LodraeL
2. Fl4ch dans Fotillb, Enquête êur l'habitation, t. II, p. 41.
LES ÉTABLISSEMENTS HUIfAINS 183
modifiées. L*hoinme a rallié autour de sea habitations un ensemble composite d'arbres et de plantes» tandis qu'à distance de la périphérie habitée» il disposait l'espace pour ses cultures. Dans l'Europe occidentale et centrale» c'est surtout aux dépens de l'arbre que s'est fait le changement» tandis que dans l'Europe orientale c'est surtout aux dépens de la steppe.
Toutes les observations de la géographie botanique semblent indiquer que» dans l'Ouest et le Centre de l'Europe» une grande partie de la surbice était le domaine des arbres à feuiUes caduques formant des forêts» continues ou coupées de clairières conmie une sorte de parc. D est naturel de retrouver dans le paysage actuel certains vestiges de l'état ancien» conmie on retrouve dans les traits de l'adulte des rftminisoences des traits enfantins.
A vrai dire cependant il y a des parties où l'arbre» s'il a existé» a été à peu près éliminé. Les croupes crayeuses qui s'étendent entre les vallées de l'Aube» de la Suize et de la Marne en Champagne» ou bien entre l'Ancre et la Sonmie en Picardie» ne montrent que des espaces dénudés» où» çà et là, quelque moulin ou quelque arbre isolé servent de point de repère. La Beauce elle-même» sans les allées qui **
bordent ses grandes routes» ne connaîtrait d'arbres que sur la lisière SS
qui assombrit sa périphérie. Mais le plus souvent» du moins dans notre £j
France du Nord» un équilibre s'est établi entre les anciens et les nou- C
veaux occupants végétaux du sol. Si les* masses forestières ont» en ^
grande partie» déserté les plateaux limoneux» elles ont trouvé asQe ^
sur les surfaces qui mettent à jour l'argile à silex» sut les sables qui u
dans une partie du bassin parisien tantôt surmontent les calcaires '
et tantôt leur sont sous-jacents (Hurepoix) (forêt de Villeis-Cotterets)» sur les graviers d'alluvions anciennes qu'enserrent les méandres flaviatOès de la Seine. L'affleurement des argiles à silex les déroule en franges le long des vallées (Caux). L'érosion leur a ménagé des asiles où elles se sont retranchées» et d'où elles débordent encore partiellement sous forme de boqueteaux» de garennes» de buissons : ainsi entre le Vexin et le pays de Caux» ou dans le Hurepoix entre Paris et la Beauce, ou en Picardie» sur les confins du Ponthieu, de l'Artois, entre Valendennes et Mons» sur les confins du Hainant» des lambeaux de bois» où le chêne et le hêtre sont fortement représfentés» semblent encore protester par leur aUure vigoureuse contre les démembrements dont ils ont été victimes. Ailleuiji» leur ancienne continuité n'est pas encore complètement masquée : c'est ainsi qu'autour du plateau de grande culture de la Pévèle une ceinture à peine interrompue de bois se dessine. Leurs lambeaux se rapprochent dans l'Arrouaise» aux con-
fins du Vermandois et de l'Artois. On peut même citer des plaines de grande culture où Timpression de forêt est encore omniprésente: la Brie, ancien Saltus^ se distingue par un foisonnement de grands arbres dans Tintervalle des cultures. Lorsque la couverture limoneuse, plus épaisse sur la convexité du plateau, s*amincit sur les bords, les bois reprennent le dessus ; c'est ce qui arrive dans le pays de Caux notamment. Une bande de forêts, de taillis ou de landes s'iaterpose entre le peuplement surtout industriel des vaUées et le peuplement surtout agricole des plateaux. C'est à distance des bords, sur le dos intact DU à peine mamelonné, au sommet de larges ondulations que se multiplient les fermes ou les gros villages et encore lorsque l'intervalle entre deux vallées est réduit, que les villages sont comme pinces entre deux bandes de forêts.
Que la forêt ait été chez elle, dans la plupart de ces'plaines, qu'elle n'ait cédé qu'à regret et qu'à demi aux empiétements, c'est ce que montrent, notamment sur le plateau calcaire lorrain, la force et la composition quasi intacte du sous-bois qu'elle abrite. Les lambeaux de bois de chênes et de charmes, dont les formes régulièrement géométriques piquent çà et là de taches sombres la surface des chaumes, conservent, quoiqu'à l'état de réserve, un air de santé affirmant la robustesse qu'ils tiennent du climat et du sol.
Influence du climat continental. — L'arbre semble au contraire un intrus dans la puszta hongroise, sur les plateaux de Podolie et de Petite- Russie, où les moissons de céréales, souvent bordées de tournesols, .^ ont remplacé le tapis onduleux de Stipa pennaia. Les cultures s'y
r^ étendent sur de grands espaces où l'arbre ne prend pied que sous la
^ tnteUe de l'honmie. Les versants abrités et les pentes y sont, avec plus
«-^ de netteté que dans nos climats océaniques, les asiles où se retrempe
la forêt. Le climat qui avait favorisé l'extension des steppes se prolonge dans la période actuelle, si atténué qu'il soit, par des influences hostiles à l'arbre : tels ces vents glacés du Nord-Est qui amènent au printemps des gelées tardives, succédant brusquement à des soleils déjà chauds. Les plateaux» inhospitaliers aux arbres, le:8ont également aux hommes. Sous l'influence du climat excessif de l'Europe orientale, la même préoccupation s'impose qu'en montagne :1e besoin de procurer aux établissements l'abri nécessaire pour les commodités de l'existence et pour les cultures délicates dont l'homme doit s'entourer. Les fertiles plateaux de Podolie offrent souvent le spectacle de cultures s'étendant à perte de vue, sans qu'on aperçoive de village ; ceux-ci sont nichés sur les flancs or à la naissance de vallées secondaires, à moins que ce
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soit à l'intérieur des profonds méandres burinés par le Dniester, la Strypa ou le Sereth. Plus significative encore est la répartition des villages dans la région russe de la terre noire. Os se posent exclusivement soit à la naissance des rivins latéraux» soit sur les terrasses qui bordent les fleuves. Et si les cours d'eau sont insuffisants, des barrages artificiels» organes aussi indispensables à ces villages que les ianks aux villes du Sud de l'Inde, pourvoient, par la formation d'étangs permanents, aux usages rituels et domestiques.
Ainsi se groupe par gros villages la population de la région de la terre noire. Les maisons ne s'y dispersent pas au basard ; elles se sobordonnent à un alignement : une large voie unique forme l'axe du village. Avec la partie réservée à l'habitat, les bfttiments d'exploitation dessinent un carré qui est la cour. Lorsque, s'avançant vers le Nord, on arrive au 53® degré de latitude environ, aux approches de la région forestiàre mieux pourvue d'eau, on voit peu à peu les villages s'éparpiller, s'écarter des rivières, et former, avec les champs défrichés qui les entourent, des oasis de plus en plus petites dans des forêts immenses. C'est entre 55^ et 50^ de latitude que s'accuse la transition, sensible plutôt dans le mode de construction que dans la forme des villages. La maison de bois remplace la maison de pierre, le toit de bois le toit de chaume, mais la disposition générale ne change pas. Le type S
de village composé d'une large rue reste commun à la région moscovite et à celle de la terre noire ; la régularité du plan persiste conmie signe extérieur de l'organisation villageoise
Conéliisloii. — Ne pouvons-nous pas tirer déjà de ces observations les généralités qu'elles impliquent ?
Partout nous voyons que les surfaces étendues où prévaut une relative uniformité de relief et une certaine homogénéité de sol, ont donné lieu à des villages a^omérés ou à des établissements qui lui ressemblent par le personnel nombreux qui s'y trouve. D en a été ainsi non seulement en Europe, mais en Chine. ■ Ce sont, dit Richthofen, en parlant des villages des pays de lœss, des associations de famiUes unies par une communauté de descendance ou du moins de rites, dont la cohésion est maintenue par la nécessité d'entente dans la conduite des mêmes cultures ^. » A la Chine on pourrait ajouter la plaine indo-gangétique, non compris le delta du Bengale, où s'est développé et fixé un des types les plus complets de communauté de viUage.
Tous ces établissements, sous des formes variées qu'expliquent les
ChùuÊt II, p. 680.
différences de climat ou des degrés d'état social» sont l'expression dn même besoin de centraliser sur quelque point l'exploitation du sol. Une coopération réglant les dates des actes de la vie agricole» fixant certains procédés d'exploitation, s'impose comme avantageuse à tons. La nécessité de s'unir pour l'aménagement des eaux,- la constmction de puits, l'entretien de certains travaux, l'acconunodation d'un miliea favorable aux cultures, resserre la cohabitation. Le village est un organisme bien défini, distinct, ayant sa vie propre et une personnalité qui s'exprime dans le paysage. La concentration de l'habitat s*y associe avec la multiplicité des parcelles, celles-ci ne pouvant trouver que dans le village l'intermédiaire commun auquel aboutissent toutes les pistes.
Ainsi constitué, le village est apte à fournir un marché et à donner lien à des industries rurales, de même que maintenant dans la Petiti^ Russie, dans la plaine allemande ou de la France du Nord, la coltore industrielle a joint l'usine à la ferme.