MÉTAMORPHISME
Nous poserons dans le cours de ce livre plus de problèmes que notre génération, et peut-être celle qui la suivra, n'en pourront résoudre ; celui de l'origine des roches les plus anciennes n'est ni le moins curieux, ni le plus facile.
Les avis sont partagés sur l'origine du granit ; les porphyres eux-mêmes sontparfois inexplicables. Nous ne savons pour le moment ni comment ces roches, que nous appelons cristallines ou éruptives, son venues au jour, ni comment elles ont pu se former.
MÉTAMORPHISME ET CIASSIFICATION.
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D'une part, il nous est impossible avec les éléments premiers identiques de former rien de semblable dans nos laboratoires ; d'autre part, le passage de ces roches aux roches sédimentaires est si insensible, qu'il devient quelquefois impossible de tracer une limite entre deux formations dont l'une est stratifiée et sédimentaire et l'autre cristalline et éruptive.
Les éléments du granit sont les éléments du gneiss ; la stratification, l'orientation mécanique horizontale des éléments permet seule de distinguer le second du premier. En efiTet, une simple variété de texture sépare le monde inorganique du monde organisé ; car le gneiss renferme quelquefois du graphite et des nodules de calcaire dont l'origine organique est assez généralement accordée.
Pour le porphyre les passages abondent, on peut observer dans les Vosges le passage du porphyre brun feldspathique à la Grauwake à végétaux carbonifères, par la Grauwake métamorphique, sans solution de continuité et sans qu'aucune séparation soit possible. Cet exemple a été admirablement étudié par M. Delesse, comme par M. Koechlin-Schlumberger dans son travail sur le terrain de transition des Vosges (i).
Dans l'Ardenne, à Deville, le porphyre à gros cristaux d'orthose passe au schiste silurien de l'assise de Revin par des nuances insaisissables.
Dans la nature actuelle nous voyons passer non moins facilement les sédiments modernes aux roches
(1) Kœchlin-Schlumberger et Schimper, Mémoire sur le terrain de transition des Vosges, Strasbourg, 1862, in-é», 80 pi.
éruptives, laves et basaltes ; les environs de Rome offrent à cet égard de nombreux exemples : on voit la lavé basaltique passer insensiblement au tuf stratifié (travertin) par des tufs porphyriques, et la transition n'est appréciable qu'à grande distance ; les deux matières s'étant formées ensemble et s'étant modifiées mutuellement avant leur solidification complète.
Qu'est-ce donc que ce métamorphisme, ce changement moléculaire dans la masse intime de la roche? Nous ne le savons. Et cette question a longuement occupé le monde savant il y a quelques années.
Il faut distinguer le métamorphisme de contact, la transformation locale produite sur une roche sédimentaire par le passage d'un filon voisin de matière éruptive, et le métamorphisme en masse, où, sans qu'il soit possible de reconnaître une cause extérieure, toute une masse rocheuse change d'aspect, où certaines matières émigrent et où d'autres apparaissent, où il se forme dans la pâte intime du tissu rocheux une évolution, un changement chimique gouverné par des phénomènes physiques dont les lois ne sont pas encore toutes connues.
L'explication la plus admissible consiste à voir dans le métamorphisme un transport capillaire par dissolution dans l'eau de la silice et une diffusion dans tous les sens par imbibition ; il en résulte que ce phénomène de modification, trop varié pour qu'on puisse le rapporter à une seule cause, est une opération permanente, continue, transformant sous nos yeux les roches anciennes qui passaient autrefois pour im-
muables et les faisant participer à révolution générale, de telle sorte que chaque changement intime effectué permet à un autre de commencer son travail ; cette opération continue fait poursuivre à la masse une série d'états dont nous avons sous les yeux toutes les transitions et dont les points extrêmes seuls ont pu être différenciés par des noms d'espèce minérale.
Revenons au granit pour constater deux opinions très-opposées sur sa nature et son rôle stratigraphique.
M. Vézian (1) y voit la roche la plus ancienne, simple transformation par l'action de l'eau de la matière ignée primitive qui s'est formée en croûte à la surface de la terre quand le refroidissement est devenu suffisant ; le granit, en résumé, est pour lui un magma hydrothermal.
M. Delesse (2), et c'est cette opinion qui nous semble la plus logique, quoique à vrai dire cette opinion e la précédente soient également conciliables avec la théorie de l'évolution, voit dans le granit un gneiss transformé, une roche sédimentaire probablement modifiée, et il n'est pas sûr que ce soit là le terrain le plus ancien de la croûte primordiale. Il dit :
(( Les roches stratifiées peuvent se changer en roches « métamorphiques, et, lorsque le métamorphisme est « très-énergique, elles passent même aux roches plu- <( toniques les mieux caractérisées. »
On peut suivre les progrès du métamorphisme par
(1) Vézian, Prodrome de géologie, t. P"", p. 195 et suiv.
(2) Voyez aussi Daubrée, Études expérimentales et synthétiques sur le métamorphisme, Paris, 1860, in-4°.
les caractères nouveaux qu'il imprime aux roches, et ces transformations conduisent à des résultats fixes qu'on peut définir. C'est d'après ces résultats que l'on a pu dresser le tableau suivant :