CHAPITRE I
Nous avons dit que nous n'avions pas l'intention de suivre pas à pas le développement du globe en refaisant un cours complet de géologie après tous ceux qui ont déjà été faits ; aussi passerons-nous rapidement sur les terrains triassique, jurassique et crétacé pour nous arrêter de préférence sur les terrains' primaire et tertiaire qui présentent un plus grand nombre de problèmes intéressants à résoudre.
Nous voulons examiner en particulier les objections scientifiques qu'on a opposées à la théorie du perfectionnement graduel, et, envisageant les discussions nouvelles et les faits récents, nous rendre compte de la marche générale de la science quant aux problèmes sérieux qui se sont posés.
Pour ce qui est de la meilleure nomenclature à adopter, il nous semble difficile de ne pas prendre en considération les observations d'Alcide d'Orbigny et de ne pas combattre avec lui les appellations tirées d'un fossile seul; car, quelle que soit l'importance et la division de ce seul fossile, nous n'admettons pas qu'il
puisse servir à désigner un étage de terrain ; le moindre changement dans la nature minéralogique du fond, dans la distribution bathymétrique, le moindre déplacement géographique pouvant le faire disparaître et montrer qu'un nom généralisé peut conduire à une inconséquence regrettable. Qu'est-ce, par exemple, qu'un Dicératien sans Dicéras? Nous conndssons nombre de points où le Ptérocérïen ne renferme pas de Ptérocères I
Les noms tirés des céphalopodes nous semblent en particulier malheureux, môme si on les entend avec M. Hébert comme une simple « raison sociale, » car ces animaux de haute mer sont loin de caractériser une époque et un rivage dont ils ne ressentent pas les oscillations. Nous en dirons autant des désignations basées sur la nature minéralogique de la couche, système de nomenclature dont on est déjà revenu.
Nous pensons que le type géographique bien choisi est le meilleur système à adopter, mais nous reconnaissons qu'il faut souvent le quaMer d'un autre nom minéralogique lorsqu'il existe deux formations différentes dans un même lieu pris comme type. Par exemple, le mot Turonien nous semble fâcheux, car la Touraine renferme plusieurs formations bien caractérisées ; nous aimerions mieux dire : « craie de Tours, » si toutefois Tours doit être choisi comme type. Bien entendu, ces préférences ne sont pas absolues, et il est tel nom consacré par l'usage qu'il faut renoncer à vouloir changer.
Bien plus, ces observations ne se rapportent ni aux
dénominations très-générales, car dans ce cas il est impossible d'indiquer une ville et une couche comme type, et une dénomination vague est seule possible ; ni à la géologie particulière, locale, où il faut laisser une grande liberté au géologue qui choisira, pour se retrouver, le caractère le plus constant, le plus frappant sans s'astreindre à une terminologie méticuleuse ; cependant nous devons avouer que nous nous sommes toujours bien trouvés de la théorie que nous préconisons et qu'elle nous a été utile dans nombre de circonstances.
Voici le tableau des couches que nous proposons, il ne s'applique bien entendu qu'aux dépôts de l'Europe occidentale qui renferment, il est vrai, des types de presque toutes les formations connues. On trouvera à la description de chaque couche un tableau spécial donnant le détail d'un type de chacune de ces formations.