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CHAPITRE II

Abordons maintenant l'étude de la série paléozoïque, c'est-à-dire de celle renfermant les animaux les plus anciens par opposition à la série azoïque qui ne doit renfermer aucune couche contenant des traces animales et dont, par conséquent, la limite variable se recule de plus en plus à mesure de nos découvertes.

Les plus anciens organismes trouvés ont été rencontrés dans les couches de calcaire serpentineux du fleuve Saint-Laurent en Amérique (Laurentien), et leur nature est encore l'objet de bien des contestations. Quelque bonnes raisons théoriques qu'on puisse donner de leur existence, l'inspection la plus minutieuse n'indique que des formes si simples, que quelques observateurs ont cru pouvoir les rapporter à une cristallisation de matières inorganiques ; elles ne pouvaient en tous cas s'appliquer qu'à la coquille d'un animal très-inférieur.

L'opinion de MM. Carpentier et Huxley, autorités capitales en pareille matière, peut cependant lever bien des doutes ; ces observateurs y voient la coquille d'un foraminifère ou d'un radiolaire : l'Eozoon canadense. N'insistons pas sur cette trace douteuse, quoiqu'elle soit un argument considérable pour l'évolution, nous reconnaissons que, malgré la découverte de

rEozoon bavaricun, il reste à vaincre de loyaux scrupules.

Pour trouver une apparition indiscutable de la vie, il faut arriver au cambrien inférieur d'Angleterre, longtemps regardé comme sans fossiles et qui n'a fourni d'abord que l'Oldhamia antiqua d'Ed. Forbes, empreinte attribuable à une algue. Le même terrain a récemment montré au cap Saint-David, dans le pays de Galles, à MM. Salter et Hicks (1) une faune assez abondante, très-intéressante à connaître.

Ce sont d'abord des tubulures et des impressions attribuables à des annélides (Arenicolites didyma), des brachiopodes sans charnière (Lingulella primaeva Hicks, Discina pileolus Hicks), des spongiaires (Protospongia major Hicks), et dans les strates les plus élevées des crustacés (Agnostus cambriensis, etc.). Cette faune dite du Longmynd, la plus ancienne connue du monde, renferme en tout une vingtaine d'espèces et a les plus grands rapports avec l'assise suivante, le cambrien supérieur trouvé à la fois en Angleterre et en Suède. Nous trouvons ici vingt-neuf espèces, des brachiopodes (Lingulella ferruginea Salter) (2), des traces d'annéiides, une astérie, un spongiaire, un polypier, un ptéropode, un briozoaire et des formes indéterminées.

Ces renseignements sont très-variés, mais très-incomplets, la conservation des spécimens est déplorable ; ce sont des traces, des empreintes fugaces qu'il

(1) Voyez Quarterty Journal, n* 108, novembre 1871, p. 384.

(2) Murchinson, St/urta, p. 650, 14»« édition.

est très-diffîcile d'attribuer exaclement ; nous voyons cependant des représentants des principales divisions du règne animal : mollusques, zoophytes, sarcodaires, articulés, pour la nourriture desquels il a fallu antérieurement et nécessairement, une faune moins parfaite dont les débris ne nous sont pas connus ; enfin ce n'est pas malheureusement une faune littorale, ce qui diminue de beaucoup l'importance de cette découverte, les fonds profonds ayant toujours une faune moins parfaite et moins variée que les rivages.

Nous ne pouvons entrer dans la discussion de toutes ces formes, il nous suffira de dire qu'Hœckel y a trouvé les types précurseurs les plus inférieurs des divers embranchements auxquels ils appartiennent.

Nous ne savons pas si on a déjà suffisamment insisté sur la nécessité d'une nourriture antérieure appropriée pour les créations qu'on suppose. Il est certain, en efTet, que les crustacés inférieurs de ces couches ont dû trouver, pour se développer, une matière organique préexistante, très-abondanle même, car la nourriture se gaspille et se perd considérablement dans la nature.

Le sarcodaire, spongiaire, rhyzopode ou radiolaire, sont dans tous les cas d'une création nécessaire bien antérieure à l'existence de types plus parfaits.

Ainsi disparaît le principe absolu admis par la doctrine de la fixité de l'espèce, le principe de la création immédiate et simultanée des types inférieurs et supérieurs par un seul couple et à un seul moment.

La nature des sédiments est aussi importante àcon-

. naître : le cambrien est formé essentiellement de grès et de schistes, il débute par un conglomérat, en Angleterre, de galets de quartz agglutinés par un ciment de sable irrégulier, coloré par des oxydes de fer; puis viennent des grès solides, des schistes tabulaires qui alternent avec d'autres grès et d'autres schistes foncés. La présence du sable indique nécessairement, comme celle des galets roulés, une mer ancienne et une sédimentation préexistante. Il a fallu déjà à cette époque une action mécanique prolongée de Teau pour séparer le quartz et former le sable en partant du gneiss ancien ; il a fallu une sédimentation de grès qui se sont agglutinés et métamorphosés en quartzite pour former les roches dont les galets sont les débris; il a fallu pour les schistes, qui sont, nous l'avons vu, des argiles modifiées, une décomposition du feldspath des granits sous-jacents, c'est-à-dire un temps énorme dont nous ne pouvons avoir idée, depuis le moment où les mers, étant le siège des mêmes phénomènes que nous voyons se produire aujourd'hui, pouvaient être habitées par des organismes (1).

Combien l'époque cambrienne est loin encore d'être la première qui ait dû être habitée (2) 1

(1) Rappelons en passant que les crustacés et les limules, en particulier, qui ont Ig plus d'affinité avec les trilobites, ne vivent que de débris organiques d'animaux morts.

(2) La température élevée qui existait probablement alors n'était pas défavorable à la vie inférieure, car on sait que des sources souvent d'une température de 40 à 80° sont abondamment peuplées. Voyez d'Archiac, Introduction à l'étude de la paléontologie ^ t. II, p. 36.

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Nous donnons plus bas un tableau comparé des couches inférieures d'Angleterre et d'Allemagne, c'està-dire dans les deux pays où les terrains les plus anciens ont été le mieux étudiés, et presque les seuls avec les États-Unis du Nord, oîi ils soient à peu près connus.

Puis nous allons arriver à la discussion du silurien propre de Bohême et de sa faune que M. Barrande, l'un des grands paléontologistes modernes, a décrite et dont il a tiré les plus forts arguments qui aient paru contre la transformation des espèces.

Citons d'abord quelques passages de M. J. Barrande dans lesquels il formule nettement ses objections contre la théorie de l'évolution progressive, et, après nous être heurtés contre les affirmations les plus pré- • cises, essayons de voir s'il n'est pas un côté faible^pour ébranler les conclusions de l'auteur.

Nous espérons, sinon convaincre le lecteur, au moins l'empêcher de croire que les objections faites soient si puissantes, qu'elles ferment à jamais les portes aux idées théoriques que nous défendons.

C'est dans un supplément au « Système silurien de la Bohème, » dont il a été fait de nombreux tirages à part, que l'auteur a formulé ses objections. Après avoir essayé d'appliquer aux céphalopodes anciens, par exemple, apparus suivant lui dans la faune seconde, la théorie du perfectionnement graduel, il termine en disant : a A nos yeux cette apparition inexplia quée des céphalopodes fait simplement partie du « mystère impénétrable qui enveloppe également l'o-

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SILURIEN. — CAMBRIBN. 55

« rigine de tous les êtres organisés sur la terre. « Les faits et les considérations qui précèdent, la dis- « cordance démontrée entre l'évolution chronologia que et l'évolution zoologique ne sauraient s'effacer, « ni devant le prétexte de l'insuffisance de documents « paléontologiques, ni devant l'hypothèse d'une série « de faunes antéprimordiales, ni devant la supposiu tion de la disparition totale des vestiges de ces u faunes par l'effet du métamorphisme des roches. (( Ces discordances restent dans la science pour mona trer que l'ordre des céphalopodes, le premier a parmi les mollusques, échappe complètement aux a combinaisons idéales qui tendraient à faire dériver a son origine et son évolution primitive d'un être ima- « ginaire par une suite de variations insensibles avant « l'ère paléozoïque (1). »

Dans un autre mémoire plus récent, après avoir' établi qu'en Bohême les poissons n'apparaissent qu'à la faune troisième, il dit : « Ce développement relati- (I vement soudain de tant de types génériques est en « opposition évidente avec toutes les vues théoriques « de variation insensibles et de transformation; attria huer à la filiation et à la transformation de formes antérieures l'origine des poissons de la faune III silu- « rienne serait introduire un mythe dans la paléontoa logie. Nos observations démontrent en même temps « que chacune de ces classes présente dans les pre- « miers documents de son histoire précisément les

(1) J. Barrande, Diitrihutioa des céphalopodes dans les contrées siluriennes^ gprand in-8", p. 282. Prague, 1870.

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