LES MIGRATIONS CONTINENTALES
Nous pouvons maintenant aborder la discussion des grands principes et des lois générales qui ressortent des faits observés et des discussions spéciales. Nous avons vu dans chaque cas particulier Texplication la plus probable que l'étude rationnelle pouvait fournir» il nous reste à coordonner ces détails et à les étudier dans l'ensemble. Nous verrons Y Espèce en Stratigraphie^ c'est-à-dire, s'il y a vraiment lieu d'individualiser des couches en un type spécial, invariable, délimité, ainsi que les autres questions relatives à l'individualité des couches. Puis nous essayerons de définir Y Espèce en Paléontologie yhsiSSitïi la définition du fossile sur l'étude comparée des animaux actuels et disparus.
Enfin, nous rechercherons les lois générales organiques et inorganiques qu'on peut tirer des renseignements obtenus sur l'espèce dans ses deux formes stratîgraphique et paléontologique. A ce moment nous
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aurons terminé notre tâche, heureux si nous avons pu faire naître quelques réflexions dans l'esprit de nos lecteurs.
l» l'espèce en stratigraphie.
Pouvons-nous considérer les étages d'Alcide d'Orbigny, composés d'un ensemble de couches réunies par un faciès commun, comme des espèces? Espèces analogues aux espèces zoologiques comme le pensait TÉcole autoritaire? Nous ne le croyons pas; la couche géologique pas plus qu'un ensemble stratigraphique, quelque bien choisi qu'il soit, ne saurait constituer à nos yeux une individualité avec un nom spécial ; car aucun ensemble, aucune couche ne saurait être délimitée d'une façon universelle, générale, caractéristique.
Les terrains eux-mêmes qui constiueraient , par rapport à l'étage, ce qu'est le Genre par rapport à l'Espèce ne sauraient avoir qu'une existence arbitraire, leur délimitation ayant toujours été l'objet d'interminables discussions. 11 n'est pas une division, comme nous l'avons fait voir dans notre deuxième partie qui n'ait été l'objet de controverses et dont la place ne soit, avant tout, une question d'appréciation personnelle, variable selon l'étendue de nos connaissances ; nous engageons à relire à ce propos les belles paroles de d'Archiac que nous avons citées sur ce sujet dans notre première partie (voir page 23). Essayons de résumer la vie de la couche.
La couche, considérée comme individu géologique, se distingue de l'individu minéralogique ou chimique
126 PHINCIPES DE GÉOLOGIE.
immuable, par mie série d'opérations presque organiques par lesquelles elle passe forcément et qui lui constituent une vie propre, différente quoique rapprochée de la couche voisine. Au début de cette série est la naissance de la couche qui est due au mélange par voie mécanique d'éléments préexistants venant d'autres couches, et à un dépôt après trituration.
La vie est la transformation par laquelle cette couche se modifie par le contact de couches voisines et sous rinfluence des agents physiques, d'une façon insensible, pour arriver à un état particulier de maturité; état dans lequel la couche ne change plus, ou presque plus, ayant acquis le maximum de transformation qu'elle pouvait subir et devenant un individu minéralogique.
La mort qui n'est pas le cas le ^\\xs général consiste seulement dans la trituration et la dissémination des parties d'une couche par l'action de forces physiques puissantes, telles que l'érosion, le vent, la pluie, etc. L'individu zoologique est bien distinct de l'individu géologique, quoique formé par un groupement peu différent de matières semblables, car sa mort est assurée d'avance, sa descendance n'est conforme à son type que dans une certaine mesure, sa naissance doit être favorisée par une foule de conditions physiques, etc. Nous n'insisterons pas sur ce point qui paraît trop évident et sur lequel nous reviendrons en parlant des lois organiques de la descendance par Haeckel. Gomme ensemble collectif, les couches forment des strates éminemment variables, absorbant entièrement l'individu que nous
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n'avoDs pu considérer plus haut que par abstraction. L'embarras des classifications apparaît aussitôt, indiqué par une synonymie déjà infiniment nombreuse qui est une grande difficulté pour les commençants et qui, malgré tout^ est encore bien insuffisante; indiqué aussi par la subdivision infinie qu'il est toujours possible de faire d'une couche en des couches plus petites encore, non moins variables et non moins différentes. La variabilité stratigraphique est infinie, et comme la série géologique elle forme une série tout à fait comparable aux séries zoologiques par ses lacunes et ses développements irréguliers. Car une couche sert souvent de base à plusieurs séries nouvelles entièrement distinctes et variées, comme un môme type zoologique donne naissance à plusieurs espèces présentant des variations dans différents sens.
Ainsi nous pouvons répondre : l'individualité , comme le spécilége et le gênera sont des illusions en stratigraphie créées par la faiblesse de notre entendement.
Résumons, maintenant, ce que nous avons dit sur la contemporanéité des couches et sur la valeur à accorder au synchronisme.
M. Huxley distingue à ce propos les dépôts en synchronistiques et homotaxiques :
Les dépôts homotaxiques sont ceux qui offrent dans des localités différentes la même succession de faunes sans que la stratigraphie puisse contrôler le résultat, le synchronisme demande ces deux preuves réunies. L'homotaxie n'est qu'une faible présomption, le synchronisme est la certitude.