‹ Principes de géologie transformiste: application de la théorie de lChapitre 38 sur 58 · J28 PRINCIPES DE GÉOLOGIE · texte numérisé non relu

J28 PRINCIPES DE GÉOLOGIE

Ceci est appuyé par l'idée qu'à toutes les époques géologiques, malgré les affirmations contraires, il a dû certainement exister des climats différents, des faunes variables suivant les localités et les autres conditions physiques et ces faunes émigrant suivant certaines lois, ce qui a dû produire des faunes différentes quoique synchronistiques et des faunes semblables non synchronistiques.

M. Carpenter, étudiant la même question, nous révèle des faits que ces dragages ont établi et qui sont de la plus haute importance, il dit (1) : « Deux dépôts « peuvent se produire à quelques milles l'un de l'autre, « à la même profondeur et sous le même horizonzoolo- « gique, de sorte que la surface de l'un pénètre en quelle que sorte dans la surface de l'autre, et offrir cepen- « dant une différence complète dans leur constitution « minérale et dans leur faune, différence qui est due « d'un côté à la direction du courant qui apporte les « matériaux, de l'autre à la température de l'eau de « ce courant.» Nous pourrions citer encore beaucoup d'autres résultats des découvertes actuelles, ayant leur application à la géologie et à la paléontologie, car les faits abondent; mais nous devons nous borner et examiner théoriquement de plus près les conditions du synchronisme.

De tous les faits stratigraphiques un seul est absolu, c'est celui qui superpose deux terrains différents dans la môme localité, sans accident, lacune, faille ou glis-

(1) Revue des cours sdenlifiques^ 6* année, p. 602.

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sèment, bien entendu ; car, ce fait indique nécessairement deux phénomènes, Tun antérieur, l'autre postérieur, et par conséquent seul il est indiscutable.

L'alternance à distance est en effet bien loin d'avoir la même signification, elle n'indique plus forcément la contemporanéité ; c'est une homotaxie, c'est-à-dire un dépôt semblable, créé sous des conditions identiques, et rien de plus.

Supposonsen effet : troislocalités.r,y, z, placées dans un ordre successif présentant des couches identiques :

La faune a étant semblable à la faune a', la faune b semblable à b' et é" , je dis que a' n'est pas forcément contemporain de eu

Supposons la mer sur A, b\ V se retirant de x vers la localité z par suite d*une élévation continue du premier point, le rivage de oH viendra en certain moment en y, et il se trouvera un moment où en a nous aurons un rivage, tandis qu'en y et en z nous aurons les fonds b\ b" ; puis qu'à un autre instant en y, existera un rivage a', la mer n'existera plus au point x^ et qu'en z continuera un dépôt homogène b". Ainsi les deux dépôts a et a', quoique semblables d'origine, ayant été deux rivages seront successifs et d'âge différent quoique correspondant tous deux à une même division b" et quoique offrant exactement le même faciès et la même situation stratigtaphique^

Cette démonstration serait moins évidente, mais non moins vraie s'il était possible de faire en h" une série de subdivisions correspondant à chaque position intermédiaire de a entre a; et y, mais c'est là un cas exceptionnel, la masse des fonds présentant ordinairement des ensembles qu'il est impossible de subdiviser.

Nous avons déjà dit combien les récents dragages, celte voie superbe où se sont engagés les Anglais et les Américains, avaient contribué à réclaircissement de ces questions : qu'il nous soit permis de regretter ici que le gouvernement français n'ait pas suivi cette voie, dans laquelle il avait autrefois marché le premier, par les fructueuses expéditions de TAs^ro/flie, la Coquille^ la Bonite qui avaient été exécutées avec tant de succès (1).

Nous ne désespérons pas de voir exaucer nos souhaits, aussi bien pour compléter nos musées par ces trouvailles, que pour occuper utilement notre marine, dont les officiers s'étaient montrés capables des plus sérieuses investigations zoologiques. N'a-t-on pas découvert ce fait important, que, tandis que de l'Islande

(1) Voici la liste des principales expéditions scientifiques maritimes françaises :

1800 à 1804. Péron et Lesueur.

1817 à 1820. Quoy et Géymard {Uranine et Physicienne], 1826 à 1829. — (VAstrolabe),

1830 à 1833. — (la Vénus),

1822 à 1825. Lesson et Garnot (la Coquille), 1830 à 1832. Eydoux et Gervais (la Favorite), 1786 à 1837. Eydoux et Souleyet (la Bonite), 1837 à 1840. Hombron et Jacquinot {V Astrolabe et la ZiUé).

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au Maroc, les rivages changeaient trois fois au moins de faune, les fonds restaient identiques et que les profondeurs tropicales étaient habitées par les mômes espèces qu'on rencontre au Spitzberg ! Comment nous étonner après cela de la généralité de quelques faunes anciennes?

Ainsi la contemporanéité n'est due, ni à une faune semblable, ni à une position stratigraphique identique à quelque distance. Gomment peut-elle s'établir? A notre avis seulement par le prolongement latéral de la même couche sans accidents.

Nous disons latéral, car le premier point à établir est la reconnaissance du ceiitre du bassin, du point profond, et la contemporanéité ne pourra s'établir que sur les rivages d'abord, latéralement; il faut abandonner toutes les relations perpendiculaires qui, nous l'avons montré, sont sans preuves positives, et nous établissons les règles suivantes :

I. Le centre du bassin, Tinclinaison des couches sont de la plus haute importance pour l'établissement du synchronisme.

II. Le synchronisme latéral, en suivant les rivages du bassin, est le seul absolument authentique.

III. La ressemblance des couches perpendiculaires au large profond est une homotaxie, un synchronisme illusoire sans des observations suivies pas, à pas montrant la transformation du milieu-rivage en un milieu profond.

IV. Le véritable synchronisme n'implique aucune ressemblance minéralogique ou paléontologique dans

les couches, il est seulement indiqué par une stratigraphie rigoureuse.

On nous demandera peut-être maintenant, eu égard aux difficultés stratigraphiques que nous signalons et à la continuité de la vie, les motifs qui nous ont guidés pour déterminer la place dans la série des terrains des dépôts intermédiaires qui participent à la fois des formations inférieures et supérieures et où la vie semble se modifier plus rapidement.

Nous n'avons trouvé qu'un critérium, qu'une modification qui pût nous guider parce qu'elle entraîne forcément toutes les autres, nous voulons parler de l'amplitude des oscillations, une discordance géographique étant toujours accompagnée d'une modification miûéralogique importantCj et d'un changement paléontologique proportionné. La classification d'une couche étant déterminée essentiellement pour nous par la valeur des discordances qui la séparent des autres couches inférieures ou supérieures, et par l'étendue abandonnée par les eaux ou réoccupée par elles. Ce critérium est d'une application infaillible comme valeur de division générale, et nous ne l'avons jamais trouvé en défaut.

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