MIGRATIONS CONTINENTALES
Les mouvements continuels des couches, les déplacements périodiques des mers, nous amènent à parler d'une question très-importante"pour la distribution de la faune. Car si « les continents ont émigré à la surface de la terre », suivant une expression pittoresque de M. Huxley, si les terres se sont unies ou séparées tour à tour, ces changements doivent être indiqués parla distribution des animaux fossiles, et c'est ce qui a lieu en effet. C'est à la variation continue de l'étendue des continents, à leur union, leur émersion, leur subversion combinées avec les climats et les autres agents naturels que doit être attribué le tableau que nous présente la nature actuelle.
La géographie géologique en expliquant la diffusion bizarre de certaines espèces, en indiquant où doivent être recherchés les ancêtres de chaque type, doit rendre le plus grand service au transformisme en expliquant l'évolution dans ses parties restées obscures et en réfutant les objections les plus graves faites à la succession dans la série animale. Ajoutons que sur ce sujet nouveau presque tout, sinon tout, est encore à faire.
M. Searles Wood qui, le premier à notre connaissance, s'est placé à ce point de vue dans l'étude de la Géologie, apprécie à peu près en ces termes quelquesunes des difficultés vaincues (1).
1* L'isolement, sans modifications physiques exté-
(1) s. Wood, Philosophinal Magasine^ 1862, t. XXIII.
DE l'espèce en stratigraphie, etc. 119
rieures, est le motif de la persistance des faunes anciennes inférieures dans des anciens continents émergés depuis cet âge, et cette explication est la seule qu'on puisse donner. Ainsi la faune de l'Australie s'est emprisonnée dans une terre qui a pu se déplacer, il est vrai, depuis la période secondaire, mais qui,^ depuis lors, n'a plus été ni totalement immergée, ni en contact avec aucune autre terre* Car cette terre lui eût certainement communiqué des animaux transformés ailleurs par des conditions physiques différentes.
2° L'apparition brusque des vertébrés en Europe au commencement de la période tertiaire ne peut s'expliquer que par une jonction avec le Continent asiatique qui eut lieu à cette époque; les types vertébrés s'étaient probablement développés en Asie pendant la période secondaire, se perfectionnant par suite de conditions physiques favorables à révolution. Avant d'aller plus loin, observons en passant que les marsupiaux jurassiques diffèrent de ceux d'Australie, qui se sont donc ainsi modifiés dans une certaine mesure, touten étant restés dans des conditions identiques.
Sans vouloir aller au delà de ce qui est démontré, ne nous est-il pas permis d'imaginer les tableaux suivants ?
(Australie.
Période jurassique. {Asie
( Europe .
En communication avec le type Marsupiaux.
(Australie. Séparée, continue le tjrpe M.
Asie Isolée, perfectionne le type M.
Europe. . . Submergée, destruction du type.
A Australie. Toujours séparée, conserve le
l type en le modifiant un peu.
r^x • j X ^- • ; Asie Se submerge en partie.
Pénode tertiaire... < „ ^ . - / ^
] Europe. . . Emersion, arrivée des mammi-
f fères asiatiques et perfection-
\ nement des types.
Mais combien de combinaisons particulières nous échappent! M. Huxley a récemment traité largement le même sujet, et nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici quelques-unes de ses paroles les plus caractéristiques (1).
« Si la doctrine de l'évolution est vraie, Tune des (( conséquences immédiates est évidemment que la « distribution actuelle de la vie sur le globe est le pro- « duit de deux facteurs : le premier est la distribution « qui existait à l'époque immédiatement antérieure, et c( le deuxième est donné par la nature et l'étendue des (( transformations qui se sont produites dans la géoce graphie physique entre la première et la seconde. Je (( pourrais dire aussi, en exprimant la même pensée « d'une manière différente, que la faune et la flore sur « une surface terrestre donnée, à une époque donnée, « ne peuvent comprendre que des formes de la vie di- « rectement descendues de celles qui constituaient la « faune et la flore de la même surface à Tépoque im- « médiatement précédente, à moins que la géogra- « phie physique (et je comprends sous cette dénomic( nation les conditions climatologiques] de cette surface (c ne se soit transformée en passant d'une époque à l'au-
(I) Huxley, Revue des cours scientifiques^ 1870, t. VII, p. 4S6.