L^ESPÈGE EN PALÉONTOLOGIE, ETC
DBS FOSSILES.
Pictet (1) définissait le fossile, ilya vingt ans : «Tout « corps organisé enfoui naturellement dans la terre, « qui y a été conservé, ou qui y a laissé des traces non « équivoques de son existence, pourvu que le dépôt « dont il fait partie ait été formé sous l'influence de « circonstances différentes de celles qui se passent « actuellement sous nos yeux.
Ce que nous ne pouvons admettre dans cette définition, c'est d'abord la qualification « d'enfoui » qui n'est point caractéristique du fossile ; nombre de fossiles n'étant pas enfouis surtout dans les contrées méridionales où l'époque glaciaire n'a pas laissé de traces générales. Puis ces mots : « formé sous l'influence de circonstances difTérentes de celles qui se passent actuellement sous nos yeux, car nous n'admettons pas qu'il ait dû se passer autrefois des choses difTérentes de celles qui se passent aujourd'hui. » Tous les jours il se formé des couches qui renferment des débris organiques, dont les analogues sont encore vivants, couches qui peuvent être déplacées par les oscillations lentes des rivages, et cependant Pictet ne pouvait y voir des fossiles, comme sa définition le laisserait supposer. Nous ne saurions admettre pour les mômes raisons, la définition de M. Deshayes qui est celle qui nous agrée le mieux à d'autres égards : « Tout corps « organisé est fossile quand il a été enfoui à une épo-
(1) Traité de paléontologie, t. !•», p. 42.
« que indéterminée dans la terre, qu'il y a été con- (( serve, ou qu'il y a laissé des marques non équivoques « de son existence, n
La qualification d*enfout, la seule indiquée, n'est point caractéristique à nos yeux, on voit dès maintenant combien faible est la distance qui sépare le vivant du fossile. La définition d'Alcide d'Orbigny n'est pas sensiblement différente : «Un fossile est tout corps i' organisé, ou trace de corps organisé, enfoui natuci rellement dans les couches terrestres et se trouvant « aujourd'hui en dehors des conditions normales « d'existence (1). » L'SLdyerbenaturellement ajouté à enfoui n'empêche pas qu'un éboulement, une inondation hmoneuse puissent rendre fossile l'objet le plus actuel, ce qui est contraire à la pensée de l'auteur. Cette définition rigoureusement appliquée à l'homme préhistorique ne permet pas de le considérer comme fossile, car Ves^hce Homo sapiens Linné est encore dans des conditions normales d'existence, et cependant l'homme fossile est une chose aujourd'hui bien généralement admise. Pour montrer encore combien l'auteur est ici en contradiction avec lui-même, nous citerons les» Ostrea edulis en banc qui sont à 15 mètres au-dessus du niveau de la mer à Saint-Michel en Heren (Vendée) qui pour lui sont fossiles ; d'où la même espèce peut être à la fois vivante et fossile. Voilà donc encore un critérium à retrancher à la distinction cherchée.
(1) Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphique^ 1. 1«, p. 13.
l'espèce en paléontologie, etc. 155
On a voulu encore définir le fossile : « Tout corps « organisé qui n*a plus son analogue actuellement vi- « vant sur le globe, » ou bien : « Tout corps organisé « contemporain d'espèces perdues. » Mais là encore la distinction ne nous semble pas suffisante. En effet dans la première définition, nous aurions des espèces vivantes contemporaines d'espèces perdues, et comme la faune du globe ne nous est pas encore toute connue, telle espèce fossile aujourd'hui cesserait de l'être demain, l'homme enfin, même miocène, ne serait pas fossile.
Dans la seconde définition l'homme serait bien fossile, mais sommes-nous capables d'apprécier quand une espèce se perd; ne s'en perd-il pas tous les jours? Nous sommes absolument sans renseignements à cet égard, la pierre de touche est mauvaise.
Toutes ces définitions ont de plus un défaut commun énorme à nos yeux, elles supposent l'espèce comme entité, elles supposent résolu le grand problème qui se débat en ce moment et cela au point de vue absolutiste. N'insistons pas, avouons que rien ne distingue l'espèce vivante de l'espèce fossile que ce qui distingue la vie de la mort ; que là seulement est un caractère assez frappant et assez net pour être suffisant.
Pour nous : tout corps organisé est fossile lorsqu'il est mort et que les matières organiques molles qu'il comprenait ont disparu.
Nous ajoutons ce second caractère surtout pour nous rapprocher de l'interprétation la plus générale qu'on donne au mot fossile.
Étant donnée la variabilité de l'espèce, au moment où l'individu meurt, ses qualités, ses caractères, ses affinités qu'il peut transmettre, mesurent avec lui, le type disparaît. La mort seule qui arrête la transmission, la propagation des caractères de l'individu, fait passer le type considéré de l'état vivant à l'état passé ou fossile. Chaque génération est une étape vers une direction donnée, et chaque étape passée est un jalon fossile pour les générations suivantes.
Ici, comme partout, nous reconnaissons une limite de convention livrée à l'appréciation personnelle, mais nous croyons qu'elle est réduite à son minimum dans la définition que nous proposons.