LOIS DE HAECKEL ET DE PICTET
aussi le plus grand nombre d^espèces communes. Dans le jurassique, par exemple, les espèces qui ont eu la vie la plus longue ont traversé des étages à faciès trèsvoisins, lels que le callovien, Toxfordien et le corallien. Insistons sur l'expression a d^une même localité y monde localités voisines » qui sont de la plus haute importance, indiquant que Pictet réagissait déjà avec force contre la spécialité universelle et générale des faunes. A notre avis il faut diviser la troisième loi en trois paragraphes pour mieux en faire comprendre l'importance :
I. Le changement d'une faune à la suivante dans la même localité est d'autant plus grand que la différence minéralogique et stratigraphique est plus considérable.
II. Les espèces d'une même époque sont d'autant plus semblables qu'elles sont de localités plus voisines.
in. Les espèces d'époques différentes sont d'autant moins semblables qu'elles sont de localités plus rapprochées.
Troisième loi : « Les différences qui existent entre « les faunes perdues et les animaux actuels sont d'au- (( tant plus grandes que ces faunes sont plus ancien- « nés. »
Nous ne pouvons que nous ralliera cette pensée qui est conforme aux idées modernes, et qui est une conséquence du principe de la deuxième loi.
Quatrième loi : « Les animaux des faunes récentes « ont des formes plus variées que ceux des faunes an-
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« ciennes, c'est-à-dire que la diversité de rorganisation «animale a été en augmentant dans la série du « temps. »
Il est inutile de faire observer combien cette proposition est favorable au transformisme, les agents physiques de plus en plus actifs, agissant de plus en plus sur des formes de plus en plus nombreuses.
Cinquième loi : « Les animaux les plus parfaits ont « une origine relativement récente. » Cette affirmation a lieu de nous surprendre tant elle était en avance sur l'époque où elle fut formulée ; on l'admire quand on songe qu'elle est l'expression résumée de toutes les études du savant Pictet qui ajoute quelques lignes plus bas ces mots, à notre avis^ contradictoires : «La «loi du perfectionnement graduel ne peut donner « qu'une idée fausse et incomplète des faits qu'elle dé- « nature ou exagère, » tant était grande alors la force des idées autoritaires régnantes.
Sixième loi : « L'ordre d'apparition des divers types « d'animaux sur la surface de la terre rappelle sou- « vent les phases du développement embryonnaire. »
Peut-être effacerions-nous le mot souvent si nous avions à rédiger cette loi à nouveau, mais il est curieux de remarquer que même la découverte de semblables faits n'a pas convaincu l'auteur de la vérité du transformisme, car on ne peut sérieusement nier que l'affirmation de semblables lois ne soit pleinement favorable à l'évolution.
Septième loi : « Depuis le moment où un type zoo- « logique a apparu pour la première fois, jusqu'au mo-
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« ment où il a disparu tout à fait, il n'y a pas eu d*in- « terruption dans son existence. » Comme explication l'auteur ajoute d'une façon encore plus contraire aux idées anciennes : « En d'autres termes chaque type a « été représenté dans toutes les époques comprises « entre celle de sa première apparition et celle oii il a « existé pour la dernière fois, n
N'est-ce pas écarter les créations subites, l'acte intermittent? N'est-ce pas une preuve de la filiation des races, un type succédant à l'autre lorsque le premier semble usé; en réalité, l'espèce arrivant à un certain moment de rapide transformation après avoir été un moment comme stationnaire?
Huitième loi : « La comparaison des faunes des diffé- « rentes époques montre que la température a varié « sur la surface de la terre. »
Nous croyons que c'est un fait impossible à nier ; et que c'est dans ces changements physiques continus qu'il faut chercher la raison directe ou indirecte du changement dans les faunes.
Neuvième loi : « Les espèces qui ont vécu dans les « époques anciennes ont eu une distribution gépgra- « phique plus étendue que celles qui existent de nos « jours. »
Nous ne croyons pas que la démonstration de cette loi soit suffisante. A l'époque où écrivait Pictet on ignorait encore combien certaines espèces étaient répandues sur le globe, combien l'ère de vitalité, surtout pour les animaux inférieurs^ était grande; de plus nous avons déjà fait observer qu'à grande distance^
lorsque la stratigraphie n'intervient pas, la similitude des formes n'implique pas l'identité des âges et dès lors que la découverte de types européens dans une contrée très-éloignée peut être attribuée à une migration et à une époque différentes.
Nous croyons qu'il serait plus vrai de dire : La distribution géographique des espèces anciennes est comparabk à celle des époques actuelles.
Dixième loi : « Les animaux fossiles ont été construits « sur le même plan que les animaux actuels, et leur a vie a dû se manifester par des actes physiologiques « identiques. »
Nous adhérons sans réserve.
Ainsi sur dix lois, sur dix grandes vérités fondamentales qui se sont dégagées des études de l'illustre paléontologiste, il en est neuf auxquelles nous adhérons; une seule, la moins importante, pour laquelle nous proposons une rédaction différente.
Dans toutes ces lois nous trouvons un appui sérieux pour l'affirmation de la théorie de l'évolution, et nous n'hésitons pas à le déclarer, elles nous semblent absolu ment contraires à toute autre hypothèse. Est-ce assez démontrer que Darvin et Haeckel ont eu depuis longtemps dans les paléontologistes sans préventions des précurseurs? Et qu'ils n'ont fait que préciser, affirmer hautement, des vérités qu'avaient entrevues les hommes dévoués à l'étude scrupuleuse et impartiale des faits ?