‹ Principes de grammaire générale, mis à la portée des enfans, et propres à servir d'introduction à l'étude de toutes les langues;Chapitre 14 sur 53 · DE LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

DE LA PROPOSITION

Elle est essentiellement composée d'un Sujet, d'un Attribut et d'un Verbe, et toujours accompagnée d'un Gorapellatif exprimé, ou sous-entendu.

Nous ne parlons que pour faire connoître aux autres ce que nous pensons. Supposons qu'un muet , voulant nous faire connoître qu'il a été mordu par un chien enragé, nous présente un tableau sur lequel il seroit peint lui-même d'une manière très-ressemblante , suivi d'un chien dont la queue pendant entre les jambes, l'œil hagard, le poil hérissé, indiquent la maladie dont il est attaqué , et que ce chien soit représenté tenant entre ses dents la jarnbe de ce malheureux 5 à la vue

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de ce tableau, nous connoîtfons que celui qui nous le montre a ëtë mordu par un chien enragé , et nous nous sentirons portés à lui procurer les secours dont il a besoin. Que cet homme , jouissant de lusage de la parole, s'approche de nous, et nous dise : J'ai été mordu par un chien enragé -, ces mots nous instruiront de son malheur aussi bien que Famoit pu faire le tableau qu'il nous auroit montré. Les mots dont nous nous servons , sont donc comme le tableau de nos pensées, et servent à donner aux autres hommes la connoissance des objets qui sont présens à son esprit, et du jugement que nous en portons.

Toutes les fois que nous portons un jugement, on peut distinguer la chose à laquelle nous pensons et la qualité que nous apercevons comme liée à cette chose. La chose à laquelle nous pensons, se nomme le Sujet : la qualité que nous apercevons comme liée à cette chose, s'appelle l'^ttribut. Si je dis : p^ictorest petite J^ictor est le Sujet, car il est la chose à laquelle je pense 5 petit est l'Attribut, car c'est la qualité que j'aperçois comme liée à Victor, En disant Victor est petite je fais con-

noître à ceux qui m'entendent, que je juge que la qualité de petit appartient à J^ictor, Dans cette autre phrase , Le père de Victor est trop bon^ le Sujet est exprime par les mots le père]de Victor ^ et trop bon est l'Attribut. Dans celle-ci : Les enfans qui n'apprennent paSj sont sem-blablês à des animaux sans raison^ on voit que le Sujet est exprimé par ces mots : Les enfans qui n'apprennent pas^ et l'Attribut par ceux-ci : semblables à des animaux sans raison.

Outre ridée d'une chose, et l'idée d'une qualité , tout jugement de notre esprit renferme encore Tidée de la réunion de cette chose avec cette qualité. Quand je juge en moi-même que Victor est petit ^ j'ai présentes à l'esprit, Tidée d'une chose qui est Victor^ et l'idée d'une qualité qui est la petitesse; mais ce n'est pas tout, j'ai encore l'idée de la réunion de cette chose avec cette qualité , je pense que ce Sujet existe effectivement avec cet Attribut, et c'est en cela que consiste proprement le jugement de mon esprit.

Puisque le discours est le tableau de nos pensées , il ne suffit pas , pour peindre les jugemens que nous portons, que les

mots expriment le Sujet et l'Attribut , il faut encore qu'ils expriment leur réunion , l'existence du Sujet avec l'Attribut. C'est ce qui se trouve effectivement dans les exemples que nous avons déjà donnés.

Dans Victor est petite le mot Victor exprime la chose à laquelle je pense, c'est le Sujet-, le mot petit exprime la qualité que j'aperçois comme liée à cette chose, c'est l'Attribut. Le mot est exprime la liaison de la chose avec la qualité, l'existence du Sujet avec l'Attribut.

Ce mot qui sert à exprimer la liaison du Sujet avec l'Attribut, se nomme le Verbe. C'est lui qui donne la vie au discours, qui sans lui seroit mort et inintelligible. Si je disois seulement Victor petite je m'exposerois à n'être pas parfaitement compris de ceux à qui je parlerois, parce que je îi'aurois pas exprimé assez clairement la liaison que j'aperçois entre ce sujet et cet Attribut 5 mais quand j'ajoute le mot est^ et que je dis Victor est petit ^ on comprend tout de suite que je juge que Victor existe avec la qualité exprimée par le mot petit.

Tout assemblage de mots composé d'un Sujet, d'un Attribut et d'un V^rbe, se nomme Proposition j, et il n'y a point de

DE GRxiMMÂIÏlE GÉ^^ÉRALE. 5

Proposition sans la réunion d'un Sujet, d'un Verbe et d'un Attribut.

[Il y a des langues où Ton peut supprimer le Verbe, mais on y supplée par certaines formes que prennent alors le Sujet et l'Attribut, et qui expriment Tidëe de rexistence d'un Sujet avec l'Attribut, aussi parfaitement que le feroit le Verbe luimême. En français même , quoique l'on doive régulièrement exprimer le Verbe , cependant si on le supprimait , comme font souvent les enfans ou les étrangers,' on parviendroit encore à faire comprendre sa pensée , soit par la disposition des mots dont se composeroit la Proposition, soit au moyen aii geste, ou du ton avec lequel on s'exprimeroit. Si Stéphanie, parlant de son jeune frère, disoit : Mon frère Ustazade petite jnoiplus grande que luiy on entendroil facilement qu elle voudroit dire : Mon frère Ustazade est petit ^ et je suis plus grande que lui, ]

Nous ne faisons usage de la parole que pour communiquer nos pensées aux autres hommes, et par conséquent nos discours s'adressent toujours à quelqu'un. Pour que ceux à qui nous parlons soient avertis que c'est à eux que nous adressons la parole,

nous les appelons, soit par leur nom, soit par quelque expression e'quivalente propre à fixer leur attention sur nous. C'est ainsi que je dis : Kictor^ vous ri êtes pas attentif; Seigneur^ je suis votre créa-ture; Mojisieur^ êtes -vous Taon ami?

Ces mots Victor^ Seigneur^ Monsieur^ ne font point partie de la Proposition. J'appellerai cette partie du discours Com^ pellatify d'un mot latin qui signifie adres^ ser la parole. Tout discours suppose un Compeliatif, mais il arrive fréquemment que le Compeliatif est sous-entendu, parce que les circonstances, le geste, l'attitude de celui qui parle, ou la disposition de ceux qui écoutent, y suppléent parfaitement.

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